Archive pour la catégorie ‘Environnement’

10ème Congrès caribéen des travailleurs sociaux

Jeudi 14 juillet 2011

Allocution de M. Serge LETCHIMY
Prononcé le 11 juillet 2011 à l’ouverture du 10ème Congrès caribéen des travailleurs sociaux – Atrium

«  Madame la Présidente, Monsieur le Président, Monsieur le représentant du Préfet, Monsieur le représentant de la Présidente du Conseil général, chers participants.
je veux tout d’abord saluer l’ensemble des personnalités qui viennent de la caraïbe et de l’Amérique centrale et des Etats-Unis, j’ai dénombré 17. C’est donc un congrès qui a de l’importance et qui est fondamental.

Cette expérience que vous menez depuis plus de dix d’années, je l’ai tentée en tant qu’urbaniste en réalisant ce qu’on appelle un congrès des architectes et des urbanistes de la Caraïbe. On a commencé cela, vers la  fin des années 80, par ce que mes camarades, dont certains que je reconnais ici dans la salle, sociologue qui y ont participé, ressentaient un désir extrêmement profond de se connaître, de partager, et surtout de partager une ambition de développement d’ingénierie, de conceptualisation de la question à partir à de notre histoire commune, de notre culture et de notre identité.

Cela semblait tellement important pour nous qu’on a complètement oublié l’argent, je veux dire le fric, parce que toute réflexion de celui qui conçoit c’est surtout de savoir comment on paie, comment on finance, avant toute chose.

On a complètement ignoré cela par ce qu’on s’est attaqué à un champ qui n’est pas très habituel pour les architectes et urbanistes, quand on parle de (rénovation) puisque généralement on s’attaque à la construction de bâtiments modernes : de grands buildings, des résidences pavillonnaires.

Nous nous sommes attaqués comme les architectes et urbanistes de la rue et des quartiers populaires, aux petits, aux pauvres, aux plus humbles. Et nous avons voyagé dans toute la caraïbe, vers Saint Domingue, vers la Jamaïque, à Kingston pour travailler sur comment régler la question de l’habitat populaire dans ces quartiers suburbains de Kingston, de Port au Prince etc.

Pour quelle raison je commence par cela, c’est parce que je considère qu’il y a des champs dans ce système économique très capitalistique, même si on se donne quelquefois des allures de sociétés de partage, on oublie quelquefois que les retombées de ce système peuvent être extrêmement graves et qu’à un moment donné cela se traduit par la paupérisation, la misère, et cela se traduit aussi par une nécessité de survie de tout un chacun qui s’exprime dans l’espace, dans l’habitat ou dans la vie d’un homme ou d’une femme.

D’un côté, c’était les urbanistes qui s’attaquaient à comment traiter Texaco, Volga Plage ou de Boissard, qui répondaient à une attente de besoin de conceptualisation et d’ingénierie.
De l’autre ma vie à croisé des femmes et les hommes qui essayaient de voir comment la maman qui se réveillait le matin pouvait donner à manger et à boire à ses enfants, comment elle pouvait s’abriter, comment elle pouvait faire éduquer sa famille, ses enfants, comment elle pouvait résister aux maladies, comment cette famille pourrait résister aussi à l’exclusion et à la drogue qui se substituaient à toute forme d’organisation de vie.

C’est-à-dire que ces deux histoires nous montrent bien que nous sommes face à des fléaux de la vie qui nécessitent de la solidarité, des moyens humains et surtout de la capacité de résister.

C’est pour cela que j’ai toujours dit, je le dis ici solennellement en tant que président de région, je salue très humblement le travail des travailleurs sociaux du monde entier, et plus spécifiquement, en l’occurrence, des travailleurs sociaux de la caraïbe, de la Martinique, de la Jamaïque, de la Guadeloupe, de Trinidad et d’ailleurs.

Maintenant nous sommes face à une réalité exceptionnelle, je ne donnerai pas des chiffres que David Zobda a déjà donnés, mais lorsque ce niveau de chômage que nous connaissons, ce niveau de précarité, ces états qui s’enchaînent entre les conditions de vie et les conditions d’habitat, on peut se poser la question de quelle politique sociale à mener demain pour faire face à ces fléaux.

Dans une société, dans une économie qui ne cesse d’avoir une croissance forte, pas nécessairement là où on produit le plus de billets ; en France seulement, pour ne pas citer la Martinique, 8 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté.
En France, 3 millions de personnes vivent dans des conditions d’habitat terribles.
Et à la Martinique 87 000 personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté.
Et des dizaines de milliers de personnes attendent un logement, attendent un secours ou attendent une main tendue.

Je considère que l’une des grandes problématiques qu’il y a actuellement à faire, c’est de construire une politique publique où tout le monde se sent impliqué.
Pas seulement l’institution publique destinée à apporter des financements publics, mais aussi le secteur privé de chaque pays doit mieux s’insérer dans la politique de solidarité sociale et de l’emploi de ces pays.

