Archive pour la catégorie ‘Histoire’

Un grand Anticolonialiste nous a quittés….

Jeudi 15 décembre 2011

Henry BERNARD (1933-2011), est une figure emblématique des grandes luttes anticolonialistes.
Guadeloupéen d’origine, il se sentait avant tout Caribéen, avec toutes les hautes dimensions de l’identité et de la culture antillaises.

Indépendantiste convaincu, il avait vécu 15 ans parmi nous à la Martinique (Nov. 66 à sept. 79) et avec Césaire (qu’il admirait parmi tout) et le PPM (dont il était adhérent), il se sentait chez lui, au siège du PPM qu’il fréquentait très souvent, il apportait, avec brio, ses analyses, ses réflexions, sur le mot d’ordre et la stratégie anticolonialiste du Parti. Il a participé activement aux Congrès du Parti, avec toute la conviction ardente qui l’animait afin que le PPM avance vers la responsabilité martiniquaise la plus totale. Il faut signaler obligatoirement sa contribution magnifique au débat, dans une conférence au Théâtre municipal, salué particulièrement par CESAIRE, ALIKER, DARSIERES : « Conscience de classe, conscience de race, conscience nationale » vers les années 70.
Notre Parti en avait sorti un disque largement diffusé, et toujours d’actualité, aujourd’hui encore (nous l’éditerons à nouveau…).
De retour en Guadeloupe, il a été un acteur virulent avec Luc REINETTE, de l’A.R.C. (Alliance Révolutionnaire Caraïbe), il a été, pour cela, emprisonné à Fleury Merogis.

Nous saluons la mémoire de notre camarade qui, dans tous les Balisiers, et dans beaucoup de communes, et de façon pédagogique, participait à la formation du Militant.
Professeur de Philosophie, au Lycée de Bellevue, il a façonné, de son empreinte magistrale, des générations d’élèves, très attachés à son enseignement.
Salut Camarade, tu as été un exemple, dans le militantisme sincère et fervent de la Nation Martiniquaise!

SOIREE DIFFICILE A SAINTE-THERESE : HORS DES CONSTATS STERILES

Mardi 25 octobre 2011

Au-delà du récit de cette difficile soirée sur laquelle on pourrait s’étendre des heures durant, il nous appartient avant tout en tant que responsable de prendre le temps de la réflexion.

L’histoire de Fort-de-France ne saurait être dissociée de celle de ses dizaines de quartiers populaires édifiés au prix d’efforts et de sacrifices de ses habitants et de l’édilité Césarienne. Porter le savoir, l’eau, les équipements, la culture au plus près des populations figuraient au nombre des priorités que la Ville a su parfaitement orchestrer même au milieu de difficultés conjoncturelles et d’oppositions politiques farouches. Pas un enfant ne devait être « en panne » de scolarisation, pas un martiniquais ne devait souffrir des affres de l’eau non potable. Les  routes, sentiers et traverses devaient au mieux de l’imagination irriguer ces quartiers spontanément nés d’une rage de vivre incontrôlable.

Les efforts singuliers des uns et des autres pour leur survie étaient magistralement repris en effort collectif portés par une municipalité acquise à la cause des plus humbles. Césaire inventait l’insertion par l’activité et érigeait ce soutien en politique publique avant-gardiste pour l’époque.

Plus de 4 000 âmes pouvaient espérer trouver l’essentiel de leur quotidien auprès d’une main généreuse et désintéressée. Les laissés-pour-compte d’une politique post esclavagiste avaient trouvé leur porte-parole, leur défenseur, leur voix et cahin-caha, l’urbanisation métamorphosait paysage, existences et revendications.

30 ans, 40 ans, 50 ans plus tard, notre imagination est de nouveau interpellée. Ces nouvelles générations n’ont plus comme référence sociale des éléments qui étaient vitaux pour l’époque. Les efforts portés sur le scolaire se sont banalisés, les combats culturels pour l’identité se sont dilués dans un univers élargi, l’eau potable, la route, le logement décent sont désormais rangés  au titre d’un DU élémentaire.

La reconnaissance de politiques publiques efficaces ne passera pas par les mêmes normes. Aimé Césaire et ses héroïques compagnons ne sont plus pour ces générations que des pièces de musée.

Au milieu de ces constats, comment revoir efficacement ce qui faisait notre force ? Comment remettre en cause avec courage que la culture ne se diffusera plus de la même manière ? Comment envisager que le sport ne sera plus un élément déterminant de cohésion sociale ? Comment adapter une offre politique à une génération qui est désormais sourde aux valeurs prônées par leurs ainés ?
Il faudra accepter pour nous aussi cette révolution des mœurs sans nostalgie, sans sanglots au milieu d’un « an tan moin ça pa té con sa ! ».

L’activité qui apparaissait comme le seul moyen de s’en sortir ne sera pas la seule et unique solution. L’offre permanente d’une société de consommation délirante accroit les besoins et le « ti job » n’aura plus l’effet d’assagir ces consciences turbulentes.

Au milieu d’un désert de valeurs et de références « en toc », notre imagination forcée à réagir en mode accéléré devra passer par la case dialogue permanent, par la case omni présence dans ces lieux de vie, pour remettre des bornes là ou elles seront rendues nécessaires et éviter un délitement des esprits complètement « bouffés » par des médias importateurs d’images surfaites.

Le challenge est énorme et demandera humilité et réadaptation permanente. Le challenge demandera aussi des sacrifices importants de nous tous , une remobilisation magistrale de nos énergies pour réadapter en permanence discours et initiatives. Les modes de communication devront être revus pour éviter d’échapper aux cibles recherchées et s’auto-satisfaire de méthodes sensées avoir fait leurs preuves, je dis bien sensées.

Fort-de-France n’est plus le Fort-de-France de nos ainés et cela il faudra l’admettre. La survie de nos valeurs d’airain bâties par Aimé Césaire trouvera sa suite  dans la métamorphose de nos postures et de notre action publique. On en a tous l’énergie, la foi et la conviction. Il suffira alors d’accepter plus que jamais les sacrifices qu’elles réclament.

Une grande réflexion doit s’ouvrir dans nos rangs pour tenter courageusement d’infléchir une tendance que personne tout seul dans son coin ne pourra infléchir. L’heure n’est plus aux doigts pointés sur untel ou untel, telle ou telle institution. L’heure de nous-mêmes a sonnée, une heure terrible certes mais une heure refondatrice et bienfaisante de fraîcheur pour laquelle il faudra très vite des déclinaisons très opérationnelles de propositions concrètes et adaptées.

C’est notre priorité à tous ! C’est la priorité de notre génération très largement impliquée aux affaires aujourd’hui.

Alors…. A nos cerveaux !!!!

Catherine CONCONNE

Les dits « patriotes martiniquais » : la supercherie

Jeudi 14 juillet 2011

Je suis un indépendantiste utopiste ; cela signifie que je suis partisan de l’indépendance de mon pays et plus largement de tous les pays encore colonisés par des puissances coloniales ; mais en ce qui concerne mon pays, la Martinique, j’ai déjà réalisé que je suis devant un vœu irréalisable pour le moment du fait du refus du peuple d’aller vers un tel statut. Je me garde d’entrer dans la catégorie des gens que Jean ¨Paul Sartre qualifiait de gens de mauvaise foi ; des gens qui savent la vérité, mais se mentent à eux-mêmes pour mieux mentir au Peuple.

