Archive pour septembre 2009

L’insurrection du Sud de Septembre 1870

Lundi 28 septembre 2009

abre afriqueEn Septembre 1870, une importante révolte embrasa le sud du pays : des ouvriers et des paysans se soulevèrent pour dénoncer le régime oppressif qui régnait à la Martinique depuis le coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte (décembre 1851), la transformation du régime en Empire (décembre 1852) et la proclamation de Napoléon III, empereur. La période républicaine (1848-1851) n’a été qu’une brève période et laisse la place à un régime d’exception autoritaire et antidémocratique notamment dans les colonies.

Un contexte réactionnaire

Les anciens maîtres sont assurés du soutien de l’administration dans leur domination malgré l’apparition d’une paysannerie composée pour l’essentiel de petits planteurs vivriers. Ils sont nombreux dans le Sud. Au lendemain de l’abolition, le travail « obligatoire » est instauré par le décret du 13 février 1852. En 1855, le gouverneur Gueydon aggrave les conditions de travail par un nouvel arrêté.
Les ouvriers sont soumis à un contrôle systématique, leur déplacement, leur lieu de travail, tout doit être consigné dans un « passeport « . Cette situation replonge la Martinique dans les sombres heures de son passé esclavagiste bien présent dans les mémoires.
La société demeure fortement racialisée, hiérarchisée et profondément injuste.
Les tentatives de résistance sont brisées par une répression sans cesse accrue : les libertés publiques (presse, réunion) sont supprimées. Le suffrage universel est aboli. La presse est censurée. L’école est réservée à une élite de l’argent. Les salaires sont très bas et l’immigration indienne permet de maintenir une pression sur les revendications salariales. Les premières usines modernes voient le jour mais la misère grandit.

L’affaire Lubin

En février 1870, Léopold Lubin, jeune agriculteur, est sauvagement battu par Augier de Maintenon, l’aide du commissaire de la Marine, au Marin. Lubin ne lui aurait pas cédé le passage. Ce dernier devant la partialité de la justice coloniale, décide de corriger Augier de Maintenon. Arrêté, il est condamné à 5 ans de bagne et à une lourde amende par la cour d’assises de Fort-de-France.
Entre temps, les événements s’accélèrent en France. La défaite militaire de Sedan (2 septembre 1870) provoque la chute du IInd Empire et la IIIe République est proclamée à Paris (le 4 septembre).

République et insurrection du Sud

Dès le 2 septembre, des incidents se multiplient car la population des campagnes du sud n’accepte pas le jugement inique de Lubin. La République est proclamée le 22 septembre dans toutes les communes. C’est le signal de la révolte. Les mots d’ordre réclament le désarment des blancs, la proclamation de la République, la tête de Codé, le propriétaire de La Mauny, juré au procès, et la libération de Lubin.
Des leaders émergent parmi lesquels Louis Telgard, Eugène Lacaille, Auguste Villard et Daniel Bolivard. Dans la soirée, ils se rendent sur l’habitation Codé. Elle est incendiée. C’est le début de l’insurrection. Dès le lendemain, elle se propage à tout le Sud, Marin, Rivière-Pilote, Rivière-Salée, Sainte-Luce, Sainte-Esprit. Les ouvriers agricoles, ceux des bourgs, les immigrants, les femmes, dont l’emblématique Lumina Sophie dite Surprise, participent massivement à la révolte. Le 2 septembre, Codé est arrêté et mis à mort. L’insurrection gagne le Vauclin et Sainte-Anne.

La contre-offensive et la répression

La répression est terrible. Des dizaines de travailleurs sont massacrés. Les insurgés sont encerclés et pourchassés. La répression se prolonge jusqu’au procès de l’année 1871. Il y a plus de 500 arrestations. Les principaux chefs furent exécutés, (5 des condamnés à mort furent exécutés au polygone Desclieux, en décembre 1871) sauf Telgard qui réussit à fuir à Ste Lucie. D’autres furent condamnés aux travaux forcés à perpétuité, à la déportation et au bagne en Guyane et en Nouvelle-Calédonie.

La mémoire de l’esclavage

On retrouve dans ce mouvement les tendances lourdes des révoltes de la période post-révolutionnaire de la Caraïbe française (Guadeloupe, Martinique et Saint-Domingue) à savoir l’émergence d’une petite paysannerie dans le cadre d’une République égalitaire. Depuis Toussaint Louverture, l’idéal des nouveaux libres est la mise en valeur de lopins de terre par des cultures vivrières et l’éradication de la société fondée sur le racisme et la domination des blancs. Partager la table des Egaux est le mot d’ordre qui anime les révoltes et les insurrections, instaurer un régime fondé sur la justice et l’égalité des droits, un partage équitable des richesses est le leitmotiv des masses qui font de la lutte contre les habitations le symbole de leur acharnement à revendiquer de vivre dans la dignité.
C’est ce combat que nous commémorons aujourd’hui. La volonté de ces hommes et de ces femmes des campagnes leur a permis de se mettre debout pour combattre les inégalités, les injustices, la perpétuation des féroces inégalités et de l’arbitraire au péril de leur vie. Ils voulaient gagner l’accès à la propriété privée des terres, fondement de leur survie et de leur culture et ainsi accéder à une vie digne.

E. LANDI

27 septembre 2009

Aimé Césaire: L’heure de la victoire c’est aussi l’heure de la responsabilité

Lundi 28 septembre 2009

L’HEURE DE LA VICTOIRE

C’EST AUSSI L’HEURE DE LA RESPONSABILITÉ

Aimé CÉSAIRE 25.06.1981

Je ne connais aucun parti politique qui, dans sa pratique politique ne s’accommode d’un calendrier, et qui ne distingue l’immédiat, le court terme, le long terme et qui ne distingue le programme de la doctrine. Voyez l’exemple du Parti Socialiste et de François Mitterrand. La déviation serait-elle de tenir compte du niveau de conscience du peuple, du niveau réel de la revendication du niveau de ce que ROUSSEAU appelait volonté générale ? je ne vois pas quel parti politique pourrait s’en dispenser. Quel parti politique pourrait faire fi de cela sans se stériliser, sans se marginaliser, sans se groupusculiser, ou tout simplement se ridiculiser ou bien tout simplement s’enfermer dans une évidente contradiction.

L’exemple le plus frappant est peut-être celui de ceux qui mettent en avant le mot d’ordre bien connu d’autonomie populaire et démocratique. Autonomie démocratique et populaire, fort bien, mais il faut être sérieux et il faut être logique, comment l’autonomie serait elle populaire si elle n’est pas désirée par le peuple, ou tout au moins, si on n’a pas pu empêcher qu’elle ne constitue pour le peuple un épouvantail ? Et comment l’autonomie serait elle démocratique si dans cette affaire on considère que le peuple n’a rien à dire, que ce n’est pas son affaire et qu’il n’a qu’à accepter ce que certains spécialistes auront choisi pour lui ?
C’est une conception, en tout cas, ce n’est pas la conception du PPM. On a parlé de déviation ; je n’aime pas ce mot, car ce mot suppose une orthodoxie et je hais toutes les orthodoxies.

Mais enfin, si on tient au mot, je dirais que la déviation, si déviation il doit y avoir, c’est de tomber dans le dogmatisme, dans le purisme doctrinal, dans le verbalisme révolutionnaire ou pseudo révolutionnaire, ou de se laisser impressionner par le petit terrorisme intellectuel de quelques « ayatollah » improvisés d’autant moins crédibles qu’on les surprend trop souvent à apporter d’un cœur léger leur collaboration ou passive ou active à la droite martiniquaise, c’est-à-dire aux pires ennemis du peuple Martiniquais.

Lire le discours d’Aimé Césaire

Edouard Delépine: « les petits marquis aux talons roses du populisme »

Lundi 28 septembre 2009

césaire et schoelcherComprendre et respecter Victor Schœlcher.

