Archive pour la catégorie ‘Interventions au parlement’

Intervention lors du débat sur le budget

Dimanche 13 novembre 2011

Assemblée nationale XIIIe législature Session ordinaire de 2011-2012
Troisième séance du mardi 8 novembre 2011

Intervention de Serge Letchimy lors du débat sur le budget.

Madame la présidente, madame la ministre, chers collègues, je tâcherai d’être bref, puisque je n’ai que cinq minutes, mais je dirai l’essentiel.

Nous nous trouvons dans une nébuleuse financière, qui impose à tous les États européens une politique de rigueur, les oblige à réduire leurs déficits et à prendre les précautions nécessaires pour éviter le chaos social. La question essentielle pour nous est de savoir comment nous en sommes arrivés là, comment l’Europe s’est laissée entraîner par un système financier prédateur, dans un capitalisme effréné et un ultralibéralisme sans limite.

C’est dans ce contexte que s’inscrit notre débat budgétaire, et nos pays de l’outre-mer n’entendent pas pratiquer la mendicité ni se tenir en dehors de la solidarité. Ce sont des pays dignes, qui n’ont pas peur de se battre, et nous considérons qu’ils doivent participer à l’effort national.

Cependant, je le dis très clairement, il faut savoir traiter des situations différentes de manière différente, et je pense que le Gouvernement n’a pas pris la mesure de la gravité de la situation.

Je redoute que se produisent en Europe, aux portes de la France – chacun sait ce qui se passe en Grèce –, des événements majeurs qui impliquent pour nous de lourdes conséquences sociales. Si l’on s’inquiète pour la France avec son taux de chômage de 8,9 %, on ne peut qu’avoir les plus grandes craintes pour la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion, où le chômage oscille entre 25 et 30 % et atteint 60 % chez les jeunes.

Nous sommes dans une situation d’autant plus difficile, que vous prenez des mesures de restriction qui menacent le service public et touchent d’abord les plus démunis, tout en alimentant dans le même temps le secteur bancaire et le secteur financier.
C’est un paradoxe qu’il faut clairement dénoncer, et nous devons ériger face à la bulle financière une bulle de solidarité qui permette de soutenir ceux qui ne mangent pas le matin.
Ceci étant, vous avez avec le RSMA pris une bonne initiative, qui permet de mettre un maximum de jeunes au travail.

Concernant la défiscalisation du logement social, vous connaissez mon point de vue : tant mieux si elle permet d’augmenter le nombre de logements, mais je vous demande de faire attention : la défiscalisation reste la défiscalisation ; elle ne concerne que l’initiative privée, et subordonner à l’initiative privée le droit constitutionnel au logement c’est prendre un risque majeur, surtout quand on sait que, sur les 55 000 ménages qui attendent un logement en outre-mer, 60 à 70 % ont des revenus si bas qu’il leur faudrait des logements « très » sociaux, avec des loyers que la défiscalisation ne permettra pas d’abaisser suffisamment pour les leur rendre accessibles.

Du rapport que m’avait demandé Yves Jégo est née la loi sur l’habitat indigne ; j’attends avec impatience les arrêtés qui la concernent, paraît-il imminents. Quoi qu’il en soit, cette loi va exiger beaucoup de moyens, et la défiscalisation ne doit absolument pas se substituer mécaniquement à la LBU.
Jouez le jeu ! La défiscalisation doit produire du logement social ou intermédiaire : eh bien, continuez ! Quant à la LBU, elle doit servir à combler d’autres besoins, non satisfaits. Que faites-vous des besoins en matière d’amélioration de l’habitat des propriétaires occupants, en matière de restauration du patrimoine ancien dans nos bourgs, ou en matière de restauration et de restructuration des quartiers, où chaque opération – je prends l’exemple de Trenelle – coûte 300 millions d’euros ? Là, la LBU doit alimenter le fonds régional d’aménagement foncier urbain. C’est un impératif. Je vous demande donc d’être très prudente dans ce domaine.

Et puis, je regrette de le dire, mais je ne suis pas exactement sur la même ligne que le parti socialiste sur la question de la défiscalisation, tout en admettant que les niches fiscales posent certains problèmes.
Les décisions que vous avez prises en la matière n’ont rien d’anecdotique. Vous avez patiemment, depuis la LODEOM, raboté la défiscalisation sur les investissements outre-mer. Soit, si vous aviez su offrir en contrepartie à ces territoires les moyens d’accomplir leur mutation économique, de générer des investissements solidaires qui permettent un partage de la richesse et mettent un terme aux monopoles qui ne font que renchérir les prix et créent une société à deux vitesses.