C’est pour ça que la politique régionale a pris plusieurs décisions :

La première décision c’est la conditionnalité. Nous travaillons en respectant le droit pour faire de telle sorte que les subventions qui sont versées aussi par l’Europe, par l’État et la collectivité régionale, obéissent à certaines conditions.
Une des premières conditions est de faire acte de respect du développement durable.
La deuxième condition, c’est faire acte de solidarité notamment vis-à-vis de la jeunesse. Je ne comprends pas comment on peut financer des entreprises à 400, 500, 600 000 € et que ces entreprises ne font pas l’effort de prendre des jeunes en apprentissage. Ce n’est pas normal !

Je ne comprends pas comment on puisse dégager autant de profits quelquefois et qu’on ne puisse pas investir sur le développement durable et en même temps créer des filières notamment sur les énergies renouvelables. Je ne comprends pas. Pourtant c’est en investissant qu’on peut créer l’activité.

Nous considérons aussi que la question de la jeunesse c’est aussi la question de la liberté et de la solidarité, c’est pour cela que cette année nous avons pris la décision de lancer ce qu’on appelle les « jobs vacances », nous avons demandé aux entreprises de prendre un millier de jeunes en activité pendant les mois de juillet et d’aout. Cela permettra à ces jeunes, pendant les deux mois de vacances, de pouvoir se constituer un petit pécule pour ne pas se retrouver avec sa maman devant l’assistante sociale pour pouvoir acheter ses bouquins à la rentrée scolaire.

Cela montre bien que les réseaux de solidarité sont en train de se casser malgré la force de votre présence. Nous avons aussi décidé de lancer un plan « ambition jeunes », très puissant, avec 17 actions déjà enclenchées, destinées à accompagner la jeunesse.

J’ai pris cet exemple de la jeunesse, et je voudrais avant de conclure prendre un deuxième exemple. C’est la question des personnes âgées.

Nous avons actuellement une situation où on nous dit que dans 30 ans nous serons le « département » le plus vieux de France. D’ici à 2030, nous serons environ à 32, 36 % des personnes âgées de plus de 60 ans.

Comment remplacer les personnes qui vont partir à la retraite en identifiant par exemple une GEPEC (une gestion prévisionnelle des emplois),  de telle sorte à permettre aux Martiniquais, aux jeunes, d’intégrer l’activité laissée par ces personnes, on n’en parle pas, il faut en parler parce que l’activité salariale est une activité importante.
Deuxièmement, pour ces personnes, comment aborder la question de la croissance de l’activité du nombre de personnes travaillant par rapport au nombre de personnes qui ne travaillent pas pour ne pas être dans une déstabilisation permanente des ressources publiques.

Ces deux questions sont essentielles et il y a autour de cela une véritable ingénierie sociale à développer.

La 3ème chose, cela concerne les associations. Nous avons actuellement, et vous le savez bien, qu’elles soient institutionnelles ou non institutionnelles, mais ce sont des associations qui remplissent un rôle de plus en plus important dans tous les domaines, qu’ils s’agissent dans le domaine de la santé, de la toxicomanie, de la drogue etc.

Je considère qu’il va falloir faire évoluer la loi de 1901 destinée à donner  un véritable cadre à ces associations parce qu’on peut difficilement comprendre que ces associations qui mènent un travail social fondamental, soient en situation d’exposition très dommageable sur le plan juridique.
Se sont des bataillons avec des dizaines de salariés, voire quelquefois dépensant des centaines de salariés sans aucun filet juridique et sans aucun moyen financier stable.
C’est une hypocrisie nationale qu’il faut dénoncer
Ces associations prennent des risques d’employeurs sans compensations, des risques personnels, sans pour cela que les institutions publiques ne s’impliquent, notamment en matière de financement et d’encadrement juridique.

Je veux conclure en vous disant que je suis venu ce matin personnellement, parce qu’on ne peut pas se désolidariser de qui que ce soit, et j’ai été très intéressé de voir comment vous avez associé les frères et sœurs de la Caraïbe et d’ailleurs.

Et pour revenir au départ de mon propos, c’est peut être avec moins d’argent ou plus d’argent, j’en sais rien, mais il faut avoir les moyens, qu’on peut réaliser, je n’en sais rien mais, c’est certainement avec l’ingéniosité de chacun qu’on pourra construire toutes ces forces de résiliences et de résistance sociale ; c’est par  l’homme, c’est dans l’homme qu’il faut chercher, c’est dans l’intérieur de chaque individu qu’il faut chercher la petite étincelle qui pourra faire briller, et repousser les forces d’inertie , cela c’est extrêmement important.

Et au-delà du Congrès, c’est la dimension humaine qui est pour moi extrêmement importante et fondamentale.

C’est dans ce sens que la Caraïbe a besoin certainement de liens et nous devons construire ces liens, mais devons aussi en tant que collectivité aujourd’hui départementale et régionale, et demain collectivité unique dans trois ans, on doit pouvoir aussi vous accompagner sur le bassin caribéen de telle sorte qu’on ait des liaisons communes aériennes, maritimes et qu’on sache de quoi on parle, quand on parle du bassin caribéen.