« Un autre événement est venu plus récemment renforcer ma détermination de mieux faire connaître Victor Schœlcher : la proposition faite par Monsieur le Président du Conseil Régional, Alfred Marie-Jeanne, à Aimé Césaire, deux ans avant la mort de celui-ci, d’accepter que son nom remplace celui de Victor Schœlcher au fronton de notre plus vieux et plus illustre lycée. Si peu qu’il fréquente l’œuvre de Césaire, Alfred Marie-Jeanne ne pouvait avoir de doute sur la réponse de Césaire. Il savait que l’homme qui a appris à une génération de Martiniquais à lire, à étudier, à comprendre et à respecter Victor Schœlcher, rejetterait sa proposition.

On a dit que, fort de ce refus qu’il attendait, il aurait pensé, pour rebaptiser son nouveau Lycée, à l’anti-Schœlcher, Bissette, la dernière coqueluche des petits marquis aux talons roses du populisme qui vouent à Schœlcher, considéré comme le père de l’assimilationnisme, une haine tenace. La fermeté de Césaire et la vigilance de son successeur à la Mairie de Fort de France, Serge Letchimy, nous ont épargné cette sinistre alternative. Notre vieux Lycée ne sera pas démoli ni débaptisé, si la protestation populaire débordant largement les frontières de Fort-de-France s’amplifie et s’élargit à toutes les communes de l’Ile, à commencer, nous l’espérons, par celle de Schœlcher.

Pour éclairer le refus de Césaire et contribuer à le populariser, j’ai envoyé à tous ceux que cela devait ou pouvait intéresser et dont j’avais l’e-mail, tous les textes de Césaire sur l’abolition que j’avais en machine. Huit textes textes pas toujours faciles à trouver mais que vous pouvez encore consulter au moins à la Bibliothèque Schœlcher, ce don exceptionnel fait à la colonie par le grand abolitionniste, quelque temps avant sa mort.

Peut-être les intellectuels martiniquais devraient-ils réfléchir, plus sérieusement qu’ils ne semblent l’avoir fait, à la signification profonde de cette provocation de Monsieur le président du Conseil Régional. Je ne parle pas des « noyeurs de poissons » qui ont feint de voir dans cette proposition un hommage mérité à un grand intellectuel qui fut l’un des plus brillants élèves de ce lycée avant d’en devenir un de ses plus illustres professeurs.

Il s’agissait moins d’honorer Césaire que d’enterrer Schœlcher. M. le président du Conseil Régional, qui est un ancien normalien, ne peut pas ignorer la lutte de Victor Schœlcher pendant une bonne décennie (1871-1881) pour la création de notre premier lycée, décidée et entièrement assumée par notre Conseil Général, contre la volonté des ministres, contre la mauvaise volonté des gouverneurs (sauf exception) et le sabotage de la haute administration, contre l’hostilité résolue de la hiérarchie catholique et l’opposition des éléments les plus réactionnaires de l’aristocratie de France qui voyaient dans ce lycée un luxe inutile et coûteux , très au-dessus des moyens de la colonie qui ne demandait pas un sous à l’État pour la réalisation de son projet. C’est assez dire que le souvenir du soutien résolu de Schœlcher à la création de ce premier lycée inauguré à Saint Pierre le 21 juillet 1881, le jour de la Saint Victor, devrait suffire à lui seul, à rejeter la proposition de monsieur le président du Conseil Régional.
Cette proposition, n’était pas seulement une insulte à Césaire mais un défi au peuple Martiniquais, et singulièrement aux enseignants d’histoire de ce pays. Ce n’est pas dans cette ville qui a le privilège d’héberger le plus important établissement d’enseignement de ce pays, l’Université des Antilles et de la Guyane, que j’aurai l’outrecuidance de rappeler la place éminente qu’à occupée dans la vie et dans l’œuvre de Schœlcher, une fois la liberté acquise, la lutte pour le développement de l’enseignement public et laïc dans notre pays, considéré comme une condition indispensable du bon usage de l’abolition.

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Discours d’Edouard delepine le 21 juillet 2009

Situation financière de la COM de Saint Martin: Victorin LUREL réagit

Samedi 26 septembre 2009

Victorin Lurel, député de la Guadeloupe, de Saint-Martin et de Saint-Barthélémy, interpelle le Gouvernement face à la situation particulièrement dégradée des finances de la Collectivité d’Outre-Mer de Saint-Martin.

« En effet, bien que voté en apparence en excédent de 24 millions d’euros, le compte administratif 2008 comportait de nombreuses zones d’ombre que le Conseil Economique, Social et Culturel de Saint-Martin et les membres de l’opposition de la COM, n’avaient pas manqué de relever.
A ce jour, faute de trésorerie suffisante pour assurer son fonctionnement jusqu’à la fin de l’année, et en dépit des nombreuses mises en garde, la COM de Saint-Martin devra avoir recours au découvert bancaire et autres artifices ruineux pour les finances publiques de la collectivité pour assurer des dépenses aussi simples que le paiement de son personnel et de ses prestataires.

C’est au total près de 20 millions d’euros qui manquent cruellement dans les caisses de la COM et qu’il faudra nécessairement recueillir avant les recettes fiscales attendues.

Le Gouvernement ne semble pas avoir pris la correcte mesure de la situation. Il doit dépasser le cadre du simple accord de principe et chiffrer sa contribution pour le redressement des finances de la COM.

Ce nouvel épisode illustre encore une fois l’attitude équivoque du Gouvernement envers les collectivités qui sollicitent et obtiennent plus d’autonomie.C’est une véritable non-assistance à collectivité en péril. »

Par André-Jean Vidal
Source: http://indiscretions.over-blog.fr

Activité parlementaire de nos 4 députés :

Vendredi 25 septembre 2009

Palme d’or pour Serge LETCHIMY

Carton rouge pour Alfred MARIE-JEANNE

Serge LETCHIMY fait partie des 150 députés sur 577 à être le plus présent à l’assemblée nationale avec : 16 semaines de présence – 25 présences en commission – 130 interventions en commission et 1251 amendements signés.

Parmi nos 4 députés, le moins présent est Alfred MARIE-JEANNE avec : 11 semaines de présence – 3 présences en commission – 36 interventions en hémicycle – 156 amendements signés.

activités parlementaires présence

Source : Nos députés – Observatoire citoyen

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SNES Lettre ouverte à la population

Vendredi 25 septembre 2009

31717_cesaire-lycee-schoelcher (Small)LETTRE OUVERTE A LA POPULATION SUR LES PROPOS POLEMIQUES

DE M . MARIE-SAINTE CONCERNANT LE LYCEE SCHŒLCHER.

La section locale du SNES Martinique au lycée Schœlcher, en tant que syndicat, s’est interdit d’intervenir dans le débat de la construction du lycée concernant la conservation de tout ou partie du bâti tout comme le choix entre une reconstruction à l’identique ou une reconstruction moderne. Notre position a été la suivante : nous demandions des conditions décentes de travail pour les élèves et les personnels du lycée. La situation créée par le rejet du permis de construire et de démolir est l’occasion d’une polémique dont nous tenons à dénoncer le caractère outrancier et scandaleux. Responsables syndicaux et professeurs, nous ne pouvons que nous indigner des atteintes portées au climat obligatoirement serein qui doit accompagner les études de nos élèves. Se répandre sur les médias comme le fait monsieur Marie-Sainte porte un grave préjudice à notre communauté scolaire qu’il nous faut fustiger de la part d’un élu qui ne peut ignorer ce qu’il fait.