Mais il n’en est rien, vous ne faites que raboter. Vous supprimez la TVA NPR ; vous supprimez les dépenses fiscales liées au logement libre ; vous supprimez des exonérations de base ; vous supprimez l’abattement de 30 % pour l’impôt sur les sociétés. Avec quel résultat ? Entre 460 et 500 millions d’euros en moins pour l’investissement outre-mer, à quoi il faut encore ajouter la suppression, par amendement, de 53 millions d’euros en crédits de paiement et 40 millions en autorisations d’engagement.
Ces aides à l’investissement permettent pourtant de réduire de 28 à 40 % le coût de ces investissements, qui s’élevaient, en 2010, à 3 milliards d’euros. On sait qu’elles profitent avant tout aux petites entreprises – sachant que 90 % des entreprises martiniquaises sont des TPE – et qu’elles ont permis de créer des centaines d’emplois. Enfin, les effets pervers qu’elles ont généré ont, si l’on excepte les structures de rémunération intermédiaire, progressivement été corrigés.

Vous savez pertinemment que s’attaquer aux niches fiscales doit se faire dans le temps, progressivement, et non brutalement. Il faut par ailleurs comparer le coût de l’aide à l’investissement productif en outre-mer aux autres dépenses fiscales. Elle ne représente que 1,3 milliard, soit 1,3 % des dépenses globales liées aux niches fiscales en 2010, quand la TVA sur la restauration coûte 3 milliards et les heures supplémentaires, 4,5 milliards. Sous prétexte que l’outre-mer doit participer à la solidarité nationale, le voici privé de son potentiel d’investissement ! Oui à la solidarité, mais pas à n’importe quel prix !
Je veux aussi parler de certains retards considérables dont nous pâtissons. L’aide au fret est restée fictive jusqu’en 2011 – elle est appliquée aujourd’hui, mais difficilement ; nous attendions un rapport sur les conséquences de la suppression de la TVA NPR : nous ne l’avons pas eu ; la suppression des réductions d’impôt sur le photovoltaïque est une bonne chose, qui permet d’éviter les dérapages, mais rester deux ans sans envoyer de signe aux acteurs économiques, c’est tuer la filière, et on a tué la filière !
Nous devons, madame la ministre, nous engager dans une mutation en profondeur de notre économie, qui nous préserve de l’instabilité sociale.

Je conclurai en signalant que l’aide aux collectivités territoriales a été diminuée de 14 %, et que ce sont ces collectivités qui aujourd’hui, dans nos régions, se substituent à l’État. L’aide à la continuité territoriale, déjà réduite à la portion congrue, a encore diminué. Les dettes vis-à-vis de la sécurité sociale sont compensées – et l’augmentation du budget s’explique en partie par là. Enfin le fonds exceptionnel d’investissement a également diminué.
Lorsque, d’un côté, on aggrave la précarité et le chômage, et que, de l’autre, on augmente le coût de la vie, cela produit des étincelles qui peuvent produire les conditions d’une véritable explosion.

Nous sommes prêts à organiser chez nous un développement endogène, qui s’inscrive avec cohérence dans notre environnement. Cela implique que l’Europe nous considère autrement. Arrêtons de dire que nous représentons 97 % de la surface maritime française et 80 % de la biodiversité européenne, sans en tirer les richesses que cela implique.

Un de nos proches voisins, c’est le Brésil. Finançons des moyens de transport pour aller y chercher des matériaux que nous transformerons localement. Il nous faut une coopération économique ouverte. Et chaque fois qu’une richesse sera détectée dans nos pays, comme le pétrole en Guyane, nous en voulons notre quote-part, pour être avec succès les acteurs de notre propre développement.

Serge Letchimy
8 novembre 2011

Synthèse de l’audit de l’organisation des services du conseil régional

Samedi 26 février 2011

Synthèse de l’audit de l’organisation des services du Conseil Régional de Martinique

jusqu’au 26 mars 2010

« Une configuration organisationnelle relevant plus de la constellation que d’une administration régionale en ordre de marche »

Le diagnostic de l’organisation et du fonctionnement des services régionaux à l’issue de la précédente mandature a fait apparaître une désorganisation des services en attente de règles du jeu et de guides pour l’action administrative.