La France doit savoir que 97% de ses surfaces maritimes se trouvent dans l’outre-mer et qu’à ce titre là cette richesse que nous possédons, nous devons les gérer entre nous ; et que les 45 millions d’habitants de l’arc Caraïbe, la mer ne doit pas nous isoler. C’est justement en transcendant ces distances que nous pourrons construire une société beaucoup plus solidaire en donnant la main à Haiti et en souhaitant qu’Haiti se développe et en cherchant aussi en Haiti les richesses fondamentales qui permettent à ce peuple de résister malgré les difficultés qu’il connait aujourd’hui.
Merci de m’avoir écouté. »

Innondations : trouver une trouver une solution

Mardi 3 mai 2011

Eh oui, depuis plus d’un demi-siècle que dure cette situation qui semble faire partie d’une des ces formes d’aléas inévitables qui frappent notre île sans qu’aucune parade, qu’une solution ne soit possible, envisageable, envisagée, mise en œuvre…

Chaque averse, chaque pluie diluvienne est devenue pour les Martiniquais particulièrement ceux du centre EST et SUD, une véritable angoisse…
Une malédiction que rien ne semble lever, contrecarrer voire repousser. Et pourtant, à l’aube de ce XXI siècle de tous les défis technologiques, pareils écueils sont facilement circonscrits pour peu que les responsables de ce pays se donnent la peine de se pencher sur le problème et retiennent une solution qui aille dans le sens des intérêts des Martiniquais pour la prise en compte de la sécurité des biens et des personnes et aussi la protection et la préservation du tissu économique si fragile, si aléatoire.

Depuis plus de trente ans, CESAIRE à Fort de France, pourtant dans des conditions budgétaires dérisoires à l’époque, mit la ville capitale « hors  d’eau » par la réalisation de « pal planches » tout le long des berges de la rivière « Monsieur ». Depuis, Fort de France n’est plus inondée. Preuve que l’imagination mise en œuvre au service de la volonté donne des résultats.
Toutes ces années donc nos « politiques » de quelque bord de l’échiquier qu’ils soient ont pratiqué la politique de l’autruche, s’agissant de la résolution du problème et de la montée des eaux au niveau de l’aéroport Aimé CESAIRE et de l’inondation de Rivière-Salée avec les perturbations en termes de circulation que génèrent ces situations.
La semaine dernière, la commune de Rivière Pilote offrait le spectacle d’une ville inondée et quasi sinistrée .Encore un exemple d’impéritie manifeste d’élus dont le corollaire est la mise en danger des Pilotins, de leurs biens, de leurs vies, de leurs activités…

Il faut savoir que Rivière Pilote est la seule ville de France et de Navarre à ne pas posséder de PLU (Plan Local d’Urbanisme) avec une vision globale d’aménagement de son territoire. Forcément, toutes les interventions qui ont pu être diligentées le furent de manière opportune et parcellaire, relevant dans nombre de cas du « replâtrage ». La Région Martinique, dans le cadre de son Plan de Relance d’urgence, en plus de l’aide consentie à cette commune pour l’aménagement des rues DELGRES et IGNACE, de l’éclairage et de l’aménagement du parcours santé, va financer l’étude de la mise hors d’eau du bourg qui permettra de retenir l’ouvrage le plus adéquat pour répondre une fois pour toutes à ces  problèmes. A ce titre, cela nous permet de rappeler à l’ancien Maire, à l’ancien Président de Région, quand dans ses philippiques à l’encontre de la nouvelle gouvernance il dit que «  les besoins ne sont pas nés avec la nouvelle Région » qu’à la différence justement de ses méthodes d’antan, « Ensemble pour une Martinique nouvelle » a fait de la résolution des problèmes par un traitement de fond l’axe majeur de sa politique. Et c’est là toute la différence.

La RN5 et la section « GAIGNERON ».

A chaque pluie, la  Lézarde sort de son lit ». Sachons que le tracé initialement retenu du TCSP passe à cet endroit. Imprévoyance, quand tu nous tiens ! Enfin, avançons. Jeudi dernier, une fois de plus, les plaines du Lamentin et les zones industrielles et commerciales se sont retrouvées inondées. Un grave coup porté à l’économie. La Région Martinique a déjà engagé des études pour faire réaliser un ouvrage de franchissement entra la Lézarde et l’aéroport, qui serait un rehaussement de la voie, un viaduc ou toute autre conception qui conviendrait.

RIVIERE-SALEE

Au pont « Violon », la rivière n’arrive plus à canaliser ses eaux.  Il y a un mois, le Conseil Régional a lancé des «  travaux d’urgence », d’un coût de 250 000 euros afin de déboucher la rivière. Cette rivière d’une largeur initiale de 20 mètres n’a jamais été curée. Aujourd’hui, c’est un goulot d’étranglement de 2 mètres de largeur qui ne peut plus supporter le flux des eaux avec les conséquences que l’on vit. Les techniciens de l’entreprise sur le chantier remontent ce chenal à faible débit essayant de dégager les sédiments qui obstruent la rivière. Une percée de 5 mètres à déjà été réalisée. Il est prévu d’aller à 10 mètres. Soulignons qu’auparavant une journée de pluie suffisait à inonder Rivière-Salée. Avec les travaux en cours, ce délai est repoussé à 10 jours. Bien entendu, là encore, des études hydrographiques, hydrologiques et techniques vont être lancées pour déterminer le type d’ouvrage à adapter à cette situation.
En attendant, souhaitons qu’il pleuve un peu moins. Mais, trouver les solutions, c’est ce à quoi s’ingénie le groupe « Ensemble pour une Martinique Nouvelle » à la Région Martinique, dans un contexte où la multiplicité des problèmes, leurs récurrences, placent les sollicitations, souvent, dans des démarches d’exigence d’immédiate insolence.