Même la dénomination de patriote relève de la psychanalyse ou tout au moins de la psychologie et est une réaction qualifiée par les spécialistes de « Processus de Contre investissement » : c’est une réaction où l’on remplace un terme rejeté par le subconscient par un terme très voisin mais assez flou pour qu’il l’accepte ; par exemple, il n’y a pas de noirs chez nous ; non, le subconscient collectif refuse cette qualification ; alors tous les noirs sont bruns et ce terme est acceptable et passe bien ; le subconscient collectif ne veut pas entendre parler d’indépendantistes et alors on lui fait admettre les patriotes.
Je sais que les réactions d’agressivité commencent à se manifester à mon endroit ; mais permettez que je vous livre mon analyse. Moi, indépendantiste chef d’entreprise, je me suis toujours posé la question : comment des militants arrivent à concilier leur statut de fonctionnaires avec celui d’indépendantistes ; autrement dit comment est-il possible de vouloir scier la branche sur laquelle l’on est assis.

J’ai du me rendre à l’évidence : c’est qu’en réalité les patriotes ne sont pas partisans de l’indépendance nationale martiniquaise et partant encore moins partisans de l’Autonomie du Peuple martiniquais.

Les psychologues et psychanalystes qui travaillent au sein du gouvernement français l’ont compris et le gouvernement surfe sur la méprise de nos leaders. Je sais que c’est dur d’entendre une telle vérité ; mais je vais étayer mon analyse.
Il est facile de se rendre à l’évidence par l’analyse des lapsus émis en politique par les dits « patriotes » et alliés. Un lapsus mineur mais révélateur avait été fait par le premier conférencier du RMC au stade du Lamentin. Edmond Mariette avait lancé à la fin de son discours en faveur du 74 ; « 74 ! 7 plus 4, onze, man sèbi » ; et toute l’assistance avait applaudi.
C’était déjà un lapsus mignon car mineur car en sèbi, 7 et 4 ne peuvent jamais se rencontrer, car il n’ y a pas encore de dé à 7 faces. Ceci n’est qu’une mise en bouche.
L’analyse d’un second lapsus collectif, plus important et plus grave celui-là, se trouve exprimé noir sur blanc dans la bible du Mouvement indépendantiste, Manifeste « Sanblé pou divini payi a ». Et celui-là est à la base de toute la démarche du gouvernement français à l’arrivée de la droite au pouvoir en plein milieu du Congrès des élus.
Je cite :
Les organisations soussignées réaffirment que le droit des peuples à l’autodétermination ne peut souffrir d’aucune exception et que la question de l’avenir institutionnel de notre pays doit être traité en conformité avec le droit international en matière de décolonisation.
Seule une consultation sous contrôle international, démocratiquement organisée, tenue après une période suffisante permettant à tous les courants de pensée, départementalistes, autonomistes, indépendantistes, de s’exprimer de façon libre et équilibrée serait conforma à ce droit
Il y a une expression sur laquelle vont sauter les psychologues du gouvernement : l’avenir institutionnel. Il y a une confusion avec l’évolution statutaire. Normalement pour aller à l’indépendance par étape, il faut une évolution statutaire, un changement de Statut. Mais l’instinct de survie des révolutionnaires installés sur la branche qu’ils ne veulent pas scier car ils ne sont pas suicidaires, se traduit par  le refus de l’évolution statutaire, emprisonné dans l’inconscient, le gouvernement l’a compris et il va surfer sur  l’expression évolution institutionnelle.

Une évolution des institutions n’a rien à voir avec une évolution du statut.

Prenons des exemples ; La France, l’Allemagne, l’Italie, ont un statut politique, c’est l’indépendance qui traduit leur souveraineté nationale. Ce sont des Nations, des Peuples. Les pays du Commonwealth comme Sainte-lucie et la Dominique dont l’existence des Peuples est officiellement reconnue, ont un Statut d’Autonomie au sein du Commonwealth. C’est une Autonomie reconnue à un Peuple dont la souveraineté est un petit petit peu partagée avec la Grande Bretagne ; mais ce régime d’Autonomie attaché à des Peuples fait que ces Etats sont reconnus et font partie de l’ONU. Maintenant au sein d’un statut, il peut y avoir des particularités institutionnelles accordées à des populations régionales. Nous avons l’exemple de la Sardaigne, de la Sicile ; ils sont italiens mais jouissent d’une large autonomie ; leurs peuples n’existent pas mais ce sont des populations régionales de l’Italie ;  ces régions jouissent de l’autonomie régionale. Quand le gouvernement français nous propose une évolution institutionnelle, il s’agit de nous faire accéder à plus d’autonomie régionale, pas à un régime d’Autonomie accordée à un Peuple. D’ailleurs pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, la Constitution affirme par l’alinéa 3 de l’article ,72 qu’il n’existe que des populations outre-mer. Cette situation paradoxale n’a pas manqué de heurter les deux seuls vrais politiciens martiniquais : Alfred Marie-jeanne et Serge Letchimy.

Le premier, très intelligent, par une forte introspection, comprenant le tour joué par le subconscient des patriotes fonctionnaires, a fleuré quelque chose d’ambigu dans cette histoire d’autonomie et il a poussé à la création du GRAM groupe de recherche sur l’autonomie martiniquaise ; mais pour masquer cette démarche  honteuse de sa part en tant que chantre de l’autonomie du 74, neuf mois après le choix du 74, il l’a fait contrôler par deux membres de son parti, Sainte Aimé et Marie Sainte et le chef du RDM, Lise. Quant  à Letchimy, nourri des enseignements de Césaire, il a démasqué tout de suite la nature néo coloniale du 74, tombeau des idéaux de libération nationale, car constituant une fin en soi; AMJ et Letchimy ont découvert tous les deux la supercherie du 74 qui conduirait donc à une autonomie régionale accordée à une population, différente de l’Autonomie d’un peuple, étape éventuelle à terme vers l’indépendance.

La suite a été un face à face pathétique entre deux consciences, nos deux plus valeureux politiques, les seuls (Letchimy avec les élus PPM, AMJ avec ses plus proches fidèles historiques), au sein du Congrès à savoir ce dont ils parlaient ; AMJ a choisi d’entrer dans la catégorie des gens de mauvaise foi de Sartre ; en liant une avancée bidon de son peuple à son espérance de vie ; Letchimy a choisi de sauver l’avenir de son Peuple, esquivant le piège du gouvernement,  en optant pour l’évolution institutionnelle du 73 et en sauvegardant l’évolution statutaire pour laquelle les conditions avaient été sciemment sabotées par le gouvernement colonialiste lui-même enfermant le Peuple martiniquais dans le bocal étriqué d’une population pour le manipuler à l’abri des regards de l’ONU et de la communauté internationale.

Max DUFRENOT

ET REVOILA LE NEGRE DEPARTEMENTAL

Jeudi 14 juillet 2011

« Une race vraiment très spéciale » comme le chante si bien Kali.