Concernant l’historique de cette reconstruction il faut rappeler que le Président Marie-Jeanne a toujours été favorable à l’idée de raser le lycée Schœlcher. C’est ce qu’il nous a exprimé dès 2000 lorsque nous avons commencé à batailler pour sa reconstruction. Pour information, la Région réalisait des travaux qui n’ont d’ailleurs pas été terminés, sur le budget de 1998. C’est dire l’intérêt que la collectivité avait à l’égard du lycée. Par la suite, on a vu apparaître – puis disparaître dans les limbes – un document qui se voulait une prospective d’entretien, de rénovation et de construction des lycées de la Martinique.

Dire que le lycée a fait l’objet de travaux intensif de rénovation jusqu’en 2006 nous paraît une présentation fallacieuse qui ne correspond pas à notre vécu. On passe sous silence les dysfonctionnements répétés comme le traitement des éclats de béton et de mise à nu des fers qui ont commencé à rouiller. Les travaux réalisés nécessitaient une étanchéisation des parties traitées : à notre connaissance rien de tel n’a été réalisé.

Lorsque nous avons commencé à discuter avec la Région, le discours de monsieur Soumbo envisageait 5 ans de délais de construction. Cette durée paraissait dès le début trop courte au regard des délais nécessités pour le lycée Centre Sud (Ducos) et celui du Nord Caraïbe (Bellefontaine). Par ailleurs, nous étions partis dans un premier temps sur la construction d’un lycée de transit, solution rapidement abandonnée par la Région. Pourquoi, sinon pour un problème de coût, alors qu’un lycée de transit apparaît comme nécessaire pour permettre la rénovation des lycées de Fort-de-France et du Lamentin. Sans compter les rénovations de collèges…

Lorsque la Région nous a proposé, pour remplacer le lycée de transit, une opération de construction à tiroirs qui permettait de maintenir ensemble toute l’équipe pédagogique et les élèves –condition posée dès le début et qui avait donc justifié le projet d’un lycée de transit – , nous avons dit oui car nous sommes loin d’être hostiles aux économies : le portefeuille du contribuable nous importe car nous sommes aussi contribuables.

Plusieurs projets ont été présentés aux personnels mais celui que la Région a retenu n’était pas celui qui avait les faveurs de la communauté scolaire. De plus, la notion de barre, même sous forme de modules appelés bâtiments évoquant des structures séparée, nous est apparue à bannir.

A mesure que l’étude du projet avançait il nous est apparu qu’il comportait de graves risques pour nous, notamment en termes de bruit, de ventilation. On nous l’a présenté comme le lycée de demain, mais il faut dire que nous sommes plus que sceptiques. Le hall d’entrée, recouvert, les coursives recouvertes et la « rue » le long du bâtiment, couverte elles aussi sont autant de facteurs de bruit. Or un établissement scolaire est un lieu bruyant de par les démonstrations des élèves qu’il faut rendre silencieux pour que la communauté scolaire puisse travailler en toute quiétude. Dans le même temps nous avons pu découvrir, derrière des espaces intéressants (parking, hall d’entrée, théâtre) des espaces bien plus étriqués.

31717_cour-lycee-schoelcher-afp (Small)

Ainsi, alors que les bâtiments actuellement en place sont largement séparés les uns des autres par des cours que l’on aurait très bien pu paysager et arborer, les arbres dans le projet sont relégués à l’arrière, le long de la piste de course…Les salles de classes sont tellement étroites qu’elles ne comportent qu’une porte sur la coursive, la Région se retranchant derrière les normes respectées avec des portes faisant communiquer les salles entre elles. Or un tel schéma – quand bien même il respecterait les normes officielles ne nous paraît absolument pas adapté aux risques de panique liés à un séisme. La réponse du président Soumbo est que les bâtiments construits par la Région, sur appui antisismique, ne créent pas de panique en cas de séisme (sic ! Quid de la valeur scientifique de cette affirmation péremptoire ?).

D’ailleurs si une deuxième porte s’avérait impossible à installer tant les dimensions des salles étaient étriquées, il ne pouvait pas plus être question d’ouvrir cette porte sur la coursive extérieure, car cette dernière n’aurait plus respecté les normes de flux. Nous nous interrogeons donc sur cette exiguïté des salles et des coursives qui interdisent toute modification… Idem aussi sur le trajet des élèves pour entrer dans le lycée. Trajet prévu par les parkings dans un premier temps, rejeté par la vie scolaire car ne permettant pas de contrôler les entrées et sorties des élèves, il se fera par la rue, en exposant les élèves aux intempéries. Ce ne sera pas mortel mais cela nous paraît là encore peu confortable pour un établissement dernier cri.

Plusieurs faits sont venus attirer notre attention :

- D’abord, depuis que la construction du lycée est annoncée, jamais la Région n’a communiqué, malgré nos demandes répétées, pour expliquer à la population que les élèves ne seront aucunement éparpillés ailleurs. On aurait ainsi évité d’affoler de nombreux parents qui ont préféré mettre leur enfant ailleurs de peur qu’il ne puisse finir sa scolarité au lycée. Ainsi a-t-on diminué la population scolaire du lycée.

- Le lycée devait continuer à fonctionner sur site pendant les travaux, maintenant son âme avec son personnel et ses élèves. C’est d’ailleurs ce qui ressort du document officiel présenté nous semble-t-il à plusieurs reprises et notamment pour le permis de construire.

- Ensuite, le président Soumbo a appris du recteur que la baisse d’effectifs sur la Martinique s’élevait à 600. En réalité le chiffre vrai est 800. Mais le président de la commission éducation, en charge du dossier a commencé à penser tout haut, et à nous dire, qu’après tout, en pratiquement 2 ans, 3 sûrement, c’était l’équivalent du lycée Schœlcher (1500 élèves prévus à terme) qui disparaissait. Evidemment il ne tenait nullement compte d’un certain nombre de facteurs : ce sont les établissements de Fort-de-France qui sont les plus attractifs et donc les moins touchés !

- Est-ce dans l’optique de diminuer plus rapidement la population scolaire du lycée Schœlcher ? Est-ce parce que la Région s’est rendu compte du surcoût que nécessitaient les mesures de sécurité pour démolir et reconstruire en présence d’élèves ? Dès le mois de mai, monsieur Soumbo propose aux chefs d’établissements du lgt V. Schœlcher, du lpo Joseph Gaillard, au lp Pointe des Nègres et au lycée Bellevue, de transférer les élèves du lycée Schœlcher sur les 3 autres établissements, la direction restant au lycée (pour y faire quoi?!). Les pressions sont tellement fortes que tout le monde se raidit. Et nous déposons un préavis de grève pour toute la fin de l’année en appelant la presse.

- Nous comprenons peu après la précipitation de la Région à sortir le personnel du lycée : lors d’un Conseil d’Administration au lycée Schœlcher, nous apprenons d’un bref échange entre la représentante de la ville, madame Elisabeth Landi, et monsieur Soumbo, que la Région n’a jamais présenté son projet à la ville de Fort-de-France, dont on sait pourtant – c’est assez visible – qu’elle est en pleine rénovation et réaménagement. Plus embêtant, ce même monsieur Soumbo déclare qu’il sera toujours temps à la Ville de découvrir le projet lors de l’examen du permis de construire, preuve du mépris imbécile de la Région à l’égard du premier édile de Fort-de-France. Nous considérons que c’est imbécile, puisque le permis dépend de la ville…A moins en réalité que cela ne soit volontaire. Car, alors que la Région nous assure chaque fois que nous nous rendons à l’Hôtel de Région pour l’examen des plans et des réalisations que le permis ne posera pas de problème, tout étant prêt et que même le PLU (plan local d’urbanisme, établi semble-t-il dès 2005 par la ville de Fort-de-France ) est respecté. La suite nous montrera qu’il n’en était rien. Est-ce pourquoi les porteurs du projet étaient si nerveux lors d’une des dernières séances ?