1. Les traits d’une constellation de directions-services-missions-cellules…

  • - Une absence de structuration réelle des missions et activités: difficultés et incertitudes pour savoir « qui fait quoi », « qui pourrait faire quoi », « qui devrait faire quoi »
  • - Des unités de toute taille au niveau opérationnel présentant l’image de constellation de Directions, Services, missions, cellules, ateliers, bureaux avec un éclatement des missions et activités
  • - Une division du travail entre les unités sous toutes leurs formes : divisions verticale et horizontale du travail, différence entre opérationnels et fonctionnels, différence entre les niveaux « hiérarchiques », marchandage d’avantages divers…
  • - Une absence de règles, de régulations, de système de management qui induit de façon paradoxale tout à la fois des règlements (pour se protéger) et des communications floues créant de la méfiance et de la suspicion
  • - Un excès de règlements qui tue les règles du jeu d’un côté ; une absence de règles du jeu qui exacerbe l’éclatement des unités de travail, les rivalités entre agents, les tensions entre cadres, des chefs de service (pour une grande part d’entre eux) qui laissent faire et assument rarement leurs rôles et convictions
  • - Une organisation spatiale reflétant « l’esprit » de division et source de dysfonctionnements (un accès aux bâtiments entrainant des problèmes de sécurité et de canalisation des flux visiteurs ; une configuration spatiale et technique du bâtiment principal entrainant des conditions de travail peu satisfaisantes pour de nombreux agents ; existence de services « éclatés » sur plusieurs étages ; une fonction accueil dispersée et incertaine ; surnombre d’agents dans certains bureaux ; absence de confidentialité pour la réception du public et le classement des dossiers …) conduisant à des conditions de vie au travail problématiques.
  • - Des cadres souvent court-circuités, parfois abandonnés voire désemparés aboutissant à un management par la défiance
  • - Des cadres qui s’identifient plus à leur profession qu’à l’organisation créant une forme de balkanisation
  • - Une difficulté à tous les niveaux, à faire preuve de réactivité, en cas d’urgence [ce comportement dépendant du contexte général du service au quotidien : reconnaissance de la part de la hiérarchie, soutien, respect...] avec une incapacité à faire vite (sauf sur certains dossiers) et le développement de comportements de latence qui peuvent bloquer l’institution.
  • - Le concept de stratégie (pris en terme de sens donné à l’action) perd de sa portée: on est plutôt dans les stratagèmes.

Tous ces termes révèlent une organisation et un fonctionnement éloignés de la rigueur et de la clarté avec une structure et des modes d’action à clarifier et à simplifier.

2.  Une fonction RH en déserrance… 

  • - Des missions ne correspondant pas aux grades et catégories (une gestion des affectations problématique, une absence de fiches de postes…) créant un véritable problème de reconnaissance
  • - Une gestion administrative des personnels déficiente (retards CAP, règles incertaines de mobilité, absence de bourse de l’emploi…)
  • - Un problème d’énonciation et de respect des règles avec une politique de formation peu soutenue et une professionnalisation incertaine
  • - Un système de notation et d’évaluation contestable et contesté (absence de critères clairement énoncés, absence d’harmonisation…) créant un véritable problème d’équité et des blessures d’injustice
  • - Une durée du travail illégale et des horaires inadaptés (au besoin des services, des agents et du public) source de manque de flexibilités
  • - Une problématique de l’hygiène et de la sécurité ignorée (absence de fiche de risque, de rapport annuel de prévention) ; des conditions de travail largement ignorées ; une absence ou un sous dimensionnement d’ACMO et ACFI…
  • - Des risques mal ou peu pris en considération

Cette absence de gestion a conduit à une organisation endogame et un fonctionnement peu transparent  avec une fonction RH à relégitimer et à renforcer.

3. Des questions d’organisation et de fonctionnement à résoudre …

La situation laissée par l’ancienne mandature, en laissant pendante une série de problématiques organisationnelle et managériale, a constitué autant de défis pour la nouvelle mandature, et par là même, de contraintes à lever pour mener non seulement son projet, mais aussi pour remettre en ordre et en dynamique normale de fonctionnement l’ensemble des services régionaux, tant les attentes et besoins du personnel sont importants à combler :

a-Un besoin de transparence, de règles du jeu et de points de repère dans la conduite des projets, les pratiques managériales et organisationnelles

