En France, depuis plusieurs mois, les banques alimentaires et les associations caritatives appelaient l’attention des pouvoirs publics sur la montée de la pauvreté. La publication du Rapport du Secours Catholique sur les statistiques d’accueil 2008 confirme cette tendance. La principale information de ce rapport ne concerne toutefois pas la hausse globale de la pauvreté. En 2008, l’association a pris en charge 633.000 « situations de pauvreté », concernant environ 1,45 million de personnes (780.000 adultes et 670.000 enfants). Ce chiffre marque une progression de 2,3% par rapport à 2007. Même si elle recouvre de nombreux drames humains, une évolution de cette nature est modeste au regard de l’ampleur de la crise économique, sans précédent depuis 1945.
Cet impact relativement modeste de la crise sur les situations de pauvreté doit toutefois être interprété avec prudence. Le Secours Catholique et les autres associations caritatives relèvent en effet une différence marquée entre la première et la seconde moitié de 2008. Les chiffres devraient ainsi se dégrader beaucoup plus nettement en 2009, compte tenu des effets amortisseurs transitoires du système de protection sociale.
Le profil des personnes prises en charge continue de se transformer. Les moins de 20 ans, qui forment 24,5% de la population française représentent 42,5% des bénéficiaires. En dix ans, leur « indice de fragilité » (rapport entre le pourcentage de la tranche d’âge observé dans les accueils et le pourcentage de la même tranche d’âge dans la population française) est passé de 1,64 à 1,74.
Martinique 622 situations analysées. Contrairement à la Guadeloupe, la Martinique ne compte que peu d’étrangers dans ses accueils et la plupart ont un statut en règle. En moyenne, les demandeurs sont âgés : la proportion des 25-39 ans est très nettement inférieure à la moyenne métropolitaine, alors que celle des personnes de plus de 40 ans est élevée. Plus de la moitié des ménages rencontrés sont des parents isolés, très rarement des hommes, et les couples avec ou sans enfant(s) sont relativement rares, de même que les personnes seules.
Les personnes rencontrées sont plus proches de l’emploi qu’en Guadeloupe. 22 % ont un emploi : il s’agit aussi souvent de CDI à plein temps que d’emploi à temps partiel et que d’emploi informel. La moitié des ménages vivent en milieu rural et le travail agricole est certainement très répandu, avec des statuts divers. La recherche d’emploi, indemnisée ou non, et l’inactivité professionnelle se situent dans des proportions comparables
aux moyennes métropolitaines, mais l’inactivité « au foyer » est beaucoup plus fréquente. On compte également un peu plus de retraités.
Plus de huit ménages sur dix vivent en logement stable et les propriétaires sont nombreux. La plupart des situations en logement précaire sont hébergées par des proches.
Le même phénomène touche les plus de 50 ans. S’ils restent « sous-représentés » parmi les situations de pauvreté (par rapport à leur poids démographique), leur part tend cependant à s’accroître régulièrement, poussant ainsi à la hausse leur indice de fragilité. Un autre phénomène – celui-là déjà bien connu – est la sur-représentation des personnes seules et, surtout, des parents isolés. Les premières représentent 44,5% des situations de pauvreté recensées par le Secours Catholique, pour seulement 34,8% de la population générale. Mais le chiffre le plus spectaculaire concerne les parents isolés (essentiellement des femmes) : pour 8% de la population générale, ils constituent 28,7% des situations de pauvreté et leur indice de pauvreté est passé en dix ans de 2,95 à 3,59.
Le rapport du Secours Catholique consacre également une analyse thématique à la pauvreté féminine.
Les femmes sont légèrement sur-représentées dans les situations de pauvreté. Alors qu’elles constituent 52,5% des personnes de plus de vingt ans, elles comptent pour 54,4% des situations de pauvreté rencontrées. Ceci s’explique notamment par le fait qu’elles sont plus nombreuses à vivre sans conjoint, à ne pas avoir d’activité professionnelle et à être parent isolé. Or ces trois situations – parfois cumulées chez une même personne – constituent des facteurs de fragilité très importants au regard de la pauvreté. Autre facteur aggravant spécifique aux femmes, relevé par le rapport : elles sont nettement plus nombreuses que les hommes à travailler à temps partiel, « particulièrement développé dans le secteur des services ainsi que dans les collectivités locales ».
jeff Lafontaine
Sources: secours catholique

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