On la croyait en voie de disparition tant l’idée d’une collectivité unique semblait avoir fait son chemin depuis que Césaire avait lancé le débat en 82. Eh bien non ! Figurez vous que trois derniers prototypes résistants ont tenu il y a quelques jours une conférence de presse pour lancer un appel, visiblement à la WWF.

Les FMP qui se sont fait rejoindre par le fils du père empêché, Maran Junior ont tenté au travers d’une brillante démonstration de nous convaincre des méfaits de la loi sur la collectivité unique proposée et votée par le clan de Papa Sarko.

De l’avis de tous, on y a pas compris grand-chose tant la cause semblait remonter aux temps des Pyramides, mais l’affolement des derniers survivants de la race du « nègre départemental » semblait bien réelle.

Il manquait juste un détail pour coller à l’anachronisme de la situation : une photo de De Gaulle sur le mur du fond de la salle.

Editorial de Didier Laguerre 17 avril 2011

Vendredi 22 avril 2011

Commémoration du 3e anniversaire du décès d’Aimé Césaire
PPM – Dimanche 17 avril 2011

Au bout d’un petit matin du 17 avril 2008, un grand vide s’est ouvert en chacun de nous, Martiniquais et militants du Parti Progressiste Martiniquais.

Nous sommes ici rassemblés, devant le siège du Parti Progressiste Martiniquais, Parti Patrimoine, qu’il a créé il y a cinquante- trois ans, pour honorer sa mémoire par la pose d’une plaque sur ce siège. Plaque qui retrace sont parcours  politique et son engagement pour cette Martinique qu’il aimait tant. Cette commémoration doit nous conduire à visiter à nouveau sa pensée et à nous l’approprier, non pas en cette occasion uniquement, mais chaque jour et en toutes circonstance. Car cette pensée est terriblement d’actualité et doit nous permettre d’affronter les défis du XXIème siècle.

 Aimé CESAIRE était un rebelle, un rebelle irrécupérable, et de sa « panthéonisation », contre laquelle certaines voix se sont élevées, ce qui restera dans l’histoire c’est la reconnaissance du combat inlassable mené par CESAIRE contre le colonialisme, l’assimilation et les discriminations. A ses cotés l’on retrouve également d’autres figures : Delgrès, Toussaint Louverture, Schœlcher, Eboué, des figures indissociables de l’avènement de la modernité, de la citoyenneté et de la démocratie. Il s’agit là d’hommes qui ont mené des combats pour que les Droits de l’Homme s’incarnent dans la réalité coloniale, pour que les idéaux de liberté, de fraternité et d’égalité soient des réalités. Idéaux auxquels Césaire a ajouté identité. Un message terriblement d’actualité aujourd’hui en France, où force est de constater que les vieux démons sont toujours là, tapis dans l’ombre et prêts à refaire surface à la moindre occasion. L’actualité nous le démontre chaque jour.

Aimé Césaire, une boussole pour l’avenir

Sa pensée est encore d’actualité, elle permet de penser l’avenir, et cette commémoration n’est pas un ressassement. Au contraire, aujourd’hui, nous assistons au développement d’un monde qui se déshumanise, nous assistons à « l’ensauvagement » du monde et CESAIRE né dans une colonie fut un acteur de son siècle, sa pensée, celle d’un rebelle qui s’est confronté à l’histoire mais n’a pas renoncé au rêve et à la poésie.
Une pensée qui questionne l’histoire, celle qui s’écrit depuis l’Europe.
Une pensée qui récuse une géographie des relations Nord-Sud
Une pensée qui conteste la mission civilisatrice et qui ne conçoit la résistance que dans la résistance à l’ordre colonial et aujourd’hui à l’ordre du marché international. Une pensée qui nous donne donc des clefs pour affronter les défis de notre temps.

Une pensée politique, une boussole pour penser notre temps et les défis qui s’ouvrent à nous : le développement économique dans le respect de la justice sociale, le passage à la collectivité unique… (Faut-il ici rappeler les étapes de sa pensée depuis 1945 ?)
Une pensée qui aide à penser notre modernité, à combattre les nouvelles formes de brutalité : celle d’un ultralibéralisme agressif, celle de l’exclusion et de l’enfermement dans une identité nationale figée, celle des tentations du populisme le plus étroit et le plus dévastateur des consciences et des libertés, y compris chez nous à la Martinique.

Alors il nous faut lire et relire Aimé CESAIRE, sans faire de la césairolâtrie, sans tomber dans le culte de la personnalité. Mais l’immensité de la pensée humaniste et sa portée universelle gagnent encore à être diffusées, expliquées, enseignées, non pour déifier mais pour transmettre et contribuer à construire ensemble cette Martinique digne, responsable, émancipée et épanouie.

Il avait un profond amour pour son pays et son peuple, qu’il combinait avec cette compréhension intuitive extraordinaire de ce dernier.
Une empathie qui le force à suivre le rythme du peuple, car il ne s’agit pas de le contraindre en le forçant à accepter des évolutions qu’il ne souhaite pas, mais au contraire de l’accompagner dans son aspiration à la dignité et la reconnaissance de son identité dans le cadre de l’Etat de droit.

Nous devons, nous autres militants du PPM, et au delà, nous autres Martiniquais ici rassemblés, le lire et le relire pour nous en pénétrer et demeurer fidèles au sillon tracé et pour (entre autres) poursuivre :

La lutte pour la justice
La lutte pour la culture
La lutte pour la dignité et la liberté

Les 3 piliers de l’action du PPM nous permettant d’avancer ensemble, regarder le passé avec fermeté et toiser l’avenir avec insolence.

Le 17 avril 2011
Didier LAGUERRE
Secrétaire Général du PPM

Collectivité unique: déclaration de Didier LAGUERRE

Jeudi 16 septembre 2010

A MM les Présidents des Conseils Régional et Général,

J’ai l’honneur de vous transmettre le compte-rendu des travaux de la commission mixte des élus du Conseil régional et du Conseil général, mise en place le 1er juin 2010. Pour mémoire, je vous rappelle qu’elle était composée de sept conseillers régionaux avec comme chef de file, moi-même ; et de sept conseillers généraux dirigés par Monsieur Eugène Larcher. Dans le cadre de ces travaux, cette commission a pu bénéficier, à titre d’experts, du concours de messieurs Emmanuel Jos, Justin Daniel, Christian Vitalien.

Le texte que nous vous remettons est un compte rendu fidèle des différentes positions qui se sont maintenues autour des dix axes de travail et de réflexion que nous avions retenus.

Le groupe « Ensemble pour une Martinique nouvelle » que je dirigeais, a abordé cette réflexion dans un esprit de concertation la plus large possible. Nous n’avons pas ménagé nos efforts afin de parvenir à une « union sacrée » qui nous paraissait indispensable sur une question où l’avenir de la Martinique, et celui de nos enfants, sont manifestement engagés pour les décennies qui viennent.
De notre côté, rien n’a donc été négligé pour qu’une voix martiniquaise se fasse unanime sur l’essentiel, et porte, dans un esprit d’élévation et de responsabilité, les propositions qui seront faites aux instances françaises en vue des dispositions juridiques ultimes.