SCIPION

Journées mondiales de l’urbanisme:discours de Serge Letchimy

Jeudi 11 novembre 2010

L’urbanisme, d’hier à demain, ou l’art de la transmission

J’ai lu dans le programme des JMU que vous évoquiez « la révolution urbaine en cours, en Colombie, à travers le projet de Medellin ».

Cela m’intéresse beaucoup, J’y reviendrai.

Je dois vous dire que je suis un enfant d’une autre révolution urbaine, fomentée par un homme qui fut à sa manière le grand Urbaniste de Fort-de-France, je veux parler d’Aimé Césaire.

Quelle est cette révolution, elle est si simple qu’elle est terriblement complexe : Avec Césaire, la marge est au centre.

Vous l’avez vu, entendu ou appris … A Fort-de-France, les premiers quartiers dits d’habitat spontané s’édifient au sortir de l’habitation, comme vous le savez sur du foncier municipal et sur les 50 pas géométriques.
Là où le pouvoir identifie une pathologie urbaine, une plaie sociale à éliminer plutôt qu’à soigner ; d’autant plus que les terrains d’implantions sont pour le moins ingrats, inhospitaliers, et dangereux.
Or, au lieu de repousser, de congédier, de dissuader, Césaire comprend, accueille, soutient, organise.
Le Nègre veut quitter définitivement le système de la plantation ?

L’Etat n’a pas de politique de l’habitat ?

Et bien, la Ville va soutenir l’implantation …
A Trenelle, a Volga plage Césaire parie que le quartier, même dans les conditions les plus pénibles d’habitat, de précarité, de promiscuité, de vulnérabilité, offre une chance d’intégration et un terrain de cohésion pour ces hommes et ces femmes qui par l’urbain deviennent enfin concitoyens.

Car l’on sait quelles sont les valeurs, homériques et héroïques, que ces hommes et ses femmes ont incarnées pour produire leur Habitat.
Ces valeurs, mélange de d’entraide et de solidarité, de persévérance et de courage, de savoir-faire et de débrouillardise … ces valeurs marquent le seau d’une forme de génie populaire.

Quand Césaire accueille, dans les années 60, la misère de la Martinique, l’exode des campagnes, des plantations par les plus pauvres – ce que G Torres appelle « le grand déménagement ». L’économie se dérobe et le centre de gravité de toute l’activité se déplace vers la plaine du Lamentin.

L’ouverture de l’aéroport, la réalisation progressive de l’autoroute, la multiplication des zones d’activités achèvent de déstabiliser l’économie urbaine et portuaire de Fort-de-France qui produit d’autant moins d’emplois pour les bras qu’apparaît la conteneurisation du port.
On passe des stigmates de servilité économique coloniale de l’habitation à une aliénante société de consommation.
Cette cruelle mutation génère une mobilisation exceptionnelle de la ressource existante ou résiduelle. Et c’est l’urbain qui en sera le théatre offrant à l’imaginaire et à la culture une nouvelle étape de l’organisation de la société Martiniquaise.

C’est dans la ville et dans les quartiers que va se jouer le combat de la Dignité et de l’Identité.

Césaire prononçait ceci :
« J’entends par culture, tout ce que l’homme fait, non pas l’instruction, mais tout ce que l’homme fait, tout ce qu’il fait et tout ce qu’il entreprend  de faire chaque jour pour organiser sa vie, c’est-à-dire pour s’accommoder à la nature et à l’histoire d’autre part… »
Aimé Césaire

On peut comprendre pourquoi au milieu des années 70, Aimé Césaire donne une nouvelle impulsion à la  politique culturelle  foyalaise avec la création du Sermac, irradiant le territoire de centres culturels dans les quartiers et organisant le Festival Culturel de Fort-de-France.

L’accès à la culture pour tous est synonyme de l’accès à l’urbain offrant à l’homme des espaces de liberté et d’émancipation inédit, un nouveau droit à la ville est né.
Cette nouvelle politique culturelle est centrée autour de la question cruciale de l’identité : c’est affirmer une présence au monde, c’est valoriser la culture et les arts de l’Afrique et de la Caraïbe.
La culture pensée et vécue comme vecteur de résistance et d’espérance.
La culture habite la ville, elle l’innerve, elle bâtit même la ville donnant ça et là au prolétariat ses lieux à l’aspiration bourgeoise ses niches de progrès dans un milieu ou les traces de la race continuaient à rythmer la géographie sociale.
La culture- le « koudmen », la solidarité, la maitrise du foncier permettent  la construction de maisons, basée sur la stratégie communautaire d’appropriation collective de la terre et du droit à la ville.

On était pauvre, mais on avait au moins cela : la culture, était auto-générée et auto-alimentée par la relation sociale, émancipant du coup l’urbain, les stéréotypes architecturaux validant le vernaculaire dans un vocabulaire singulier et un esthétisme conjurant le conformisme occidental.
Au total, l’œuvre urbanistique du Maire Aimé Césaire est éminemment décisive et fondatrice. Ce que nous vivions à Trénelle, on le vivait aussi au même moment à la SURZA à Saint Domingue, à Cité Soleil en Haïti à la perla à Porto Rico, ou ailleurs dans le sud dans les favelas du brésil.