- Lors de ce même CA nous apprenons qu’une commission devait se réunir pour le classement de tout ou partie du lycée. La réunion n’avait pu se faire comme prévu à l’origine à cause du mouvement du 5 février, elle doit se tenir en juin. Commentaire de monsieur Soumbo : le Président Marie-Jeanne, ayant connaissance de la tenue de cette commission a déclaré que si la France voulait garder son lycée, qu’elle pouvait le garder ! Autrement dit, le sort du lycée Schœlcher dépend de la susceptibilité du premier homme de la Région, qui crache même sur l’argent qui accompagne le classement d’un site…D’autres – syndiqué CSTM de Bellevue – déclarent qu’on va « détruire ce lycée de mulâtres », rumeur qui court depuis trop longtemps comme les propos d’un administratif de la Région qui dénonçait les lycées « élitistes » comme si l’élitisme était une tare : on voit bien dans ce dossier le résultat du manque d’élites à la Région !

- Enfin, monsieur Marie-Sainte déclenche la polémique en attaquant monsieur Lechtimy, et en menaçant de répartir les élèves sur les autres fleurons de la Martinique, car ce lycée est un danger et que la responsabilité d’un mort pèsera sur la conscience du Député-maire de Fort-de-France. Certes…mais monsieur Marie-Sainte a la mémoire courte. Il oublie qu’en 2003, alors que les personnels du lycée avaient fait grève pour préserver la sécurité des élèves, il avait visité le lycée avec la presse, déclarant éhontément : « je ne vois aucun bâtiment délabré, je ne vois que des bâtiments en bon état ». Il oublie qu’il y a peu, une polémique a surgi entre le recteur – Madame Le Morzelec – et la Région et que des cars avaient été affrêtés pour permettre à l’UPEM, aux parents d’élèves et aux élèves de Bellefontaine – mais aussi à quelques élèves venus d’ailleurs faire la claque – de venir séquestrer le recteur pour réclamer l’ouverture de Bellefontaine. Et messieurs Marajo et Arneton de l’UPEM de crier que tous les autres établissements de la Martinique, étaient plus dangereux que le lycée Bellefontaine. Le secrétaire académique du SNES, présent dans la salle 301 du rectorat avait alors proposé aux deux représentants de l’UPEM de bloquer le recteur pour réclamer la reconstruction de tous les établissements de type lycée qui étaient dangereux. Il lui a été répliqué que là n’était pas la question.

A l’heure actuelle, les personnels et les élèves se retrouvent dans un établissement qui n’a jamais été repeint depuis plus de 10 ans, dont les ouvertures – quand il y en a ! – ne fonctionnent pas correctement sur la quasi-totalité des bâtiments, et avec un matériel obsolète quand il n’est pas délabré et quand il existe. Les quelques ordinateurs disparaissent à une allure curieuse parfois sans la moindre effraction mais avec une quantité telle qu’on se demande si l’enlèvement du matériel n’a pas duré plusieurs jours ou s’il ne s’agissait pas d’un commando en mission….

  • Nous réclamons maintenant du matériel dans les salles d’enseignement général (minimum un poste de télévision, un magnétoscope + un ordinateur, une webcam le tout sur réseau administratif et pédagogique dans l’établissement permettant de faire l’appel, de gérer les notes en instantané et de projeter à tout moment images ou films sur l’écran du téléviseur. )
  • Nous réclamons des salles de travail – nos cabinets disciplinaires font l’affaire – pour les professeurs dûment équipées, dotées d’un matériel entretenu et non laissé à l’abandon quand il n’est pas pillé (cabinet des lettres par exemple).
  • Nous réclamons enfin des tableaux blancs pour les collègues qui le réclament, des salles de travail informatisées en nombre pour les élèves et pour les professeurs,
  • Un serveur de secours pour les points névralgiques comme le CDI,
  • Une gestion des licences, des achats de logiciels ainsi que imprimantes afin de rationaliser les matériels….
  • Une salle de restauration digne de ce nom pour les élèves avec la mise en place d’un self moderne en aménagement, permettant de donner envie aux élèves de manger avec un système moins lourd que celui de réservation la veille pour le repas.

Qu’un élu comme monsieur Marie-Sainte reprenne l’idée que la Région aurait des fonds – qu’elle serait riche, en sorte ! – alors qu’elle abandonne le lycée Schœlcher dans cet état de délabrement du bâti et des outils d’enseignement a de quoi étonner : l’argent est fait pour être dépensé utilement. Remplacer les contrats aidés par des entreprises ne fait pas notre affaire, construire ailleurs des écoles pour parader, non plus.

A l’heure actuelle, le fonctionnement des attributions de matériel dans le lycée semble occulte. On oscille entre réseau d’amis, de partis ou incompétence. Ce lycée semble volontairement à l’abandon malgré la volonté d’un nombre plus nombreux de personnels dévoués à le faire exister, à l’animer pour permettre aux élèves d’y trouver intérêt et attachement.

Pour toutes ces raisons, nous considérons que la Région s’est révélée incompétente à gérer le dossier d’un lycée dont au fond elle n’a pas envie qu’il voit le jour. Elle profite pour transformer ce dossier non en collaboration avec la Ville de Fort-de-France, mais en machine de guerre contre son maire, en pleine bataille pour l’article 74 et dans la perspective des Régionales. Cela permet à monsieur Marie-Sainte – qui n’a aucune chance d’accéder à la tête de la Région si le Président Marie-Jeanne disparaît – de tenter d’acquérir une stature d’homme politique fiable.

En même temps, on comprend que si l’on réussissait à faire disparaître monsieur Letchimy, le paysage politique devenant fade et insipide, chacun – même monsieur Marie-Sainte – aurait une chance d’émerger. Et pourtant, ne serait-il pas temps, devant tant d’échecs et de gâchis, de tourner les pages de ces hommes politiques d’une autre époque ? Cette époque a sa raison d’être, elle a sa légitimité et sa grandeur mais le présent et le futur ne sauraient se décalquer sur le passé. Et après tout, que la ville de Fort-de-France décide de réserver, dans certaines zones les vestiges de son passé et de celui de toute la Martinique, semble bien légitime, voire sain ! Nous voyons mal comment on peut dire vouloir rassembler lorsqu’on cherche à éliminer et à détruire.

Maintenant, que la Région déclare vouloir éparpiller les élèves du lycée Schœlcher, qu’elle déclare vouloir fermer le lycée pour dangerosité est de l’ordre du Grand Guignol. Ainsi crier au danger quand rien n’a été fait pendant toutes ces années pour consolider réellement le lycée…c’est se moquer de ses électeurs ! Lors du dernier séisme, ce sont de nombreux autres établissements qui se sont fendus voire écroulés, bien plus récents, et non le lycée Schœlcher ; et on ne les a pas plus réparés que le lycée. Enfin, la Région – dans son poker menteur avec la Ville de Fort-de-France – prend en otage nos enfants, nos élèves, en jouant de la peur ; et ce faisant, elle espère secrètement vider le lycée Schœlcher avant même de le reconstruire. Nous la rassurons : la communauté scolaire du lycée Schœlcher refusera de quitter son lycée et nous entendons poursuivre tranquillement l’année scolaire pour obtenir, comme l’année dernière des résultats époustouflants.

C’est cela, œuvrer véritablement pour l’avenir du pays et de ses enfants, c’est notre force tranquille.

Tout le reste ne peut que servir de repoussoir à un référendum qui donnerait plus de pouvoir à des individus dont le masque, en tombant ne découvre que ruines et que mensonges.