La question n’est pas celle d’une évolution statutaire en soi, elle est celle d’une accession à un processus de responsabilisation.

Il s’avère que, dans notre cas, pour passer d’un système d’assistanat-dépendance à un processus de responsabilisation, il faut une redéfinition des structures institutionnelles qui ne peut se trouver dans la simple addition ou fusion de deux institutions « conseil général et conseil régional ».

Ces deux institutions ont montré leur incapacité à atteindre cet objectif, et c’est d’ailleurs un des enseignements du vote du 24 janvier dernier.

Je crois que c’est la tâche de notre génération que de sortir de la mise sous tutelle qui relève de la gestion assistée ou de l’indifférenciation malsaine avec la France. Derrière l’exigence de la responsabilisation, il y a une conviction fondamentale : l’existence d’un peuple et d’une nation martiniquaise. Il s’agit d’actionner le seul ingrédient qui n’a jamais été de mise dans tous les plans de développement que l’on nous a assénés depuis 1946. Cet ingrédient c’est la responsabilisation. La prise en main de notre destin dans le monde, cela est fondamental.

La responsabilisation ne peut plus se poser en termes de rupture ou de séparation d’avec la France. Elle se pose en termes de différenciation et d’interdépendance. Il s’agit donc pour nous de construire de manière autonome et créatrice des liens de partenariat véritable avec la France, avec la Caraïbe, avec l’Europe, avec le monde.

Une Martinique en processus de responsabilisation peut décider, si elle le désire, de confirmer son adhésion au pacte républicain français, comme elle peut choisir d’adhérer en plus à une organisation latino-américaine, ou caribéenne.

Notre accession à la différenciation et à la responsabilisation ne se pose plus qu’en termes de rupture et d’opposition à la France, voire de repli sur soi, comme le cultive nos opposants.

Hélas, si quelques points de convergence ont pu être dégagés sur des aspects mineurs, nous en sommes restés à une mosaïque de positions différentes, voire divergentes, dans lesquelles les clivages politiciens et les positions idéologiques, et sans doute revanchardes, ont pris le dessus sur ce qui devait constituer une vision haute de l’intérêt de notre pays.

Je persiste à penser que l’auto-définition de cette nouvelle collectivité, « suis generis, à statut particulier », reste une occasion historique majeure pour notre Martinique. Dans le respect de la décision du peuple martiniquais d’être régi par l’article 73 de la Constitution, je crois qu’il nous est possible d’ouvrir les fenêtres, d’appeler l’oxygène, et d’avancer sur la voie d’une responsabilisation optimale, par l’extension des moyens constitutionnels qui sont mis à notre disposition.

Le peuple martiniquais a signifié une fin de non-recevoir à l’aventure et à la fragilisation de ses acquis, mais il n’a en rien renoncé à disposer d’une meilleure emprise sur les outils politiques qui vont forger sa destinée.

L’éthique politique en la matière exige, non pas l’addition mécanique de deux outils imparfaits, mais une dynamique d’innovation, d’audace, d’auto-organisation visant à nous doter, dans le cadre de notre appartenance à la République, d’outils institutionnels modernes, conformes aux mutations du monde et aux grandes ambitions que nous nourrissons tous pour notre pays.

Je regrette infiniment que le calcul politicien et l’esprit de revanche aient pris le pas sur la dignité et la raison. Je prends acte de l’échec de cette commission, et recommande que nous poursuivions, par tous les moyens possibles, la recherche de cette « union sacrée », de cette voix forte et commune, qui fera en sorte que les propositions qui seront signifiées aux autorités françaises soient l’expression de la plus grande majorité possible d’élus martiniquais.

Des élus investis d’un esprit de liberté et non de soumission idéologique, et conscients de la nécessité d’une inébranlable et juste autonomie de conception.

Didier LAGUERRE

Voix d’esclaves

Dimanche 4 juillet 2010

Les commémorations du 22 mai cette année ont été l’occasion d’évoquer la problématique des « voix d’esclaves » notamment dans le discours du Président du PPM sur la place du 22 mai à Trénelle. Je me réjouis de cet intérêt pour les nouvelles directions de la recherche que les historiens ont initié depuis une quinzaine d’années aux Etats-Unis, en Italie, au Brésil et en Inde, en particulier Natalie Zemon Davis ou encore Carlo Ginzburg .

Ces préoccupations soulignent l’importance de ne pas oublier les anonymes de l’histoire de l’abolition de l’esclavage ce qui fort juste et à propos.

Aimé Césaire avait déjà exprimé bien avant nous tous et de manière visionnaire la nécessité d’être la voix des sans voix : « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir » (Cahier d’un retour au pays natal, 1939).

Depuis donc quelques années, de nombreux historiens et anthropologues ont exploré ces problématiques des voix des silencieux, de ceux qui n’ont pas laissé de traces écrites ou directement produites par eux, les paysans, les femmes, les ouvriers, les esclaves. Ces travaux remettent en cause un certain nombre de poncifs, ceux-là même qui sont aujourd’hui bannis par la communauté internationale des historiens de la Caraïbe, du Brésil, du Mexique, des Etats-Unis et des Subaltern Studies indiennes. Des publications commencent maintenant à diffuser les résultats de ces travaux et des cours sont donnés dans les universités. Dans notre champ géographique, les travaux de recherche et les enseignements de Myriam Cottias[1], de Dominique Rogers[2], d’Alexandre Alaric[3] et d’une jeune doctorante Stéphanie Belrose[4], pour ne citer que ceux-là, en sont bien la preuve d’un dynamisme réel.

En effet, si l’on ne peut nier le rôle des grands leaders de la lutte des marrons, si l’on ne peut occulter l’action des hommes qui se sont engagés dans un combat juridique et moral contre l’esclavage, rien n’aurait abouti si les esclaves eux-mêmes n’avaient pas mené la lutte au quotidien et mené de grandes révoltes que nous connaissons dans toutes les Amériques.

Les formes de la résistance des esclaves, traditionnellement évoquées par les vulgarisateurs, sont bien connues : ralentissement au travail, fuite, empoisonnement, marronnage, avortements, infanticide, suicides, détournement des outils, incendies, etc.

Souvent ces faits sont cités sans précaution, reprenant des sources « colonialistes », sans aucune distanciation critique quant à la mesure réelle des phénomènes, leur interprétation étant souvent la reprise des arguments de planteurs ou de gouverneurs ou de juges dans des périodes de réaction politique et de répression de grande envergure.

Parallèlement, un discours de plus en plus médiatisé laisserait accroire que les historiens seraient incapables de faire émerger la voix des esclaves car ils ne travailleraient que sur des documents et des sources produits par les autorités coloniales ou par les dominants.

L’argument selon lequel l’exploitation des sources écrites dont nous disposons ne permettraient pas d’accéder à l’authenticité des pensées intimes, à la véritable connaissance de la volonté, de la pensée, et de l’imaginaire des esclaves est un leurre opportuniste qui méconnait toutes les nouvelles approches de la science historique.

De telles assertions méconnaissent à l’évidence les avancées de la production historique et révèlent une représentation obsolète de la recherche en sciences sociales.

