ENTRE BONIMENTS ET OMISSIONS
Pour illustrer l’efficacité de sa politique, le président sortant du Conseil Régional aime évoquer le secteur de l’Education, c’est-à-dire, celui des lycées. 3 600 places de plus réalisées en 12 ans entre 1998 et 2010, 3600 places de plus réalisées en 2 ans entre 1989 et 1991. En guise d’exemple, le président Marie-Jeanne cite volontiers le chiffre de 3 600 places supplémentaires crées dans les lycées et LP au cours de sa mandature. Cela n’a rien d’un exploit, compte tenu des moyens financiers considérables dont la collectivité dispose ! Et nous le prouvons : sous la présidence de Camille Darsières, épaulé par Armand Nicolas alors président de la Commission Education et Formation Professionnelle, 3 lycées ont été construits par la Région Martinique : ACAJOU I, ACAJOU II et Joseph ZOBEL, l’ensemble accueillant 3 600 élèves.
Ce fut un authentique exploit. Pourquoi ?
D’abord parce que ces établissements ont été réalisés en un délai record, 18 mois voire 6 mois pour ACAJOU I et non 5 à 7 ans comme ce fut le cas pour les lycées de Ducos et de Bellefontaine.
Ensuite parce que les moyens financiers de la Région en 1990-1991 représentaient le tiers de celle d’aujourd’hui. Pour preuve, il suffit de se rappeler que le produit des impôts locaux dont le Conseil Régional est bénéficiaire était de 15 millions de Francs en 1991 (soit 2,28 millions d’euros) contre 17 millions d’euros aujourd’hui (plus de 7 fois plus) !
Et à qui doit-on cet accroissement des ressources du Conseil Régional ?
Le président sortant du Conseil Régional a tendance à s’approprier du travail réalisé par d’autres. Comme l’a dit fort justement Serge LETCHIMY lors du débat télévisé, c’est sous la mandature d’Emile Capgras que cet accroissement a eu lieu.
En effet, outre l’augmentation des ressources locales passées de 54,00 Francs à 200 Francs par habitant et par an, d’autres mesures dont la plupart avaient fait l’objet de demandes insistantes de la part de Camille Darsières, ont été prises dans le cadre de la loi Perben, dès 1993, et notamment :
- la désaffectation de 50% du Fonds d’Investissement Routier de l’époque mesure qui,
- le doublement de la taxe additionnelle à l’octroi de Mer passée de 1% à 2,5%,
- l’instauration d’une taxe d’embarquement sur les billets d’avions.
Quand le président sortant du Conseil Régional, Monsieur Alfred Marie-Jeanne affirme avoir redressé la collectivité, cela relève au mieux du fantasme.
Appuis parasismiques : des questions se posent !
L’autre aspect dont semble fier l’équipe sortante du Conseil Régional, c’est d’avoir construits les lycées sur appui parasismique. C’est en effet une excellente initiative. Mais dans ce cas, pourquoi tous les bâtiments qui composent les deux établissements de Bellefontaine et de Ducos n’ont-ils pas été construits avec ce procédé ? En effet, dans les deux cas, seuls les dortoirs et les locaux d’enseignement général ont bénéficié de cette technologie. A Bellefontaine, un bâtiment dans lequel se trouvent la totalité des ateliers et la restauration scolaire ne dispose d’aucun appui parasismique. Quant au Centre de Formation d’Apprentis de Ducos, spécialisé dans les métiers du BTP, pourtant édifié au même moment que le lycée qui se trouve face à lui, ses fondations n’ont pas été réalisées de cette manière. Les apprentis qui s’y trouvent n’ont-ils pas droit eux aussi à une protection maximale ?
Mieux ou pire pourrait-on dire, depuis le tremblement de terre de novembre 2007, les appuis parasismiques du lycée de Ducos ont été détériorés et ne jouent plus leur rôle sans que le Conseil Régional ne se manifeste pour remettre en état un dispositif dont il vante pourtant la mise en place.
Pour le reste, l’équipe sortante du Conseil Régional n’a rien à dire ! Et pourtant, il y a tant à faire !!! Rafraichissons la mémoire du président Marie-Jeanne, si enclin à citer le Code Général des Collectivités Locales. Puisqu’il s’agit des lycées, nous allons nous référer au Code de l’Education.