Yvon JOSEPH-HENRI

Secrétaire académique adjoint du SNES Martinique
Membre du CA du lycée Schœlcher
Membre du bureau du SNES du lycée Schœlcher Régis AUBRY
Secrétaire académique adjoint du SNES Martinique
Membre du CA du lycée Schœlcher
Secrétaire de la section locale du SNES Martinique

Régis AUBRY

Secrétaire académique adjoint du SNES Martinique
Membre du CA du lycée Schœlcher
Secrétaire de la section locale du SNES Martinique

Epilogue

Devant l’incapacité de la Région à gérer le dossier du lycée Schœlcher, devant sa précipitation à jeter aux quatre vents les élèves et le personnel du lycée, nous nous interrogeons à voix haute pour savoir si la Ville ne pourrait « offrir » un lycée à des orphelins quasi SDF . Il semble que la Ville de Fort-de-France se soient révélée bien plus concernée par l’avenir des enfants de la Martinique en matière d’éducation et de formation que la Région….si nos informations notamment sur les internats à Bellevue sont exactes. D’une manière encore plus générale, qui a dépouillé les lycées des contrats aidés chargés de l’entretien – et donc présents environ 32 heures par semaine – par des entreprises qui ne font que passer, tuant un peu plus les lycées exsangues de personnels adultes ?

D’ici peu, gageons que d’autres bombes que le lycée Schœlcher, du côté du Nord Atlantique, risquent d’exploser et compromettre l’image angélique des dirigeants d’une Région qui n’ont guère fait pour l’Education des Petits Martiniquais dont pourtant ils se complaisent à utiliser l’expression comme un bonbon qu’on fait tourner dans sa bouche.

L’assimilation, l’autonomie, l’indépendance:trois vieux démons

Jeudi 17 septembre 2009

L’avenir de la Martinique et des Martiniquais est-il vraiment lié à une évolution statutaire ? N’est-ce pas un leurre ?

La question n’est pas celle d’une évolution statutaire en soi, elle est celle d’une accession à un processus de responsabilisation. Il s’avère que dans notre cas, pour passer d’un système d’assistanat-dépendance à un processus de responsabilisation, il faut une redéfinition des structures institutionnelles. Je crois que c’est la tâche de notre génération que de sortir de la mise sous tutelle et d’actionner le seul ingrédient qui n’a jamais été de mise dans tous les plans de développement que l’on nous a assénés depuis 1946. Cet ingrédient c’est la responsabilisation. La prise en main de notre destin dans le monde. Et ça, c’est fondamental.

En quoi est-ce fondamental ?

Pour moi, accéder à la responsabilisation c’est comme se doter d’un système nerveux, d’une conscience, d’une volonté, et même d’un idéal. Sans ces éléments, les entités déresponsabilisées comme les nôtres demeurent à un niveau végétatif. La responsabilisation ne va pas régler les problèmes économiques et sociaux, mais elle nous donnera ce qui nous a toujours manqué dans notre manière de les affronter : l’aiguillon de la nécessité, la libération de notre génie intime, la mobilisation de nos compétences individuelles et collectives. Le désir, le grand désir d’être.

Cet antagonisme entre les partisans du 73 et du 74 est effrayant. Il fait peur au peuple. C’est le jeu normal de la politique ?

Oui, parce que cela touche véritablement la seule question qui dans notre espace soit vraiment une question politique. Tout le reste relève de la gestion assistée ou de l’indifférenciation malsaine avec la France. Derrière l’exigence de la responsabilisation, il y a une conviction fondamentale qui est celle de l’existence d’un peuple et d’une nation martiniquaise qui ne soient pas réductibles à l’espace français. Les « assimilationnistes » , dans leur tremblement en face de la responsabilité, expriment de manière implicite la négation totale ou le refus maladif de cette réalité. Pour eux, nous n’existons pas, nous ne pouvons exister que dans et à travers la France.

Pouvons nous exister seuls ?

Dans mon esprit, la question de la responsabilisation ne doit plus se poser en terme de rupture ou de séparation d’avec la France. Elle se pose en terme de différenciation et d’interdépendance. Le Tout-Monde est un monde d’interdépendances. Il s’agit donc pour nous de construire de manière autonome et créatrice des liens de partenariat véritable avec la France, avec la Caraïbe, avec l’Europe, avec le monde. Une Martinique en processus de responsabilisation peut décider, si elle le désire, de confirmer son adhésion au pacte républicain français, comme elle peut adhérer en plus à une organisation latino-américaine, ou caribéenne. La responsabilité, c’est pouvoir décider de ses alliances et de ses interdépendances. C’est clair et simple! La peur provient du fait que nous posons notre accession à la différenciation et à la responsabilisation en terme de rupture et d’opposition à la France, voire de repli sur soi. Il faut déchouker cet imaginaire-là.

L’intellectuel a t-il un rôle impératif à jouer dans le débat ? Doit-il être acteur ou accompagnateur ?

Moi, je me considère plutôt comme un artiste.

Mais encore ?

Oui, l’intellectuel a un rôle et c’est celui d’aider à penser le monde actuel, à lui donner du sens. Notre accès à la responsabilisation doit se penser dans le contexte de cet aspect de la mondialisation que Glissant appelle le « Tout-Monde » . Dans le Tout-Monde, il n’y a que des interdépendances et la conscience de plus en plus affirmée de l’interdépendance de tout ce qui constitue notre planète, tant du point de vue des biotopes que de celui des rapports entre les peuples, les cultures, les civilisations, et bien entendu entre les individus. L’idée d’interdépendance nous libère de nos trois vieux démons qu’étaient « l’assimilation l’autonomie l’indépendance » .

Il ne faut plus les employer ?

Au moins les désactiver. Ces mots constituent des absolus exclusifs des autres et ils bloquent notre imaginaire de nous-mêmes, notre balan vers nous-mêmes. Se mettre d’accord sur l’idée d’une accession à la responsabilisation en fonction de notre degré de conscience et de volonté, et comprendre que cette responsabilisation n’est pas une rupture mais l’instauration de liens dynamiques et bienfaisants avec la France, avec l’Europe, avec le monde, provient d’une perception de la complexité du monde actuel. Une complexité que la pensée de Glissant, comme celle d’Edgar Morin, peut nous aider à transformer en vitalité poétique, donc en haute équation politique.

Des arguments comme celui du largage, de la misère comme en Haïti, de la dictature… reviennent dans les discours de certains dits « intellectuels » . C’est le jeu de la démocratie…

Le largage n’est plus nécessaire tout comme l’assistanat-dépendance n’est plus nécessaire. Le système capitaliste domine le monde. Ce système flou n’a pas besoin de peuples assistés, et il ne craint pas les peuples indépendants. Il s’adapte à tout. Quelle que sera notre configuration, il nous faudra mettre en place une vision de ce que nous voulons, et cette vision devra combattre la paupérisation capitaliste et l’imaginaire du profit maximal. M. Sarkozy n’est pas un progressiste, ni un anticolonialiste, c’est un libéral pragmatique, et pour les libéraux, ce qui compte c’est la libéralisation du marché, le désengagement de l’Etat, la loi du profit maximal en contrôlant un peu les indécences les plus criantes. Pour le reste, c’est vrai que nous n’avons pas vraiment de culture démocratique, et qu’il nous faudra apprendre à combattre démocratiquement nos macoutes potentiels et ces pulsions qui nous viennent de l’Habitation…

Les positions des différentes composantes de la classe politique vous ont-elles surpris ?

Non. En fait, nous n’avons jamais eu de vie politique. Et quand la question fondamentalement politique apparaît (celle de la responsabilité qui pour nous inaugure vraiment une vie politique) ce qui surgit c’est l’archaïsme et l’immaturité. Archaïsme rétrograde du côté des « assimilationnistes » qui prennent l’auto-néantisation pour de la sécurité. Immaturité du côté des « soixante-quatorzistes » , qui en dépit du contexte particulier, prennent le risque de perdre la consultation en fétichisant un article. La vraie maturité politique, le vrai marronnage, est de tenir compte de tous les paramètres : contexte mondial, contexte français, fragilité de nos imaginaires dominés, et surtout comprendre qu’il ne faut jamais s’inscrire dans un cadre prédéfini par le maître, même s’il semble bienveillant.

Et celle du PPM ?