Si cet argument avait été retenu par les chercheurs du monde entier, il n’y aurait pas eu d’histoire de tous les groupes sociaux ou minoritaires qui de part leur statut n’avait pas accès à l’écrit dans sa forme académique. Il n’y aurait pas eu d’histoire des paysans, des ouvriers, des femmes, des esclaves, des immigrés, etc. en dehors des études sur le XXe siècle.

La production de discours historien est une construction intellectuelle qui répond à des questionnement du temps présent auquel sont soumis les documents historiques. C’est donc les problématiques qui orientent la lecture interprétative et compréhensive des documents d’archives qu’ils soient des sources écrites ou des sources provenant de la tradition orale.

Il est en effet, indispensable de distinguer recollation des traditions orales du passé et témoignages du présent.

Le travail d’inventaire et d’archivage des traditions orales transmises à travers les siècles a été initié depuis de longues années ici, depuis Anca Bertrand, Ina Césaire jusqu’à Raphaël Confiant. Ces banques de données des contes, des mythes et autres proverbes fondées sur la transmission de la culture orale de résistance constituent aujourd’hui des sources archivistiques sur lesquelles les historiens, les anthropologues, les ethnologues ont pu travailler selon leurs méthodes spécifiques[5]. Cela n’a rien à voir avec le recueil des témoignages de personnes vivant aujourd’hui et livrant leur souvenir des récits de leurs grands-parents voire arrière-grands-parents avec tout ce que la mémoire comporte de sélectivité, d’oubli et de recomposition que tout neurologue peut expliquer.

La question de l’accès aux sans voix ne peut souffrir d’à peu près.

Elle est aujourd’hui l’objet d’études fécondes menées par des chercheurs du monde entier. L’histoire ne peut pas tout dire on le sait. Le roman, la poésie, le théâtre, les arts sont une ressource de l’indicible. Cependant la science historique soumet le discours historien à l’exigence de la preuve et devient une possible voie d’accès aux silencieux de l’histoire à condition que l’on veuille bien se donner la peine. Depuis les années 1970, l’accent a été mis sur les apports de la culture orale dans la connaissance des sociétés, de leur vision du monde, de leurs conditions de travail, de leurs usages de la terre, de leur maîtrise de l’environnement, de leurs pratiques religieuses et culturelles.

Par ailleurs, les archives écrites et orales sont les traces du passé et constituent la matière première des historiens. Cela va des productions officielles des autorités, des sources judiciaires, notariés, jusqu’aux productions intimes (lettres, journaux intimes, autobiographies[6], etc) ou encore publiques (romans, pièces de théâtre, pétitions, chansons, affiches, tracts, caricatures, dessins, objets, etc.) et aux transcriptions des sources orales.

Nous les relisons avec le souci de la lecture critique et de la méthodologie éprouvée par les sciences de l’analyse du discours. Ces textes nous permettent d’avoir accès aux intentions, aux représentations et aux structures qui organisent théoriquement ces sociétés. Mais ils ne disent en aucun cas le réel social notamment les contradictions qui minent les volontés d’inscrire un tel système esclavagiste dans un Etat de droit. A tous les niveaux de la production d’écrits, qu’ils soient politiques, administratifs, juridiques ou simplement privés, les producteurs de discours sont confrontés à des « contradictions conceptuelles et politiques ».

Tel code de police des Noirs va vite révéler les limites de l’application d’une législation souvent conçue dans les métropoles et ne répondant pas au souci de rentabilité économique et de stabilité sociale. C’est dans ces contradictions que les esclaves vont s’insérer, voire s’engouffrer pour utiliser tous les rouages des procédures, toutes les failles des systèmes mis en place.

Les « fissures scripturaires » (Jean Hébrard) sont utilisées par les esclaves qui, même s’ils ne savent ni lire ni écrire, savent comment fonctionne la société, quelles sont les relations de pouvoir, les hiérarchies sociales, comment ils peuvent utiliser les marges de manœuvre, comment ils peuvent « négocier » parfois de manière imprévue mais efficace leur inscription dans le jeu des pouvoirs. Les esclaves peuvent répondre aux discours et aux injonctions car justement ils échappent de fait à la catégorisation d’objets et affirment leur pleine humanité.

Les historiens sont donc confrontés à de nouvelles problématiques face aux documents qui invitent à reconsidérer l’une des questions majeures posées par l’esclavage aux sociétés qui en ont fait leur fondement : force est de reconnaître que les esclaves considérés comme des objets négociables et négociés dans la littérature administrative sont d’abord des êtres humains dotés d’une parole, d’une volonté propre, d’un jugement, d’une sensibilité d’une mémoire, d’une culture singulière.

Il nous faut retrouver ces traces et ces mémoires par une lecture renouvelée des archives, celles de l’administration, de la justice, de la police, des études notariales, des rares archives intimes. Ces archives ne disent pas seulement la sujétion et la domination mais laissent transparaître des hommes, des femmes, des enfants, des rapports de force, des victoires – minuscules – les multiples tensions des sociétés esclavagistes et post-esclavagistes.

Les travaux des pionniers comme ceux de R. Chartier ou N. Z. Davis ou aujourd’hui ceux des chercheurs des Subaltern Studies (A. Gupta, A. Appadurai, A. Mbembe, P. Chatterjee, etc.) ont permis de dépasser la lancinante question de l’accès à la parole de ceux que le statut de dominés semble écarter de toute existence scripturaire.

Nous savons qu’il est impératif de réapprendre à lire et à interroger les archives en retrouvant les actes d’écritures et les contextes d’énonciation qui les constituent.

Cela suppose entre des politiques publiques pour soutenir la recherche et la diffusion des résultats notamment dans nos pays qui ont du mal à soutenir la concurrence des grandes unités de recherche.

(A titre d’information un séminaire devrait avoir lieu sur ce thème en Martinique en 2011. Un premier atelier international s’est tenu à Pau en mars 2010. Madame Dominique Rogers, Maître de Conférences à l’UAG, en est l’une des chevilles ouvrières).

Elisabeth Landi.

Fort-de-France, le 4 juillet 2010.


[1] Centre de recherche sur les esclavages, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales-CNRS

[2] Centre de recherche sur les esclavages, MDC en histoire à l’UAG

[3] MDC en Sciences du langage à l’UAG, Cours de Master sur le discours de résistance

[4] Doctorante, Paris IV-Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales

[5] Jan Vanina, « De la tradition orale. Essai de méthode historique », 1961

[6] Il existe des autobiographies d’esclaves, peu nombreuses et surtout d’origine anglo-saxonne. Les plus célèbres dans le champ des Caraïbes sont celles d’Oloudah Equiano et de Mary Prince

Le patrimoine des oubliés

Samedi 22 mai 2010

DISCOURS DE SERGE LETCHIMY SUR LA PLACE DU 22 MAI

Mes chers compatriotes,
Mes chers amis,
Madame la maire de Pétion ville
Mes amis artistes de Martinique de Guinée et d’Haïti

Nous voilà donc une nouvelle fois réunis autour de la commémoration du 22 mai 1848 !

