Il faut un singulier toupet pour se décerner un brevet de bonne gestion de la collectivité régionale quand tous les indicateurs économiques et sociaux de la Martinique poursuivent leur dégradation entamée depuis plusieurs années !
Qu’il s’agisse de l’emploi, des différents secteurs de notre économie, de la formation, de la santé, du logement, des transports…., brefs de tout ce qui fait le quotidien de chaque martiniquais, les besoins non satisfaits sont de plus en plus pressants et les difficultés s’amoncellent.
Comment peut-on se féliciter des résultats d’une « gestion » alors que la situation est si détériorée comme l’a révélé il y a un an, en février 2009, un mouvement social que personne n’avait vu venir ?
Comment un responsable politique, de quelque bord qu’il se trouve, pourrait-il se féliciter d’une telle situation et même en tirer des motifs d’orgueil ?
C’est pourtant ce que vient de faire, une fois de plus, le président du conseil régional qui s’est félicité de « l’excellente gestion de la collectivité régionale et du bilan de sa mandature ».
L’exécutif régional est le seul à être aussi satisfait !
Confronté tous les jours aux attentes et aux besoins de sa population sans avoir le moyen de satisfaire, quel maire de l’une de nos 34 communes, quel conseiller général de l’un de nos 45 cantons pourrait afficher une pareille satisfaction ? Aucun !
Ainsi donc, peu importe que le pays connaissent des difficultés de plus en plus importantes, peu importe que ses habitants voient leur situation se dégrader et que sa jeunesse perde espoir, peu importe que le chômage s’accroisse, peu importe que la délinquance ainsi que le trafic et l’usage de stupéfiant se développent le président du conseil régional lui, est satisfait, heureux, content de lui et entend bien poursuivre dans la même voie !
Pas une once de regret, pas une seule critique à l’égard de la politique menée, pas une seule hésitation dans ses propos, Monsieur Alfred Marie-Jeanne s’auto congratule et magazine « Capital » en main, il célèbre ses 12 ans de présidence. Mais le 14 mars prochain, ce n’est pas le magazine « Capital » sera appelé à élire les membres du conseil régional mais le peuple martiniquais et c’est à lui qu’il appartiendra de dire si le bilan est bon ou pas, si ses difficultés se sont atténuées ou pas, si l’espoir a été retrouvé ou pas !
Cet écart entre la réalité que vie l’immense majorité de la population et la satisfaction affichée par l’exécutif régional pourrait prêter à rire si elle ne masquait pas une incompréhension totale de ce qu’est le rôle et les missions d’une collectivité régionale !
Car le rôle du conseil régional n’est pas de disposer d’une puissance financière, dont 70% provient des impôts et les taxes que payent les martiniquais !
Le Conseil régional n’est pas une banque de dépôt dont l’objectif serait de drainer l’épargne des ses clients !
Son rôle est d’impulser et d’animer le développement économique, social et culturel de notre pays, de coordonner les interventions de l’Etat, de l’Union européenne, des pouvoirs publics locaux et du secteur privé, de fédérer les différents acteurs de la vie économique, sociale et culturelle autours de projets communs dont les objectifs sont partagés, d’inscrire ces politiques dans un cadre cohérent et harmonieux d’aménagement du territoire et d’être à ce titre le partenaire des espaces intercommunaux.
Le Conseil Régional doit donc écouter les autres acteurs de vie locale, considérés comme des partenaires et non comme des subordonnés, partager avec eux les informations et les expériences dans un souci d’améliorer constamment la performance et l’efficacité des politiques menées et non de vouloir passer en force au nom de l’adage « celui qui paye, décide » !
Chacun sait aujourd’hui que ce n’est pas de cette manière que l’actuel président de la collectivité régionale, Monsieur Alfred Marie-Jeanne, conçoit son rôle d’exécutif ainsi que celui de la collectivité qu’il dirige pour quelques semaines encore. Il l’a montré à de multiples reprises, considérant qu’il n’avait aucune suggestion à recevoir ni aucun compte à rendre ainsi qu’un infortuné professeur du lycée Schœlcher a pu le mesurer.
Alors, parler de bonne gestion dans ces conditions, c’est dans le meilleurs des cas faire diversion pour éviter d’aborder les vrais problèmes. C’est au pire être sur une autre planète que celle où les martiniquais vivent !
Mais c’est assurément avoir le comportement que dénonçait Jacques CHIRAC au sommet mondial de Johannesburg sur le développement durable : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». Et comme poursuivait l’ancien président de la république, « Il est temps, je crois, d’ouvrir les yeux ».
Karl PAOLO
8 février 2010