La Ville  demeurait un espace démocratique, accessible et ouvert.

Aujourd’hui, de nouveaux périls (violence, drogues, trafics …) remettent en question ces acquis qui constituent un fondement de l’urbain : la capacité des quartiers a s’ancrer dans la ville, la capacité de la ville à produire de la citoyenneté.
C’est ce que les héritiers de Césaire ont à leur charge de mener à bien. Faire que la ville redevienne un espace de démocratisation de citoyenneté de solidarité et de construction du lien social.
C’est ainsi que, dans les années 80, nous avons provoqué la création d’une école martiniquaise de pensée et de pratique de l’urbanisme, discipline pluridisciplinaire par définition. (Lariamep)

Deux éléments fondamentaux caractérisaient ce mouvement, qui fut pour nous une véritable révolution urbaine :

  1. la conviction que les villes et les quartiers des Antilles s’inscrivaient dans le paradigme du Sud et non de l’Occident, dans une géopolitique caribéenne ou sud-américaine et non européenne
  2. notre capacité à initier une recherche alternative, déroutante pour les idées reçues, à la limite de l’anti-conformisme, pour faire le lien avec une soif inextinguible d’action, d’initiative et de réalisation.

Ainsi, au sein de l’ARIAMEP puis de la SEMAFF, nous avons mené bon nombre d’études sur l’histoire et l’aspect des divers quartiers des villes de la caraïbe et notamment sur les quartiers populaires.

Il fallait réorganiser au mieux ces foyers nés de l’exode rural, sans pour autant effacer les empreintes laissées par le peuple, quand bien même elles s’étaient matérialisées de manière anarchiques ; elles devenaient les marques de l’architecture propre aux populations locales.

La soumission à l’Occident voulait qu’on rase tout et qu’on reconstruise des HLM.

Nous avons au contraire cherché à préserver des lieux de mémoire tout en laissant jouer l’imaginaire.
Et Fort-de-France, est devenue,  petit à petit, un laboratoire de la ville caribéenne
Ce paradigme est majeur pour tout ce qui va suivre, et plus largement, pour tout ce qui peut être pensé et avancé concernant la culture et l’habitat urbain dans la Caraïbe.

Notre histoire, notre géographie, ont conduit nos peuples, caribéens et sud américains …

… à inventer des langues nouvelles avec le créole,
… à réinterpréter des croyances et des fois,
… à créer des musiques, des danses sur des rythmes nouveaux
… à éclore une littérature, une poésie, des contes par la magie de l’imaginaire (et c’est Césaire, Walcott, Carpentier …)
… à redessiner le monde comme l’éclat d’une peinture de Wilfredo Lam

Fort-de-France illustre ici une dialectique universelle aux villes du nouveau monde qui est valable pour Pointe-à-Pître, Cayenne, nos villes créoles, et à une autre échelle et plus loin, Santo Domingo, La Havane, etc …, villes tiraillées entre …
- d’une part l’héritage-fardeau des quartiers de survie urbaine,
- d’autre part l’obsession de l’idéal patrimonial et architectural,
- enfin l’attractivité et la modernisation dans un contexte de compétitivité locale, régionale et mondiale.

De quoi s’agit-il ?

Il s’agit d’inverser le paradigme pour créer des clés de lecture en phase avec notre réalité caribéenne et considérer la ville, le quartier et l’habitat comme une création culturelle.
La culture est avant tout l’ensemble des traits d’appartenance à un groupe social. Elle « habite » une esthétique propre et caractérise un peuple tout comme elle traduit et reflète ses forces, ses talents, son imaginaire, en un mot son génie créatif.
Cette révolution méthodologique et sémiologique rejoignait les stratégies naissantes du CARIMOS, qui avançait que le véritable patrimoine des villes du nouveau monde qu’est la Caraïbe, et plus largement des Suds, se trouvait tout autant sinon plus dans l’architecture du peuple que dans la monumentalité et le prestige.

Cette position critique est consubstantielle de notre rapport et de notre apport au monde :
… soit nous reproduisons, calquons ou « tropicalisons » les critères, les règles, les méthodes importés de l’occident (voire imposés);
… soit nous fabriquons notre grammaire pour que l’objet étudié (l’espace, la société …) puisse être lu avec pertinence et sensibilité.

… Les quartiers de Fort-de-France, laboratoires de la mangrove urbaine

C’est dans ce contexte et selon cette démarche que le concept de « mangrove urbaine » a été pour la première fois employée et diffusée.
La notion visait à conceptualiser les caractéristiques principales de l’occupation périurbaine à la Martinique, lors de ces 50 dernières années.
Sans faire le professeur, le terme de mangrove urbaine désigne une aire naturelle  d’espoir et de désespoir, d’une existence en perpétuelle renaissance, qui dans le lais et relais de la mer et de la terre exhorte la fatalité et initie le limon créateur de la fertilité.
Isolé et à la marge, flanqué dans les mornes et dans les ravines, les quartiers populaires défie la mort et nous invite aussi perpétuellement à la résistance et à la vie.
Ce terrain complexe et dynamique va devenir le terrain d’engagement d’un urbanisme progressiste, nous impliquant dans une nouvelle culture de la démocratie urbaine, et une nouvelle ingénierie de l’aménagement et de l’urbanisme. C’est un des défis de l’urbanisme contemporain, qu’elle soit caribéen ou, par extension, universel.
L’urbanisme, le travail social des quartiers, la conception et la production de notre habitat, ont vocation à lutter contre l’uniformisation identitaire et, partant de là, à répondre à la demande sociale et à exprimer une réalité culturelle.