Cette position me paraît la plus juste. Elle est plus difficile à faire passer parce qu’elle est plus complexe, et qu’elle échappe à l’opposition binaire 73-74. Si j’ai bien compris ce que propose M. Letchimy, nous pouvons accéder tout de suite à un processus responsabilisation avec une assemblée unique disposant d’une habilitation à légiférer et à adapter les lois dans les domaines qu’elle aura choisis. Cette habilitation s’exercera le temps d’une mandature et elle débouchera sur une consultation définitive du peuple martiniquais. On expérimente puis on décide. C’est imparable.

N’est-ce pas perdre du temps ?

L’intérêt de ce sas d’expérimentation est qu’il nous permettra d’agir, de négocier point par point, d’évaluer la situation, d’affiner nos propositions, et de proposer aux martiniquais une perspective sécurisée, nette et claire. Sécurisée, car cela nous donnera le temps d’influer sur le contenu de la loi organique à venir, laquelle est le lieu de tous les dangers dans le contexte de désengagement tous azimuts de l’Etat français. Donc, je crois que c’est au contraire véritablement gagner du temps car on prendrait le temps d’ajuster l’essentiel, et de traiter les peurs irrationnelles qui peuvent encore surgir dans l’électorat martiniquais et nous faire perdre une fois encore la consultation. De plus, par sa construction originale, l’expérimentation inaugurerait notre accès à la responsabilité par un acte d’autonomie de conception et de pensée. Une auto-organisation. Ce n’est pas rien.

Vous êtes toujours indépendantiste ?

S’il faut garder ce vieux vocable, oui, plus que jamais. Pour moi, être « indépendantiste » aujourd’hui, c’est se mettre en relation avec le monde. Dans notre assistanat- dépendance il n’y a pas de mise en relation, pas de contact, pas de lien, juste une emprise de la France sur nous. Etre indépendantiste ici, c’est donc vouloir tisser des liens relationnels véritables entre des partenaires véritables. Tisser des liens en conscience souveraine : ça change tout.

Ce débat institutionnel participe t-il à la construction du Tout- Monde ou est-il totalement stérile aux enjeux globaux ?

Il y participe. Le Tout-Monde a besoin du génie de tous les peuples. Nous manquons au monde, et notre responsabilité générationnelle est de nous sortir de la gangue de l’assistanat-dépendance pour apporter notre génie et nos compétences à la lutte contre le capitalisme et à la construction d’un monde nouveau. Il faut le faire maintenant!..

Patrick Chamoiseau

Propos recueillis par R. Rabathaly France-Antilles Martinique 17.09.2009
Bio-Express
Patrick Chamoiseau est né le 3 décembre 1953 à Fort-de-France (Martinique). Après des études de droit et d’économie sociale en France, il revient en Martinique comme travailleur social. Après l’écriture journalistique, il publie, en 1983, son premier roman, Chronique des sept misères puis Solibo magnifique (1988). Son troisième roman, Texaco (1992), qui lui vaut le prix Goncourt, le propulse sur la scène littéraire internationale. Militant actif auprès d’Edouard Glissant pour la connaissance des phénomènes et processus de créolisation, il a publié en avril, son dernier ouvrage, Les Neuf Consciences du Malfini aux éditions Gallimard.

Le président Lise aurait-il oublié ses engagements d’autrefois?

Mercredi 16 septembre 2009

LE PRÉSIDENT LISE AURAIT-IL OUBLIÉ SES ENGAGEMENTS D’AUTREFOIS ?

Lu dans la presse écrite et entendu mille fois à la radio ou à la télévision les deux arguments massue des amis du 74 : 1/ leurs adversaires, la droite naturellement mais le PPM en particulier, seraient des assimilationnistes honteux 2/ modifier la constitution pour faire plaisir à notre petite Martinique, est un rêve insensé.

Préservation des acquis = assistanat

J’ai trouvé la formule « préservation des acquis = assistanat », sur un journal électronique pas mal fait, Politiques Publiques (http://www.politiques-publiques.net/). On la retrouve un peu partout dans la bien-pensante presse populiste sous une forme moins laconique mais pas moins cynique.

Je suppose que l’auteur n’a pas grand chose à voir avec Césaire curieusement devenu, depuis sa mort, plus qu’une icône, une référence obligatoire, spécialement pour ceux qui l’ont le plus violemment combattu de son vivant. Parmi eux, au premier rang, les néo-autonomistes, indépendantistes de la frime et de la triche, mais aussi quelques assimilationnistes en déshérence, en passe d’être largués par Sarkozy, départementalistes de la veille et opportunistes à tout temps en quête de recasement.

Pour le fondateur du PPM, l’autonomie, on le sait, « ce n’est ni un passéisme ni un misérabilisme ! C’est un PLUS et ce n’est pas un MOINS. Ce qui est acquis restera acquis. Mais ce qui manque sera ajouté. On partira de ce qui existe, donc du régime actuel, mais il sera complété». Je cite de mémoire ce texte tiré du discours peut-être le plus connu de Césaire. (Discours dit des 3 voies et des 5 libertés -Février 1978).

Avec quelques amis, parmi lesquels Jean-Claude Duverger, nous avons longtemps refusé d’envisager l’éventualité d’une scission du PPM, « ce merveilleux outil du peuple martiniquais qu’il ne fallait pas prendre le risque de casser ni d’ébrécher sous prétexte de l’améliorer (Césaire au VIIe Congrès du PPM, 1977).

Pour prouver à ceux qui n’étaient pas d’accord avec nous et qui voulaient être les « refondateurs », que rien ne distinguait fondamentalement leurs positions des nôtres, j’avais noté parmi une demi-douzaine de points qui me semblaient importants, cette thèse de Claude Lise : « Cette revendication (l’autonomie), telle qu’on peut la concevoir aujourd’hui, doit tenir compte de la volonté des Martiniquais de ne pas voir remettre en cause un certain nombre d’acquis démocratiques ainsi qu’un certain nombre d’acquis sociaux qui sont le fruit de longues et difficiles luttes du monde du travail » (Ducos, le 26 mars 2006 au pré-congrès du RDM)

Serait-il devenu, lui aussi, un assimilationniste honteux ? Je sais bien. Beaucoup d’eau a coulé depuis. Que dis-je ? Un véritable torrent de bave, de boue et de crachats, emportant tout sur son passage : les imprécations marie-jeannistes contre le Rapport Lise-Tamaya, lacéré et jeté à la poubelle, sous l’œil complaisant des caméras de télévisions françaises et étrangères, et sous les ricanements de futurs soixante quatorzistes hilares. Mais emportant aussi, hélas ! Quelques unes de ces valeurs césairistes dont se réclame Claude Lise et qu’il a partagées avec le PPM pendant un bon quart de siècle.

Contre le pessimisme de la raison auquel pourrait porter le spectacle lamentable que nous sommes en train de donner au pays et au monde, je m’obstine à faire confiance à l’optimisme de la volonté comme l’enseignait Césaire. Je refuse de me laisser entraîner dans le tourbillon. Je n’arrive pas à croire que les militants du RDM puissent suivre aveuglément les petits marquis aux talons roses du 74 qui ont tant bavé sur Césaire pendant tant d’années, et qui se posent aujourd’hui en donneurs de leçons tout en s’accommodant des miettes d’une réforme sarkoziste.