Planification éducative : un zéro pointé au Conseil Régional de Martinique
En premier lieu, l’article L214-1 du Code de l’Education impose au Conseil régional d’adopter et de transmettre au représentant de l’Etat en région « le schéma prévisionnel des formations des collèges, des lycées et des établissements d’enseignement agricole ». Ce schéma concerne l’ensemble des formations, générales, technologiques ou professionnelles initiales des collèges et lycées (carte des langues, carte des formations professionnelles et technologiques, incluant les formations post-bac : Sections de Techniciens Supérieurs (STS) ou Classe Préparatoires aux grandes Ecoles, (CPGE).
En second lieu, l’article L214-2 incite la Région à définir « des plans régionaux de développement des formations de l’enseignement supérieur et déterminer des programmes pluriannuels d’intérêt régional en matière de recherche ».
En troisième lieu, l’article L214-5 oblige le Conseil régional à établir, « après accord de chacune des collectivités concernées par les projets situés sur leur territoire, le programme prévisionnel des investissements relatifs aux lycées, aux établissements d’éducation spéciale, aux lycées professionnels maritimes et aux établissements d’enseignement agricole, qui résulte du schéma prévisionnel mentionné plus haut ». A ce titre, le Conseil régional définit la localisation des établissements, leur capacité d’accueil et le mode d’hébergement des élèves.
Où sont ces documents si essentiels pour assurer le pilotage du système éducatif dont l’article L214-3 du même Code de l’Education affirme qu’ils doivent tenir compte de «l’ensemble des besoins de formation » ? Ils n’existent pas à la Région Martinique !!!!
Il n’y a donc, à l’évidence, dans cette Région Martinique dirigée par le MIM-CNCP, aucun effort sérieux en matière de planification éducative, aucune réflexion en matière d’offre et de carte de formation, rien en matière de pilotage du système éducatif, rien en matière d’enseignement supérieur et rien en matière de programmation des investissements.
Cette carence totale de la collectivité régionale explique pourquoi l’inscription dans certaines filières et notamment en BTS pour les jeunes, titulaires d’un Baccalauréat, relève du parcours du combattant en raison d’un nombre de place insuffisant : à titre d’exemple, le Lycée Schœlcher reçoit en BTS Management des Unités Commerciales (MUC) 700 demandes pour 32 places soit un taux de satisfaction de 5% !
Résultat : pour assurer l’avenir de leurs enfants, les parents concernés n’ont comme unique ressource que de s’adresser à des établissements privés qui facture l’année de scolarité entre 1 500€ et 4 500€ quand les droits universitaires annuels se montent à 450€. Vous avez dit pwofitation ?
Cela est grave car c’est l’avenir des jeunes martiniquais qui est jeu, c’est le développement du pays qui ne trouvera pas, le moment venu, les ressources humaines et les qualifications dont il aura besoin. En témoigne le fait que les directions des hôpitaux font venir des personnels infirmiers d’Europe, faute de candidatures locales.
Il est totalement incompréhensible que le Conseil régional n’ait aucune orientation en matière d’enseignement supérieur, et notamment, s’agissant de la formation des enseignants (professeur des écoles et professeurs de lycées et collèges) qui risque fort, si rien n’était rapidement entrepris, de ne pas permettre aux jeunes martiniquais diplômés d’accéder aux métiers de l’éducation, en raison des conditions dans lesquelles se met en place la mastérisation des concours d’enseignant et de CPE.
Mais il y a encore pire !
Quand le Conseil régional fait des économies sur le dos des élèves et des personnels
L’article 214-6 du Code de l’Education affirme que « la région a la charge des lycées, des établissements d’éducation spéciale et des lycées professionnels maritimes. Elle en assure la construction, la reconstruction, l’extension, les grosses réparations, l’équipement et le fonctionnement ».
Pour la construction, la reconstruction, l’extension, les grosses réparations ainsi que l’équipement de ces établissements, une dotation régionale d’équipement scolaire (DRES) est allouée annuellement par l’Etat.
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Source : comptes administratifs |
2006 |
2007 |
2008 |
| DRES reçu de l’Etat |
25 133 480,85€ |
31 357 131,69€ |
26 318 744,00€ |
| Dépenses de la Région Martinique |
16 275 828,13€ |
13 881 973,75€ |
16 065 712,34e |
| Sommes non investies par le Conseil Régional |
9 593 519,13€ |
17 475 157,94€ |
10 253 031,66 |
En l’espace de 3 années, la « bonne gestion » du président du Conseil régional aura eu pour effet « d’économiser » au détriment des conditions de travail des élèves et des personnels des lycées, la somme de 37 321 708,73€ soit près de 10 millions d’euros de plus que l’excédent dégagé lors du dernier compte administratif connu (28 265 666,51€), lequel, en l’espèce, est un excédent en trompe l’œil !