Aujourd’hui, que se passe-t-il ?

On essaye toujours de refaire la ville.
Mais les repères ne sont plus les mêmes.
On est plus dans la jouissance de droits que dans la conquête de droit.
On est plus dans un bien être matériel que dans une aspiration existentielle.
Mais est-ce que cette ville qui se refait tient autant compte de la parole habitante, de cette manière populaire de créer la ville-équilibre ?

Est-ce que les habitants accompagnent la construction de cette ville ?

Oui, dans l’intention. Dans le fond des réalités, c’est moins évident.
La spéculation prend le pas sur l’usage et la survie ; l’égoïsme sur la solidarité.
Dans un contexte où les villes sont submergées de problèmes de tout ordre, seules les réponses d’interventions techniques ou de régulation sociale semblent s’imposer, occultant de plus en plus l’urbain et l’humain rangés au rôle de variable d’ajustement soumis pour le premier aux exigences de la rentabilité et pour le second aux contraintes d’une gestion technocratique de l’espace

Pour nous, l’orientation donnée au développement et à la rénovation de la ville doit concourir, en premier lieu, à restaurer une culture sociale, une identité.

Le « malecon » dans le vaste projet de renouvellement urbain en cours, à Fort de France est loin d’être un exploit technologique, c’est avant tout un projet culturel. C’est  un lieu où convergent les populations des quartiers et des communes de Martinique, un lieu où les gens se rencontrent de nouveau, échangent, s’expriment. On retrouve l’idée d’une urbanité partagée, génératrice de lien social et de respect de l’autre.

Je crois que s’impose  alors à nous l’âge d’une nouvelle révolution urbaine, celle de la ville durable, pour employer un terme « porteur », celle de la « Ville équilibre », je dirais.

Il doit avoir au départ de tout projet urbain l’expression d’un projet humain, pensé, négocié, débattu et partagé, puis contractualisé et opérationnalisé.
Cela ne peut correspondre qu’à une éthique politique fondé sur une vision enracinée de l’avenir.

Un projet urbain visant à

  1. restaurer des fonctions urbaines,
  2. intégrer la ville dans l’ensemble plus vaste (le pays, l’agglomération, la Baie …).
  3. établir une vision du quotidien et du devenir, de l’opérationnel immédiat et du prospectif …
  4. Enfin, l’adhésion des habitant n’est pas la moindre des conditions de réussite du projet : c’est la démocratie participative  …

Tout comme notre génération a pris le flambeau l’héritage Césairiste, il incombe aujourd’hui aux nouvelles générations progressistes d’anticiper les nouveaux défis du nouveau réel urbain.
Aujourd’hui, trois phénomènes modifient ces comportements :

  • le virtuel, avec l’impact des images banalisant la violence extrême (médias, net, câble.)
  • la mobilité, avec les outils de liberté que sont par exemple le scooter et le portable
  • le désœuvrement, généré par l’exclusion sociale et la relégation du monde économique.

Pour nos villes, c’est aussi ça « le réel urbain ».

Or, c’est dans cette jeunesse désœuvrée que se vivra l’avenir de la Ville et du Pays, dans l’équilibre négocié ou dans la rupture violente et désespérée.
Car au-delà des ces deux grands champs de mutation sociale, ce qui  apparaît dans nos villes contemporaines, c’est ce lent glissement du collectif vers l’individuel ; de la cause noble, mobilisatrice, au repli égoïste de la consommation et de la satisfaction des instincts immédiats.
Le défi qui attend la Ville de demain, c’est le développement durable réel, équitable, authentique, c’est de la relation sociale, et la capacité de l’urbain à protéger la vie et à générer la vie …
Alors Oui, je crois que l’ALTER-URBANISME évoqué lors de ces JMU me parait plus que jamais pertinent, je dis même vital
Et donc Oui, Monsieur le  Président de la SFU, M. Jean-Pierre Gautry,
chers Amis
J’ai très volontiers accepté l’idée de présider ces Journées Mondiales de l’Urbanisme 2010 de Fort-de-France, entre Martinique, Guadeloupe et Guyane, entre Caraïbe, Amériques et Europe …

Je l’ai fait conscient du chemin parcouru, au cœur de l’universel urbain.
Conscient mais aussi inquiet des défis à venir.
Une autre ère s’ouvre pour les nouvelles générations qui, Fanon le disait, est confrontée à sa responsabilité : c’est l’ère du développement durable, équitable, raisonné.
J’invite d’ailleurs les urbanistes de demain à réévaluer les contours de ce développement pour notre espace pour nos villes, , à une époque charnière où la crise internationale bouleverse de manière irréversible les convictions sur le marché tout puissant ou sur l’Etat régulateur.