« Une réforme de la constitution ? Vous rêvez ! »

On sait que le PPM propose une révision de la constitution qui garantisse à la fois le droit à l’égalité et le droit à la différence. C’est une formule utilisée dans toutes les grandes démocraties de l’Union Européenne. La charte européenne de l’autonomie locale de 1985 fait obligation à tous ses signataires d’inscrire cette autonomie dans leur constitution. La France l’a signée dès 1985. Elle l’a ratifiée depuis 2003. Elle n’a pourtant pas cessé de tricher sur cette question. Son jacobinisme bicentenaire l’a empêché jusqu’à maintenant de faire ce que la monarchie espagnole a fait moins de 3 ans après la mort de Franco : tout en affirmant « l’unité indissoluble de la nation espagnole, patrie commune et indivisible de tous les Espagnols », reconnaître et garantir le droit à l’autonomie des nationalités et des régions qui la composent et la solidarité entre elles » (article 2 de la constitution espagnole)

Je comprends que les anti-européens, ceux qui pensent que nous ne sommes pas Européens puisque nous sommes Martiniquais, Antillais et Caribéens, se fassent difficilement à cette appartenance à l’Europe. L’Europe, ils n’en acceptent que les subventions. Et encore ! Du bout des lèvres et au titre des réparations pour ses crimes colonialistes. Peut-être aussi comme un espace privilégié pour le grand tourisme politique dont les conseillers régionaux du MIM sont les meilleurs spécialistes.
Je comprends mal que le sénateur, Claude Lise, n’ait pas profité de l’opportunité que lui offraient les travaux de la récente mission sénatoriale, présidée par son collègue Serge Larcher, pour évoquer ne serait-ce qu’une fois au cours des neuf interventions qu’il a faites devant cette mission, pour évoquer cette disposition de la Charte européenne de l’autonomie locale qui pouvait faciliter la tâche du RDM : “sur les dispositions du titre XII de la constitution, l’objectif étant de procéder à une analyse comparative des articles 73 et 74 mais également de procéder à l’élaboration de propositions de modifications qui pourraient être utilement portées à la rédaction de ce titre XII, dans le cadre d’une prochaine révision constitutionnelle.” (Discours de Ducos, 26 mars 2006, p 14)

C’était une proposition pour rire ?

De quel droit, au nom de quoi, au bénéfice de qui, les ramasse-miettes de la réforme sarkoziste peuvent-ils quémander des « adaptations » ou des « habilitations » et prétendre donner des leçons de dignité et de responsabilité au PPM qui revendique, lui, la constitutionnalisation de l’autonomie c’est-à-dire le droit non pas d’adapter les lois ni de négocier des habilitations, mais de faire nos propres los sur nos propres affaires, dans le respect d’une constitution amendée pour mieux répondre à nos propres préoccupations ?
Je rappelle à ceux qui l’auraient oublié que Serge Letchimy n’a pas attendu, lui, que la mission confiée par le Président de la République à monsieur Balladur pour la réforme des institutions de la France, le réveille de la longue léthargie de 5 ans dans laquelle leur humiliante défaite de décembre 2003 avait plongé les deux présidents de nos deux collectivités,
Au nom du groupe des élus progressistes, il l’a fait dès la première session du premier Congrès des élus régionaux et généraux, le 12 juin 2001, Il a rappelé ce qu’il appelle les deux enseignements majeurs de Césaire et du césairisme :

  1. « notre lutte n’est pas une lutte pour plus ou moins de subventions ni pour plus ou moins de franchises et de libertés locales. C’est une lutte plus fondamentale. C’est une lutte pour la reconnaissance de la personnalité collective du peuple martiniquais, une lutte pour le pouvoir martiniquais ».
  2. Le PPM ne connaît qu’une stratégie « celle qui considère que la solution du problème martiniquais dépend du combat du peuple martiniquais tout entier, ou tout au moins d’une large fraction du peuple martiniquais, réunie dans une commune espérance et regroupée autour d’un même idéal. Autrement dit, nous PPM, nous pensons que la solution du problème martiniquais passe parla création d’un consensus martiniquais et que notre seule arme – mais une arme décisive – c’est et ne peut être que l’union du peuple martiniquais. »

C’est la reconnaissance de la personnalité collective du peuple martiniquais c’est-à-dire de la nation martiniquaise qui fonde notre droit à la responsabilité et à l’initiative historique. Ce n’est pas la grande misère de notre situation politique, économique, sociale et culturelle, une situation certes difficile mais beaucoup moins qu’il y a un demi-siècle, quand nous choisissions de rompre avec l’assimilation et de revendiquer de droit de gérer nous-mêmes nos propres affaires. Ce qui fonde notre droit, c’est encore moins, bien entendu, l’existence dans la constitution actuelle d’un article magique qui nous permettrait de résoudre d’un coup les difficiles problèmes auxquels nous sommes confrontés, spécialement dans la crise de l’économie mondiale qui ne nous épargne pas.

Tout dépend donc en définitive de la capacité des autonomistes martiniquais d’élargir la base sociale et politique d’une revendication qui ne peut pas être celle d’une moitié du pays contre l’autre. Le PPM croit que cela est possible. Mais il ne croit pas au miracle. Il ne croit pas que cela puisse résulter d’un accord bâclé à la veille d’une consultation électorale.

Il propose une procédure permettant l’expérimentation de dispositions d’ores et déjà inscrites dans l’article 73 de la constitution et, au terme de cette expérimentation, une seconde consultation populaire offrant à partir d’un bilan mesurable, la possibilité de corriger éventuellement ce qui mériterait de l’être, pour avancer vers l’autonomie. Une autonomie entendue non comme une terre promise ni comme une Amérique qui attendrait son Christophe Colomb, mais comme un espace ouvert où, grâce à une coopération mutuellement avantageuse non seulement avec la France et avec l’Europe mais avec nos voisins de la Caraïbe, il nous serait permis de jouer dans cette région du monde un rôle à la mesure de nos ambitions.

13.09.09
Edouard de Lépine

Gaspillage et incompétence à l’œuvre au conseil régional

Mercredi 16 septembre 2009

Gaspillage et incompétence à l’œuvre au conseil régional ou comment jeter par la fenêtre 2 millions d’euros de fonds publics

Au moment ou tant de salariés perdent leur emploi du fait de la liquidation judiciaire de leur entreprise, se retrouvant, du jour au lendemain, sans activité professionnelle avec pour tout horizon celui de pointer au pôle emploi, il est intéressant de savoir comment s’est déroulé la liquidation du CFA-BTP suivi de sa reprise par l’AMEP, l’ensemble étant organisé par le conseil régional.

Quand en juillet 2008, l’association qui gérait cet établissement a été placée en liquidation judiciaire, bien peu de gens savait qu’il s’agissait de l’épilogue d’une affaire menée de A à Z par le président de la région, à qui l’association avait eu le tord de déplaire. Première manœuvre : entre 2005 et 2008, les subventions accordées à cet organisme ont été réduites de 41% alors que, dans le même temps, le nombre d’apprentis augmentait de 82% : l’asphyxie financière était, dans ces conditions, inévitable. Pourtant à son budget primitif 2008, la Région inscrivait une recette de taxe d’apprentissage de plus de 17 millions d’euros ! Ce n’était donc pas faute de moyen que le CFA-BTP a été étranglé mais bien de manière délibérée.

Mais à quoi donc a servi cet argent ?

Parallèlement, le président de la région, par délibération datée du 7 mai 2008 préparait la venue d’un repreneur, l’AMEP, organisme de formation où travaillent ses rejetons et dont la direction bénéficie des faveurs régionales, tout en se gardant bien d’informer l’administrateur judiciaire et le président du TGI de Fort-de-France devant prononcer la liquidation.
Le but de cette seconde manœuvre réalisée « en douce » était simple : offrir à l’AMEP un établissement débarrassé de ses salariés et de toutes dettes, notamment celles dues à la CGSS ! Pour y parvenir, il fallait laisser prononcer la liquidation ce qui fut fait ! Si les dettes sociales se sont envolées, les salariés ne se sont pas laissé faire et ont exigé que l’AMEP reprenne à son compte les contrats de travail conformément à la loi.
La surprise du couple Région/AMEP a été de taille mais plutôt que de remettre les choses à l’endroit, c’est-à-dire dans la légalité, de reprendre tous les contrats de travail, d’organiser l’activité du centre pour que le maximum de salariés retrouve du travail, c’est la politique de l’autruche qui a prévalu. Il a fallut que des blocages soient organisés en mars-avril 2009 pour que la direction de l’AMEP et la Région entendent raison. Depuis, les masques sont tombés : alors que l’association liquidée n’avait obtenu du conseil régional que 1,5 millions d’euros pour 750 apprentis en 2008, soit 2 000 euros par an et par apprenti, la même collectivité allouait, en 2009, plus de 2 millions d’euros à l’AMEP pour 450 apprentis c’est-à-dire près de 4 500€ par an et par apprenti.