  • - Une culture de l’évitement, du refus du face-à-face
  • - Une opacité dans le fonctionnement et le management des services
  • - Les objectifs de travail ne sont pas clairement définis
  • - Une méconnaissance du « qui fait quoi »
  • - Les missions ne sont pas clairement attribuées
  • - La connaissance des projets majeurs est souvent superficielle, la presse et le « on-dit » sont souvent les moyens d’informations les plus utilisés
  • - Il n’existe ni clarté, ni communication quant au « qui fait quoi »
  • - Une manière de servir très subjective dans les services, absence de clarté des règles,…
  • - Une opacité sur les droits et les devoirs

« On est hypocrite, on ne dit pas les choses qu’elles soient positives ou négatives »

b- Un besoin de reconnaissance et de justice

  • - Aucun retour aux demandes: frustration, sentiment d’impuissance
  • - Une absence de reconnaissance et de valorisation
  • - Un manque de confiance et d’ouverture
  • - Peu de moyens de se faire entendre
  • - Reconnaissance et soutien sont des mots inconnus

« On donne toujours plus de travail à ceux qui travaillent et moins à ceux qui travaillent peu »

c- Un besoin de responsabilités, d’initiatives et de décisions

  • - Une absence de concertation conduisant à des problèmes au moment de la réalisation concrète
  • - Une déresponsabilisation des cadres intermédiaires et des agents de plus en plus forte
  • - La prise de risques ou d’initiatives est souvent mal vue Un nombre conséquent de « responsables » qui jouent les « chefs » et se contredisent pour exister
  • - Souvent, les exécutants ne sont pas tenus informés des
  • - différentes étapes nécessaires au bon déroulement des opérations 

« Le règne du flou et du court-circuit induisent une dilution des responsabilités »

d- Un besoin d’anticipation et de programmation des actions/une priorisation des projets

  • - L’urgence comme règle de fonctionnement
  • - Des changements incessants de priorités
  • - Un manque de réflexion sur les projets ou outils de gestion sans analyse des incidences sur les charges de travail, les modes de travail et d’organisation, les nouvelles tâches à accomplir, la formation nécessaire, le temps d’appropriation…
  • - La charge de travail est souvent soit surestimée, soit sous-estimée par manque de connaissance des tâches réelles effectuées par les agents

« Celui qui fait ne décide pas, celui qui décide ne fait pas »

e- Un besoin de transversalité, de communication à tous les niveaux, dans les services et entre les services

  • - Une guerre inter-services souvent larvée, parfois manifeste mais difficilement admise (hypocrisie)
  • - Les difficultés de dialogue entre cadres et collaborateurs, une autonomie de certains agents confinant au « laisser-faire »
  • - Une absence de culture de projet partagée
  • - Une absence d’animation globale inter-services
  • - Aucune réunion interservices afin d’exposer les incohérences
  • - Non seulement les agents en poste ne connaissent que rarement les « nouveaux arrivés » dans les autres services, mais beaucoup ne connaissent pas les fonctions exactes de chacun et même parfois les missions des différents services
  • - La résolution des problèmes se fait le plus souvent entre collègues de même niveau hiérarchique, les réunions de travail à ce niveau sont quasi inexistantes
  • - Les relations entre services sont le plus souvent construites entre agents de même niveau ou d’affinités communes et qui les ont développées à titre personnel

« Un laisser-aller évident, chacun pour soi »

f-Un besoin d’écoute, de dialogue et d’association plus large à la prise de décision

  • - Des problèmes restés sans solution par la voie hiérarchique normale (Chefs de service et Directeurs) dans un grand nombre de cas
  • - Une information en grande partie descendante
  • - Une absence de points de repères, de lieux d’échange, d’occasions de mutualisation des connaissances
  • - Une écoute quasi inexistante
  • - Aucune explication des priorités et de leurs éventuelles modifications
  • - Des relations avec la hiérarchie de plus en plus conflictuelles
  • - Pas d’écoute du personnel et favoritisme de certains agents au détriment des autres

« On se parle, on ne s’écoute pas, si on écoute (parfois), on n’est pas entendu » 

En conséquence étaient à résoudre des problèmes d’articulation entre le projet politique et l’organisation administrative générale, de clarification des missions et responsabilités des unités organisationnelles et fonctionnelles, d’introduction et d’efficacité des procédures et outils de gestion, de pilotage et d’animation des services, de gestion dynamique des ressources humaines.