Je tenais pour ma première célébration du 22 mai en tant que président du conseil régional, a partager mon recueillement avec ceux qui il y a une trentaine d’année ont su symboliser dans l’espace et dans le temps une des plus belles pages de notre histoire. Je veux parler de Césaire, d’Aliker, de Darsières qui ont lutté pour que la date du 22 mai soit reconnue et qu’une place et un monument symbolisent face à nous, face au monde à travers une œuvre de Khokho, l’expression à la fois d’une souffrance et d’une résistance.

Depuis hier soir, autour du tambour et du souvenir de cette journée pas comme les autres, des dizaines de cérémonies vont se tenir dans toute la Martinique. C’est bien le signe que quelque chose dans notre mémoire s’est transformé.

Nous ne sommes plus dans l’oubli douloureux.

Nous ne sommes plus dans le silence de l’embarras et de la honte.

Nous ne sommes plus dans la revanche et dans la haine.

Nous ne sommes pas non plus dans la sacralisation idéologique ou dans une incessante victimisation.

Nous sommes très simplement, très sereinement, dans la reconquête apaisée de nous-mêmes.

Alors une question se pose.

Elle est de savoir comment et pourquoi un événement vieux de 162 ans peut encore alimenter les énergies individuelles et collectives alors que nous devons tout mettre en œuvre pour faire face aux défis du monde contemporain ?

Notre regretté Aimé Césaire, et avec lui le docteur Aliker, tout comme Camile Darsières et tous les dirigeants du PPM, ont toujours été présents quand il a fallu se battre contre l’oubli colonial. Ils ont toujours été en première ligne quand il a fallu transformer le travail mémoriel que nous avions à effectuer sur notre histoire et sur nous-mêmes, en un véritable « devoir de mémoire ».
Rappelez-vous : ce n’est qu’en 1983 par décret que la République reconnaît les dates locales de l’abolition de l’esclavage dans les « DOM ». Et ce n’est qu’en 2001 que l’esclavage sera reconnu comme crime contre l’humanité grâce à Christiane Taubira.

Nos ainés avaient compris que le passé, le présent et le futur étaient indissociables ! Que déserter son passé revenait à déserter et le présent et le futur ! Et donc : que la mémoire ne servait pas à s’enfermer dans le passé, mais qu’elle permettait de mieux habiter le présent et par là-même d’inventer le futur !

C’est en ce sens qu’il existe un « devoir de mémoire », et c’est pourquoi le PPM a tout fait pour que la Martinique assume ce devoir !

Mais associer la notion de « devoir » à celle de « mémoire » était bien le signe que les choses n’allaient pas de soi. C’était bien le signe qu’il fallait à la fois se battre contre la chape de plomb coloniale, mais aussi contre cette souffrance intérieure qui nous amenait tous, collectivement, à oublier — ou pire : à nier ou à renier — les réalités insupportables de notre passé !

Mais nous devons bien être conscients que l’idée de « devoir de mémoire » ne peut être qu’une étape vers l’instauration en nous-mêmes et dans notre société d’une dimension mémorielle naturelle qui n’a pas besoin de se nommer, ni d’être imposée, et qui s’inscrira naturellement dans la perception confiante, responsable et volontaire que nous aurons de nous-mêmes !

Le devoir de mémoire s’efface quand la mémoire est assainie.
Il s’estompe quand l’autorité intérieure apparaît et que l’on devient pleinement responsable de ce que l’on est, et de ce l’on fait ! La relation absolument nécessaire entre passé, présent et futur se fait naturellement quand un peuple se met en devenir dans une perception estimable, responsable et souveraine de lui-même !

La traite, l’esclavage et les luttes de libération ont été des tragédies humaines terrifiantes. Mais ces tragédies ont été dans le même temps porteuses d’héroïsmes, de courages, d’abnégations, de créativités, de volonté et de projection vers le futur !

Cette expérience est la nôtre.
Elle est en nous, et elle doit nous porter vers tous ces combats qui nous attendent et qui vont inscrire notre pays dans le monde qui vient !

Quand l’esclave Romain a empoigné son tambour, qu’il l’a fait résonner, il exprimait son refus des humiliations et des chaînes.
Et il invoquait ce qu’il y avait de plus précieux à l’époque : la Liberté.

Les tambours que nous avons entendus hier soir nous invitent à nous souvenir de ce refus et de cette invocation. Mais nous ne devons pas oublier qu’une journée comme celle du 22 mai ne prend tout son sens que si elle engendre de nouveaux 22 mai : c’est à dire si elle nous inspire, pour l’époque qui est la nôtre, les voies et les moyens d’être plus libres, plus dignes, plus responsables !

Chaque génération doit trouver les chaînes qu’il lui faut briser. C’est cela le sens profond de notre 22 mai d’aujourd’hui !

Mais ce matin, je voulais évoquer avec vous cette notion de l’oubli.
Contre l’oubli, le travail de nos historiens a été précieux, et je tiens à rendre hommage ici à ceux qui nous ont permis de disposer d’une meilleure connaissance de cette période fondatrice, certes avec des divergences et des contradictions qu’il faut assumer.
Assumer, avec l’exigence morale, politique et intellectuelle pour lutter contre tous les oublis, tous les silences.
L’abolition de l’esclavage est l’aboutissement de luttes, de révoltes et de rebellions jalonnées dans le temps et dans le monde, d’hommes et de femmes qui ont su repousser les limites d’une des pires barbaries qu’a connu l’humanité.
Les résistants furent nombreux. Alain Anselin nous rappelle dans son ouvrage publié en 2009 qu’en Afrique, dès le départ, des Africains ont lutté contre la traite, contre ceux qui se faisaient les complices des négriers. La controverse de Valladolid exprime au 16ème siècle la complicité de l’église dans la colonisation et la traite, mais aussi les oppositions de religieux célèbres.

Nos historiens ont su arracher l’esclave Romain et son tambour d’une épaisseur d’oubli phénoménale. Mais ce que nous savons de l’Histoire de notre pays, c’est qu’elle est faite de dénis, d’oublis et de silences. C’est pourquoi j’aimerais avoir avec vous tous une pensée particulière pour tous les oubliés.

Quand Romain veut exprimer son refus et sa colère, il se jette sur son tambour. Le tambour était disponible parce que des générations d’esclaves anonymes, oubliés, se sont battues de manière ouverte ou détournée pour l’intégrer dans les chants de travail. Elles ont rusé pour que le tambour soit présent de manière innocente dans toutes les fêtes d’Habitation, et ils lui ont gardé sa dimension secrète, sa dimension sacrée, dans les cérémonies interdites, dans les moments de vieux-nègres, et dans les bois profonds auprès des « nègres marrons».

Quand on sait que pratiquement toutes les Habitations du pays disposaient d’un cachot. Quand on sait que presque tous les samedis, sur la place Bertin, à Saint-Pierre, des esclaves rebelles ou indociles étaient châtiés, voire exécutés de manière spectaculaire. Quand les historiens nous décrivent la série de châtiments et d’instruments de torture qui existaient dans toutes les périodes esclavagistes on comprend qu’il y a eu durant chaque heure de chaque jour, et chaque jour de ces trois siècles, un esclave anonyme, une esclave oubliée, qui a dit « Non ! ». Durant chaque jour de ces trois siècles, il y a eu un esclave qui s’est rebellé, une esclave qui s’est fait tuer !