C’est honteux ! Vous avez dit favoritisme et clientélisme ?

Le résultat de cette farce tragique est le suivant : près de 2 millions d’euros ont été dépensés, non pas pour permettre à des pères et mères de famille de conserver leur emploi ce qui était parfaitement possible, mais pour organiser le licenciement non justifié d’ailleurs, d’une vingtaine de salariés. En effet, en intégrant les indemnités de licenciement, les congés payés dus, les salaires non versés à des salariés sans activité mais non licenciés et les allocations chômage, chacun aura touché plus de 14 mois de rémunération, pour une ancienneté maximale de 4 ans et demi dans l’entreprise. Et ce n’est pas fini puisqu’une audience en référé devant le Tribunal des Prud’hommes doit avoir lieu le 17 septembre prochain. Voilà un exemple type de la prétendue « bonne gestion » des deniers publics à laquelle aboutit l’incurie de l’équipe aux commandes du conseil régional !

Pourquoi les 37 salariés de l’hôtel Caritan qui ont perdu leur emploi sans que la présidente du Comité Martiniquais du Tourisme et ses commanditaires régionaux, sans doute en vacances, n’y trouvent rien à redire, pourquoi ceux de l’hôtel Leyritz, ceux du Calenda et tous les autres qui pointent au Pôle Emploi, ne réclameraient-ils pas que le conseil régional leur applique le même traitement ? 14 mois de salaires en cas de licenciement !!!!!

Un ami me disait récemment à propos de l’évolution institutionnelle : « Pa ba menen kanmion moun ki pa sa kondui loto » ! Cet adage s’applique parfaitement à ceux qui ont les rênes de la région jusqu’en 2010. Ils le savent si bien qu’ils veulent supprimer cette consultation !!!

Karl PAOLO

Le temps des colonies

Mardi 15 septembre 2009

casque colonial

Les masques seraient-ils entrain de tomber ? On est tenté de le croire en lisant, sur le site du RDM de Claude Lise, les explications de Raphael Confiant, un de nos « intellectuels » le plus connu des éditeurs parisiens, qui, volant au secours de Claude Lise et d’Alfred Marie Jeanne, explique les objectifs des partisans de l’article 74, regroupés autour de Claude Lise et Alfred Marie-Jeanne !

Que dit-il ?

« Depuis 1946, (….), personne, (…) ne s’est étonné ni indigné du fait que notre peuple n’ait pas été consulté. Tout le monde a trouvé qu’il était parfaitement démocratique que l’élu du peuple que fut Césaire et les autres députés coloniaux, forts de leurs mandats et donc de la confiance du peuple, agisse au nom de ce même peuple » (pour obtenir la transformation de la Martinique de colonie en département)….(…)on nous a imposé un statut sans la moindre consultation populaire. »

Pour Raphael Confiant, l’objectif des partisans de l’article 74 est clair : il s’agit aujourd’hui de réparer une erreur, pire, une faute, une faute lourde, dont la gravité est manifeste : la transformation de la Martinique en département français en 1946 par le vote de la loi d’assimilation qui « a été imposé » aux martiniquais !

Voila l’objectif des partisans de l’article 74. C’est écrit noir sur blanc.

Objectif n°1 : Il s’agit d’abord de revenir sur les acquis du statut départemental et sur les luttes menées par des générations de Martiniquais, c’est-à-dire sur L’EGALITE DES DROITS que les martiniquais ont arraché après des décennies de lutte. Pour tous ceux qui ont voulu l’assimilation, qui se sont battus pour elle, qui l’ont porté jusqu’aux travées de l’assemblée nationale française à travers Aimé CESAIRE et Léopold BISSOL, la loi du 19 mars 1946 n’a pas d’autre signification : en finir avec le diktat de l’Usine, le joug de l’Usine, les intérêts de l’Usine et la « pwofitasion » de l’Usine ! Ce que veulent les partisans de l’article 74, c’est livrer notre pays à de nouveaux maitres, qu’ils soient locaux ou qu’ils représentent le capitalisme mondialisé, en tout point identiques aux hobereaux qui l’asservissaient du temps de la colonie

Objectif n°2 : Il s’agit ensuite de liquider l’héritage des Jules Monnerot, Joseph Del, Juvenal Linval, André Aliker, Léopold Bissol, Victor Lamon…etc dont les noms ornent les rues de Fort-de-France. Il s’agit de liquider l’esprit de lutte grâce auquel des générations de Martiniquais ont arraché des conquêtes sociales, le respect et la dignité dus aux travailleurs ! N’est-ce pas tuer une seconde fois tous ceux qui, luttant pour l’Egalité des Droits » et pour l’amélioration du sort des plus humbles ont perdu la vie du fait de la répression coloniale, depuis la Fusillade du François en février 1900 (10 morts) à Chalvet en 1974 (2 morts) en passant par celle de Bassignac en février 1923 (2 morts), celle des Frères Jacques au Carbet….. A qui peut profiter un tel forfait sinon à ceux qui rêvent d’un pays ou règnera leur loi, celle du plus fort ?

Objectif n°3 : Il s’agit enfin de régler son compte au plus prestigieux des fils de notre pays, Aimé Césaire, rapporteur de la loi du 19 mars 1946, un règlement de compte d’autant plus vil qu’il est effectué à titre posthume et non du vivant du grand homme ! NOUS NE LES LAISSERONS PAS FAIRE et comme disait la Pasionaria Dolores Ibarruri : NO PASARAN (Ils ne passeront pas !)

Objectif n°4 : Il s’agit aussi de permettre à une nouvelle classe sociale, une petite bourgeoisie à la tête de laquelle se retrouvent le plus souvent des fonctionnaires retraités ayant toute leur vie durant tété les 40% mais dont ils sont privés aujourd’hui, d’affirmer son existence, d’accroitre ses prérogatives, de multiplier les faveurs et les honneurs qu’ils s’accordent déjà généreusement (voyages en 1ère classe, véhicules de fonction, carte d’essence, cocktails et petits fours) et d’assouvir son gout du pouvoir pour le pouvoir.

Il faut donc remercier Raphael Confiant d’avoir dit tout haut ce que les stratèges du 74 cachent au peuple martiniquais, que leur objectif c’est de revenir au beau temps de la colonie.

Car il ne faut pas se tromper, ce que veulent les partisans du 74, ce n’est pas l’amélioration du sort des martiniquais, c’est leur régression dans un régime forcément autoritaire.

Ce que veulent les partisans du 74, ce n’est pas l’ouverture sur le monde à qui nous offririons ce que nous sommes, notre identité, notre culture et nos valeurs, c’est l’enfermement, le repli sur soi.
Ce que veulent les partisans du 74, ce n’est pas l’épanouissement de tous, leur accès à la culture, à l’éducation, au sport, c’est le développement du clientélisme, du népotisme et l’asservissement à des clans auxquels il faut prêter allégeance !

Les Martiniquais répondront « NON » à ceux qui veulent rétablir le régime de l’arbitraire contre lequel André ALIKER s’est dressé

Les Martiniquais répondront « NON » à ceux qui veulent nous faire régresser au temps « des 16 Basse Pointe » !

Les Martiniquais répondront « NON » à ceux qui veulent jouer les intérêts du plus grand nombre sur la table de jeu de leurs avantages personnels !

Karl PAOLO