Loi de Serge Letchimy sur la résorption de l’habitat insalubre

Lundi 10 janvier 2011

Communiqué de presse – Serge Letchimy – 10 janvier 2011

La proposition de loi de Serge Letchimy sur la résorption de l’habitat insalubre et indigne sera examinée mercredi 12 janvier par la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale.
Le 12 janvier 2011 à 10h00, la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale examinera la proposition de loi de Serge Letchimy, portant dispositions particulières relatives à l’habitat informel et à la lutte contre l’habitation indigne dans les départements et régions d’outre-mer.

Cette PPL propose un ensemble de mesures législatives visant à mieux prendre en compte l’habitat insalubre dans l’action publique en faveur du logement, le traitement de la question des occupants sans titre et du logement informel plus généralement. Dans ce but, Serge Letchimy propose différentes mesures visant à assouplir les procédures administratives et règlementaires et à renforcer les mesures de police administrative.

Il s’agit par ailleurs de donner la possibilité aux opérateurs et autorités publiques la possibilité de faire des opérations de résorption de l’habitat insalubre de vrai projets urbains contribuant à la nécessité de produire des habitats décents mais aussi à la réinsertion de ces quartiers populaires dans la cité.

L’habitat insalubre dans les départements-régions d’outre-mer, c’est 70 000 maisons environ soit près de 200 000 personnes. Cela représente environ 10% de l’habitat ces régions (Mayotte et Saint Martin compris).

La persistance de l’habitat insalubre et indigne dans ces régions nécessite une relance massive du traitement de ce problème et des actions publiques d’amélioration des conditions de vie de nos concitoyens. Or, depuis plusieurs années, les opérations de résorption de l’habitat insalubre sont soit ralenties, soit bloquées du fait d’une inadaptation des procédures aux réalités locales.

L’objet de la proposition de loi de Serge Letchimy est de proposer des solutions à ces difficultés.

Après son examen en commission, cette PPL sera examinée en séance pleinière par l’Assemblée nationale le 27 janvier prochain.

Réduction par le législateur de mandats en cours

Mardi 9 novembre 2010

Informations sur le contenu de la jurisprudence du Conseil constitutionnel sur la réduction par le législateur de mandats en cours

Extraits du rapport sur le projet de loi organisant la concomitance des renouvellements des conseils généraux et des conseils régionaux, adopté l’année dernière, consistant à prévoir en 2014 la fin du mandat des conseillers régionaux et généraux

1. La jurisprudence constitutionnelle ouvre au législateur la possibilité de réduire la durée des mandats électifs

L’article 34 de la Constitution consacre la compétence du Parlement pour fixer les règles qui concernent « le régime électoral des assemblées parlementaires et des assemblées locales ». Il lui incombe donc, lorsque cela est rendu nécessaire par des considérations d’intérêt général, de modifier la durée des mandats électoraux, de préciser les conditions et les fondements de cette modification et d’en déterminer les limites.
Dans cet exercice, le législateur est néanmoins tenu de se conformer à certains principes constitutionnels, sous peine de s’exposer à la censure du juge constitutionnel. Il doit notamment respecter les principes de sincérité du suffrage et d’égalité des citoyens et des candidats devant le suffrage, qui découlent de l’article 3 de la Constitution, mais aussi le principe de libre administration des collectivités territoriales, inscrit à l’article 72 de la Constitution.
Le Conseil constitutionnel estime toutefois que « la Constitution ne confère pas au Conseil constitutionnel un pouvoir général d’appréciation et de décision identique à celui du Parlement »12(*). Dès lors, il se refuse à contrôler l’opportunité des choix qui sont à l’origine d’une modification de la durée des mandats.

Ainsi, une telle modification sera jugée conforme à la Constitution à condition :

Lire le document

Vote du budget : Intervention du Député Serge Letchimy le 3 novembre

Dimanche 7 novembre 2010

Monsieur le président, madame la ministre, chers collègues, c’est un rituel éprouvant, quelquefois frustrant. Il faut y participer avec des arguments qui ne soient pas répétitifs, mais l’exercice démocratique exige que l’on puisse débattre très clairement. Madame la ministre, ne voyez surtout pas dans mes propos un sentiment de suspicion. Vous êtes une ministre de la République et, à ce titre, nous avons tous deux exigence de débat contradictoire. Je veux ôter quelques doutes sur beaucoup d’entre nous.