Mieux,

On découvre encore de nos jours à Sainte-Marie, des vestiges d’un cimetière d’esclaves ; les événements du Carbet en 1822 et la répression qui a suivi montre le niveau de barbarie des châtiments.

Nous avons beaucoup focalisé sur les grands résistants et sur les « nègres marrons», et c’est vrai qu’ils étaient admirables. Delgrès. Ignace. Boukman. Toussaint. Fabulé. Makandal. Gabriel en Guyane. Quao et Cujoe de la Jamaïque… Mais n’oublions pas qu’au cœur même de chaque Habitation, des dizaines et des dizaines d’hommes et de femmes résistaient en silence.

Avortements !
Sabotages d’outils !
Incendies des champs ou des réserves !
Ralentissement de toutes les tâches !
Empoisonnement des eaux de sources !
Empoisonnements des animaux !
Empoisonnement des maîtres !

Mille et mille formes de résistances et d’héroïsmes que nous n’avons même pas commencé à inventorier !

Ainsi, quand l’esclave Romain se met à chevaucher son tambour, ce sont des milliers de nos ancêtres qui l’ont précédé et qui sont avec lui !
Ce sont des milliers et des milliers de tambours qui ce jour là ont résonné dans son unique tambour !

Ce qui nous permet de comprendre que toutes les grandes actions ne sont jamais des actes isolés qui émergent du mystère. Derrière les grandes résistances et les grandes avancées, il y a toujours des milliers d’anonymes, des milliers d’hommes et de femmes qui se battent pour des valeurs et des principes ! Personne ne peut réussir seul, nous avons besoin de la participation, du courage et de la créativité de tous ! L’humilité, le respect de l’autre, l’écoute de la différence, l’implication de chacun dans tous les projets structurants, sont des valeurs qui permettent à l’énergie collective de circuler et de s’élever. La Martinique de nos ancêtres nous l’a enseigné ; la nouvelle Martinique saura conserver la leçon !

Nos héros n’ont pas été répertoriés par la chronique coloniale. Les registres de justice ne vont évoquer que des prénoms, des surnoms dérisoires, et une vague origine ethnique. Nous sommes donc entourés de héros invisibles. Notre mémoire est pleine de socles sans statues et de statues sans nom, sans corps et sans visages. Je pense à ces millions d’africains qui n’ont pas survécu à la traversée des bateaux négriers, et qui tapissent aujourd’hui le fond de l’Atlantique. Je pense à ces esclaves enterrés à la va-vite sur les Habitations et qui ont disparu corps et âme. Je pense à ceux qui se sont desséchés dans les cachots ou sous les instruments de tortures… Ils sont là, anonymes, invisibles derrière la figure de Romain ou le visage de cet homme admirable qu’était Victor Schœlcher.

Alors, j’aimerais que vous preniez conscience d’un phénomène qui me hante depuis longtemps. La mémoire de ces hommes et de ces femmes ne nous est pas parvenue parce que nos ancêtres ne disposaient pas de l’écriture.

L’écriture était celle des maîtres.
L’écriture accompagnait le système colonial.
Pourtant, si nous y réfléchissons bien, on peut dire que nos ancêtres disposaient d’une écriture particulière, et je crois profondément qu’ils ont tenu des archives secrètes dans cette écriture particulière.

Mon sentiment c’est que tous nos héros oubliés sont là !

Ils sont là avec nous tous les jours !
Et que c’est à nous qu’il appartient de connaitre et de reconnaitre notre patrimoine mémoriel : le patrimoine des oubliés.

Nous le ressentons, et nous exprimons une inconsciente intimité par des émotions diverses. Mais sommes-nous en mesure d’en faire des lieux et des moyens de la construction d’une lucide conscience d’être ?

Alors, que les tambours chantent en toute sérénité !
Que les tambours chantent en pleine autorité !
Et que cette autorité nourrisse l’autorité sereine de toute la Martinique !

Vive le 22 mai !
Vive la Martinique nouvelle !

Serge LETCHIMY
22 mai 2010

François Bayrou insulte encore Aimé Césaire

Lundi 18 janvier 2010

Par Camille CHAUVET: Non content d’avoir enlever des programmes scolaires Aimé Césaire et d’avoir eu le toupet d’être présent aux obsèques d’Aimé Césaire, il refoule la terre Martiniquaise pour se mêler de choses qui ne le concerne pas. Sans doute , un papa blanc de plus…

A l’Assemblée Nationale le 15 mars 1950 : Aimé Césaire intervenait : i["[. . .] En vérité, alors que, dans nos territoires, la misère, l’oppression, l’ignorance, la discrimination raciale sont de règle, alors que, de plus en plus, au mépris de la Constitution, vous vous ingéniez à faire de l’Union française non pas une union, mais une prison de peuples . .]i . (Exclamations à gauche, au centre et à droite. Applaudissements à l’extrême gauche. ) et un député raciste, Maurice Bayrou insultait Aimé Césaire à l’Assemblée Nationale ce même jour en lui disant en : « Vous avez été bien heureux qu’on vous apprenne à lire « ,et Aimé Césaire de lui répondre « Ce n’est pas vous, monsieur Bayrou, qui m’avez appris à lire. Si j’ai appris à lire, c’est grâce aux sacrifices de milliers et de milliers de Martiniquais qui ont saigné leurs veines pour que leurs fils aient de l’instruction et pour qu’ils puissent les défendre un jour. »

Ce Maurice Bayrou, fut un avocat du conservatisme en matière coloniale, il critiqua vivement François Mitterrand, ministre de la France d’outre-mer de 1950 à 1951, et c’est ce colonialiste qui prônait le maintien du double collège électoral (un pour les colons, un pour les Africains).

Son cousin, conservateur comme lui, François Bayrou ministre de l’éducation nationale a retiré du programme national des classes terminales le Discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire, le « Discours sur le colonialisme « , censuré sous la IVème république.

D’ailleurs, même Yves Jego Interrogé sur LCI, a affirmé « regretter » que l’ancien ministre de l’Education François Bayrou ait fait retirer du programme scolaire un des textes de M. Césaire sur le colonialisme.

Mais le François Bayrou a trouvé quelques nègres domestiques pour faire fonctionner sa représentation en Martinique.