C’est une invitation à faire projet, avec discipline et méthode, dans avec passion et générosité

Le concept d’autonomie sera bien l’idée majeure et la clé du développement pour ce XXIème siècle, à l’échelle de l’individu, à l’échelle de la collectivité. Et la Ville doit demeurer l’espace du collectif , l’espace de la créativité, de l’autonomie et des libertés humaines.
Voilà quel est le nouveau rendez-vous!
C’est pourquoi il me plait d’accompagner les projets de coopération, réciproque et constructif, avec Haïti bien sur, avec la Colombie et Medellin, j’ai bien entendu.  Ce pont avec une autre « révolution urbaine », suggéré par l’AFD, initiée par Fabrice Richy et Bruno Carrer, me donne l’occasion de saluer deux invités prestigieux de ces JMU :

  • César Augusto HERNANDEZ, urbaniste de Medellin, qui vous a subjugué –je le sais et je veux le voir- par sa présentation de la « révolution urbaine «  et des Plans d’Urbanisme Intégraux de Médellin »
  • Edwin QUILES,  mon frère de combat, de PORTO-RICO, qui a la formule de ce que nous devons être « des activistes urbains »

C’est pourquoi, enfin, il me plait de soutenir l’idée, incontournable, d’un Institut Urbain Caribéen, à trois conditions :

  • sa représentation de notre diversité culturelle, au cœur de la grande Région Caraïbe
  • sa capacité à former une profession qualifiée, opérante,
  • sa capacité à recréer l’essence même de l’urbanisme : sa pluridisciplinarité.

Je demande aux enseignants, aux professionnels, aux étudiants… de s’approprier ce projet, de le structurer, et de développer.

Le Député et le Président de Région que je suis, affirme ici son soutien entier et décidé à ce projet seront pleinement associés  cette idée.

Je veillerai à en parler, quand il le faudra, avec mes collègues de Guadeloupe et de Guyane, dans le cadre de l’Union Régionale Antilles Guyane (URAG)
Comme pour les Villes, nous avons le devoir de la transmission, qui est aussi une transmission du savoir et de la recherche
Acceptez donc que j’emprunte à Césaire la magie du mot : l’urbanisme, c’est pour nous tous « une force pour regarder demain ».
Je vous salue.
Je vous félicite.
Je vous remercie.
Et j’invite le talent martiniquais, caribéen à exprimer les sons de ce que nous sommes,
Avec Victor O et sa « Révolucion Karibéana »

Déclaration_de_Fort_de_France_JMU_nov_2010

Hôtel la Batelière, le Mercredi 10 Novembre 2010

Serge LETCHIMY
Député, Président du Conseil Régional de la Martinique

Projet de loi de modernisation de l’agriculture

Mercredi 7 juillet 2010

COMMUNIQUE

Serge Letchimy et les élus ultramarins obtiennent à l’arraché une loi d’orientation agricole en Outre-mer !

Les débats sur se sont achevés dans la nuit de vendredi à samedi dernier. Le député Serge Letchimy a participé à l’ensemble des travaux et débats sur le projet de loi de modernisation de l’agriculture. Il a été l’auteur d’une quinzaine d’amendements et a fait adoptés deux dispositions importantes pour l’outre-mer et la Martinique.
La première disposition a été adoptée à l’occasion de l’amendement n°1222 du gouvernement dont l’objet est de mieux impliquer les exploitants et la production agricole de proximité dans l’approvisionnement des services de restauration collective, par le biais de la commande publique. Le député Serge Letchimy a obtenu que, dans ce cadre, il soit tenu compte des possibilités d’adaptation qu’offre l’article 73 de la constitution. Le député a souligné que « cela aurait l’avantage, au-delà du circuit court en termes de filière qui permet de réduire, voire de supprimer, le nombre d’intermédiaires, d’introduire la notion de proximité. Le problème central en effet (…) est qu’on ne peut pas sans cesse répéter (…) que nous sommes à 15 % en moyenne, seulement, de satisfaction par rapport à la consommation locale et ne pas prendre une mesure forte notamment en modifiant le code des marchés publics à la hauteur des besoins pour permettre à la production locale de mieux assurer l’alimentation et le service dans les cantines, en particulier.

Ce serait un signe extrêmement fort en direction des départements d’outre-mer ».

La seconde disposition est l’amendement n°166 présenté par Victorin Lurel, Serge Letchimy, Jouis-Joseph Manscour et les élus du groupe SRC, défendu par Serge Letchimy en séance et voté, après un échange long et virulent, contre l’avis défavorable du rapporteur et du ministre. Cet amendement prévoie à l’article 24 que le gouvernement devra produire un rapport  » déterminant les grandes orientations d’un projet de loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche spécifique à l’outre-mer ». Cet amendement est d’une portée considérable. D’abord parce que le projet de loi laissait très largement de côté les enjeux agricoles et de sécurité alimentaire en Outre-mer. Ensuite, il renvoyait comme à l’accoutumée, à la pratiques des « ordonnances » permettant dans les faits au gouvernement d’arrêter des mesures en dehors de tout débat et de tout contrôle démocratiques et parlementaires. Cet amendement est d’une portée considérable. En effet, il permettra aux élus de nos territoires de proposer des mesures réellement adaptées aux réalités économiques, sociales et environnementales des différents territoires. C’est pourquoi, il a personnellement demandé à la ministre de l’Outre-mer de soutenir cet amendement en CMP.

débats-sur-article-24-du projet de loi de modernisation de l’agriculture-2-juillet-2010

compte rendu-des-débats-du-premier-juillet-2010

amendement-1376-rectifié

amendement-1222-rectifié

amendement-166

Amendement Letchimy : une initiative à suivre de très près

Dimanche 4 octobre 2009

le 9 octobre 2008, le Député Serge Letchimy a posé une question préalable dans le débat sur le Grenelle de l’Environnement, et demandé à ce que le Parlement habillite les collectivités locales d’Outre-Mer à légiférer dans le domaine de l’environnement.