Ainsi, nous nageons dans l’illusion : pour donner l’impression d’une gestion économe et prudente, le président du Conseil régional et son équipe n’investissent pas les sommes reçus de l’Etat pour l’entretien des lycées. Est-ce à dire que ces établissements n’ont besoin de rien ? Est-ce à dire qu’ils sont tous en parfait état ? Comment expliquer dans ces conditions la présence de 127 containeurs en guise de salles de cours et qu’a-t-on fait de ces 37 millions d’euros dont les lycées, les élèves et la communauté éducative ont été privés ?
Or, chacun peut constater que ceux-ci nécessitent des travaux importants, notamment s’agissant des ateliers ou s’acquièrent les compétences professionnelles et que la mise en œuvre de ces chantiers de réhabilitation relancerait à coup sur le secteur du BTP et notamment le segment occupé par les entreprises artisanales.
Combien d’emplois auraient pu être sauvegardés ou créés si la présidence de Région n’avait pas fait preuve d’un aveuglement coupable, murée qu’elle est dans ses certitudes, incapable d’écoute et de dialogue, ignorant manifestement que le mauvais état des lycées, l’utilisation systématique de palliatifs comme ces containeurs reconditionnés en salle de classe, ne peut permettre un travail efficace, une pédagogie moderne et des apprentissages assurés ?
Où en est le projet de gratuité des manuels scolaires en lycées et en LP ? Pourquoi rien n’est fait pour réduire effectivement la fracture numérique en équipant chaque élève de lycée ou de LP d’un ordinateur portable ? Quid du développement du sport notamment au sein de l’UNSS, de la culture et des arts alors que la Région dispose d’un outil, l’Institut Régional d’Arts Visuels qui pourrait jouer un rôle plus actif dans ce domaine ?
Voici le bilan dont le président Marie-Jeanne est fier !
Qu’il nous permette de ne pas partager son point de vue. Mais c’est aux électeurs de trancher et nous ne doutons pas qu’ils le feront en changeant une équipe qui n’a pas répondu aux attentes des Martiniquais, qui subordonne l’intérêt du pays à des considérations idéologiques d’un autre âge dont le peuple martiniquais ne veut pas entendre parler.
Pour notre part, nous lui proposons une liste composée d’hommes et de femmes rassemblés autour de Serge LETCHIMY pour servir le pays et son peuple, pour écouter ses souhaits, ses demandes et ses difficultés, pour dialoguer avec ses représentants en les considérant avec respect et pour construire ensemble une Martinique nouvelle.
Karl PAOLO
Le 26 février 2010
Tags : régionales 2010
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TRÈS BIEN, FORT INSTRUCTIF. MAIS N’AI JAMAIS EU DE DOUTES QUAND À L’ORIENTATION POLITIQUE POPULISTE ET DÉMAGOGIQUE DE MONSIEUR AMJ ET DE SON PARTI, .
CONTRAIREMENT À CE QU’IL VEUT NOUS FAIRE CROIRE CE MONSIEUR N’EST NULLEMENT UN PROGRESSISTE ; SES DISCOURS, SA DÉMAGOGIE, SA MALHONNETETÉ INTELLECTUELLE ET SA POLITIQUE LE PROUVENT.
TOUTES PROPORTIONS GARDÉES, SPÉCIFICITÉS ET « VAGABONNAGERIES » LOCALES PRISENT EN COMPTE, AMJ N’EST RIEN D’AUTRE QUE LE LEPEN DE LA MARTINIQUE. APRÈS 14 ANS DE RÈGNE IL EST ENFIN GRAND TEMPS DE S’EN APERCEVOIR.
DOMMAGE, OUI VRAIMENT REGRETTABLE QU’IL FAUT ÊTRE À 8 JOURS D’UNE CONSULTATION POPULAIRE DE PREMIÈRE IMPORTANCE POUR NOTRE DEVENIR POUR QU’ENFIN ON DÉNONCE HAUT ET FORT CETTE TROMPERIE.
bonjour, il y a un petit souci sur cette page, cette phrase n’est pas finie :
>> la désaffectation de 50% du Fonds d’Investissement Routier de l’époque mesure qui, …….
elle se trouve dans le paragraphe suivant :
« Et à qui doit-on cet accroissement des ressources du Conseil Régional ? »
dans le premier exemple du notamment.
Cordialement