Un de ces supporter Claude Ribbe dit clairement « A propos de ministres de l’Education, j’en profite pour dire à l’ancien ministre qu’était François Bayrou : 1°/ En ce qui concerne Césaire, il ferait bien de faire profil bas 2°/ Si j’avais su plus tôt qu’il avait retiré « Le discours sur le colonialisme » des programmes scolaires à la demande d’Alain Griotteray, il aurait eu une voix de moins aux dernières élections. »

C’est ce monsieur qui vient demander aux Martiniquais de voter Non…

Vraiment François Bayrou le Rouquin de Mai 68 avait bien raison de vous traiter d’idiot de village comme il l’a fait et vous dire une vérité vous n’avez pas la dimension d’un président de la République.

source le naif

Samedi 16 Janvier 2010
Jean Jack LAPORTE

IN MEMORIAM, Camille Darsières, 3 ANS DÉJÀ 14/12/2006 – 14/12/2009

Lundi 14 décembre 2009

Trois ans déjà que Camille Darsières nous a laissés. C’est à la fois comme si c’était hier et en même temps comme si c’était incroyablement lointain. Comme si c’était hier parce que ses amis ne peuvent pas ne pas se rappeler ce triste petit matin du jeudi 14 décembre 2006 quand la nouvelle nous a sorti du lit, incapable dire un mot pendant de longues minutes, mal en point, tout juste en mesure de nous traîner jusqu’à son domicile à Clairière, mais hors d’état de faire la moindre déclaration. Comme si c’était incroyablement lointain, parce que, en ce troisième anniversaire, nous n’avons pas senti autant qu’il nous paraissait souhaitable, l’élan qui au lendemain de sa disparition semblait devoir soulever le PPM, pour le mettre au niveau de l’espérance du meilleur de ses bâtisseurs.

J’avais essayé d’intervenir à la cérémonie organisée au siège du PPM deux jours après son enterrement au cours d’une de ces réunions du lundi dont il avait été l’inventeur et le mainteneur. Pour assurer la pérennisation de la mémoire du principal organisateur du parti d’Aimé Césaire, j’ai décidé le soir même d’écrire à la direction du Parti pour faire deux ou trois propositions que j’avais été incapable de formuler clairement devant les militants.

La seule réponse écrite que j’ai alors reçue de mon balisier m’a amené à commencer à rédiger une justification de ces propositions. Dans mon esprit, cela devait tenir en une page ou deux. C’est cette réponse qui est devenue le livre de quelque trois cents pages qui devait paraître le 14 décembre 2008 pour le second anniversaire de sa mort, Hommage à un grand Martiniquais, Camille Darsières. C’est en le relisant juste avant d’en remettre à l’éditeur la copie définitive que j’ai mieux mesuré tout ce qu’il y manquait, que je n’avais pas eu le temps de développer et qu’il faudra bien compléter un jour ou l’autre, moi-même ou un autre, peu importe, si on veut rendre à Camille l’hommage qu’il mérite et signaler au pays tout l’enseignement qu’il peut tirer d’une meilleure connaissance d’un de ses serviteurs qui ne mettait rien au-dessus de l’amour et du respect qu’il portait à son peuple.

Deux ou trois traits de son caractère me paraissent dignes de retenir l’attention : sa modestie, sa sensibilité et son optimisme. Sa modestie d’abord. Trois ou quatre mois à peine avant sa mort, je lui avais annoncé mon intention d’écrire sur lui, à la demande du directeur du monumental Dictionnaire Biographique du Mouvement Ouvrier Français, Claude Pennetier, une brève notice. Il s’y était opposé estimant qu’il n’y avait pas sa place et me suggérant d’autres noms plus dignes, selon lui, de figurer dans ce dictionnaire.

Le second trait de ce caractère apparemment si froid, si distant, c’était son extraordinaire sensibilité. Jean-Claude Duverger, son suppléant aux élections législatives de 1993 à 2002 et l’un de ses plus fidèles amis, m’accompagne souvent dans la présentation de mon livre. Il rappelle chaque fois une anecdote qui l’a beaucoup frappé. Devant les accusations ignobles portées contre lui à partir de 1992-1993, touchant les difficultés financières d’une Collectivité qui, sous sa présidence, avait construit trois lycées en trois ans, il lui arrivait de fondre en larmes devant Jean-Claude en lui racontant les affres de sa mère (plus de 95 ans), qui ne croyait pas un traître mot de cette campagne odieuse, mais ouvrait chaque matin France-Antilles avec la hantise d’y voir annoncer l’arrestation de son fils.

Le troisième trait qui me semble mériter l’attention c’est pourtant l’optimisme dont il pouvait faire preuve dans les moments difficiles. À l’heure où les noyeurs de poissons racontent tant et tant de sottises à propos de la construction d’un lycée de transit pour accueillir quelque 1200 élèves en attendant la reconstruction du Lycée Schœlcher, je me souviens de l’une des plus belles performances jamais réalisées par un responsable politique au profit de la jeunesse de son pays. Informé par le recteur Claude Lambert, fin février 1989, du risque de se retrouver avec 800 élèves sans domicile fixe à la rentrée de septembre 1989, Camille avait fait adopter par la Commission Permanente une délibération prévoyant la construction d’un lycée de transit pour la rentrée de 1989. Il n’y avait ni terrain, ni plans, ni financement. La première pierre de cet établissement a été posée début Avril, ce qui devait provoquer sourires amusés, haussements d’épaules sceptiques et ricanements homériques. Le Lycée de transit, Acajou 1, au Lamentin, n’en ouvrit pas moins ses portes le 1er septembre 1989, au bout de cinq mois, à la grande satisfaction de toute la communauté, élèves, professeurs, personnels et parents.

À l’occasion de ce troisième anniversaire de sa mort, je ne sais lequel de ces traits mérite le plus de respect. Je me flatte de l’avoir assez bien connu pour ne pas me craindre de me tromper en affirmant qu’il eût sans doute apprécié qu’on rappelât en quoi il était aussi un digne fils de Césaire : dans les moments les plus difficiles, il savait dompter le pessimisme de sa raison par un inaltérable optimisme de sa volonté.

Un dernier mot. À un mois d’une importante consultation populaire sur nos institutions on ne me pardonnerait pas mon silence sur la position de Camille Darsières sur cette question. Il était l’ennemi de tous les simplismes. Il refusait de tenir ses adversaires pour des imbéciles et pour des lâches. Le contraire de ces petits marquis aux talons roses au nationalisme d’autant plus ombrageux qu’il est plus tardif, d’autant plus hargneux qu’il a beaucoup à se faire pardonner. Ils n’ont pas encore commencé à faire avec lui ce qu’ils ont fait ou plutôt qu’ils tentent de faire avec Césaire. Après l’avoir couvert de tombereaux d’injures et des tonnes de crachats, ils voudraient l’enterrer sous des montagnes de fleurs.

Ils se contentent pour l’instant de faire porter à Camille, avec la formule du « chat en sac » – qui n’était d’ailleurs pas de lui – la responsabilité de l’échec de ceux qui préconisaient en 2003 le vote en faveur de l’article 73 de la constitution. Soit dit en passant, ce même article qu’ils présentaient alors comme le premier pas d’une démarche nationaliste et qu’ils dénoncent aujourd’hui comme le dernier avatar de l’assimilationnisme.

Je rappelle qu’à la consultation du 7 décembre 2003, Camille Darsières a assumé, probablement avec moins de conviction que de discipline, la position de son parti dans un article du 8 octobre 2003 qui se termine sur ces mots : « le oui ne devra pas stopper notre vigilance. Mais tout au contraire susciter et impulser une authentique mobilisation. ».

Le PPM ne dira pas autre chose le 10 janvier prochain. En ce sens il est dans le droit fil de la pensée de l’un de ses meilleurs dirigeants parce que, tous comptes faits, l’un des plus fidèles disciples de Césaire.

Au Robert 12/12/09
Edouard de Lépine