Après une présentation de la situation environnementale, de l’urgence à agir, de l’importance de l’Outre-Mer, Serge Letchimy a revendiqué pour l’Outre-Mer « le droit à la construction d’une conscience collective locale, le droit à l’élaboration endogène d’une capacité d’action, de conception et de résistance, face aux catastrophes climatiques et aux effondrements écologiques. »

Concrètement, il a défendu l’amendement suivant, visant à ajouter après l’alinea 2 de l’article premier :

« Pour ce qui concerne les régions, les départements et collectivités d’outre-mer, compte tenu de leurs caractéristiques environnementales et de la richesse de leur biodiversité, l’État fera reposer sa politique sur des choix stratégiques spécifiques qui seront déclinés dans le cadre de mesures propres à ces collectivités.

« Ces choix comporteront notamment un cadre expérimental pour le développement durable, au titre d’une gouvernance locale adaptée, reposant sur les dispositions de l’alinéa 3 de l’article 73 de la Constitution. »

Cet amendement, adopté, signifie que les collectivités d’Outre-Mer pourront exercer des politiques de développement durable spécifiques, à titre expérimental.

On ne peut etre que d’accord avec cette possibilité d’ouvrir les compétences des collectivités locales à l’autonomie législative en la matière meme si sur la réalisation concrète, on peut avoir de très forts doutes, sur la capacité des dites collectivités à agir sur le terrain.

jf Lafontaine

Grenelle de l’environnement: amendement Letchimy

Dimanche 12 octobre 2008

A l’article 1er après l’alinéa 2, et après les mots « engagements internationaux de la France », rajouter l’alinéa suivant :
« Pour ce qui concerne les régions, départements et collectivités d’outre-mer, compte tenu de leurs caractéristiques environnementales et de la richesse de leur biodiversité, l’Etat fera reposer sa politique sur des choix stratégiques spécifiques qui seront déclinés dans le cadre de mesures propres à ces collectivités.

Ces choix comporteront notamment un cadre expérimental pour le développement durable, au titre d’une gouvernance locale adaptée, reposant sur les dispositions de l’article 73 alinéa 3 de la Constitution.

EXPOSE DES MOTIFS

Outremer mer occupe une place exceptionnelle et privilégiée dans le patrimoine environnemental, non seulement de la France mais aussi de l’Europe. Cependant, les départements-régions et collectivités d’Outre-mer sont confrontés à deux défis majeurs qui menacent gravement ce patrimoine : d’une part l’exposition particulière des populations d’outre-mer aux risques naturels, d’autre part la forte vulnérabilité des écosystèmes face aux bouleversements climatiques annoncés. Ces données doivent conduire à des modifications importantes en matière de conception du développement. Elles imposent la mise en place d’une politique cohérente sur le plan local, impliquant de repenser tant la gouvernance technique, administrative que politique.

Face aux profondes mutations en cours, il s’agit donc d’offrir aux pays d’Outre-mer de nouvelles perspectives de développement en facilitant la réappropriation collective des enjeux du développement durable et des risques majeurs, dans le cadre d’une dynamique de responsabilité susceptible d’associer la protection de l’environnement au progrès social et culturel.

Cet amendement appelle par ailleurs une précision juridique essentielle. La Constitution fait depuis 2003 une place particulière aux départements et régions d’outre-mer s’agissant de la fixation des règles applicables sur leurs territoires. A ce jour, ce nouveau cadre n’a pas connu d’application.Il convient pourtant de tirer parti des dispositions de l’article 73 de la Constitution qui reconnaît expressément aux départements et aux régions d’outre-mer la possibilité de faire l’objet de mesures d’adaptation pour tenir compte de leurs « caractéristiques et contraintes particulières ».

Cet article rappelle la possibilité de déléguer aux régions et aux départements qui en font la demande et sous réserve d’une habilitation législative:

  • d’une part, le pouvoir d’adaptation des lois et règlements (alinéa 2),
  • d’autre part de fixer elles-mêmes pour tenir compte de leur spécificité les règles applicables sur leurs territoires (alinéa 3). Les matières exclues du champ de la délégation sont énumérées par l’alinéa 4 de l’article 73 ; cette exclusion ne porte pas sur les questions environnementales.

Cet amendement comporte deux intérêts :

  • il montre la volonté de l’Etat d’adosser sa démarche à des choix stratégiques adaptés à la situation de l’outre-mer en matière environnementale, de biodiversité et de développement durable.
  • il constitue l’opportunité de tracer le cadre d’une gouvernance respectueuse de la Constitution et du principe de libre administration des collectivités territoriales d’outremer.

Dimanche 12 Octobre 2008
Gilles CAZENAVE