Tout d’abord, on ne peut pas douter de la volonté de participation des pays, des départements et des régions d’outre-mer à la réduction du déficit public.
Deuxièmement, on ne peut pas affirmer décemment que ces collectivités sont campées dans un « doudouisme » budgétaire de complaisance.
Troisièmement, je suis d’accord avec Claude Bartolone pour estimer qu’il va falloir analyser dans le détail la question de la défiscalisation, mais, dans l’immédiat, qui peut dire que celle-ci n’a aucune retombée sur le plan des investissements, de la création d’activité et d’emplois ? Pour ma part, je crois qu’elle en a une. Cela étant, après ce que j’ai entendu, je ne pense pas qu’il faille la défendre bec et ongles ; il faut certainement lui substituer d’autres dispositifs dans certains cas, notamment dans le domaine du logement social.
Je voudrais élargir le débat. M. Folliot m’en a donné l’occasion lorsqu’il a parlé de « métropolocentrisme », car la France se doit en effet de respecter ses différences. Au-delà même des chiffres, le danger est là. Il vient de certaines personnes qui participent au quotidien d’une névrose nationale collective et qui font croire que l’outre-mer coûte cher et n’apporte rien ; et de ceux qui publiquement, impunément, sans aucune réaction de la part de l’État ni auto saisine judiciaire, cautionnent l’élan raciste de certains : je pense aux propos de Guerlain, qui reflètent malheureusement l’une des réalités larvées de notre nation, réalité qui n’est pas sans conséquence pour tous les hommes et les femmes de couleur de cette nation, y compris ceux de l’outre-mer.

Il ne faut pas minimiser cet épisode car il participe malheureusement d’une culture de la stigmatisation, y compris budgétaire.

Et puis il y a ceux qui font des comptes d’apothicaire avec l’outre-mer en oubliant l’histoire et les exploitations, ceux qui ignorent à la fois nos apports écologiques, géostratégiques et, surtout, éco systémiques, au moment où, qu’on le veuille ou non, l’or vert de demain pèsera lourd à l’avenir. Il y a aussi ceux qui, délibérément, suscitent de la névrose vis-à-vis de l’outre-mer, espérant que cette névrose s’instaure pour que la démagogie soit l’inspiration divine du quotidien d’une République repliée sur elle-même. Il nous faut lutter ensemble contre tous ceux-là, et c’est fondamental.
Mes chers collègues, après avoir levé les doutes et planté le décor, je me dois de vous dire que ce budget est en récession puisqu’il l’est. Le chiffre de la baisse varie entre l’analyse du Gouvernement et celle de l’opposition, mais il y a une récession. De même, je me dois de vous dire, puisque c’est la vérité, que les pertes financières vont se situer entre 300 millions et 500 millions d’euros, et que, lorsqu’on prend en compte ce que nous avons perdu au titre de la LODEOM, la récession avoisine les 500 millions d’euros.
Le rabotage des niches fiscales va nous mettre dans une situation difficile. Comme nous souhaitons participer, nous aussi, à la réduction des déficits publics, on peut se demander si nous ne sommes pas doublement pénalisés.

N’est-ce pas le cas avec ce rabotage et la réduction de votre budget, madame la ministre ?

En effet, cette diminution de dépenses va atteindre l’investissement productif, même si vous essayez d’en limiter les retombées sur ceux qui bénéficient du système de rachat d’électricité ou de la défiscalisation.
S’agissant des énergies renouvelables, il faut reconnaître qu’il y a une bulle spéculative, mais la suppression de la défiscalisation et la réduction du crédit d’impôt vont créer une situation difficile. Comme les dépenses fiscales s’élèvent à 3,2 milliards d’euros et que le budget est autour de 2 milliards d’euros, vous concevez aisément qu’à partir du moment où l’on touche à la dépense fiscale, cela a mécaniquement sur l’outre-mer des conséquences extrêmement importantes.
J’ai noté avec intérêt plusieurs points, et il faut tout de même vous remercier car vous affichez votre volonté d’essayer de sauver certains dispositifs, notamment le maintien des avantages fiscaux rétrocédés et de la défiscalisation sur le logement social, j’y reviendrai. Je le dis avec d’autant plus de lucidité que, pour moi, l’essentiel se trouve non pas dans les chiffres, mais dans les choix politiques : multiplication des textes, changements de cap, décalage de mise en œuvre d’une année à l’autre et, durant cette période – M. Lurel l’a parfaitement montré –, des gels financiers locaux.

Toutefois il y a aussi des choix budgétaires.

Pour le logement social, l’apport en défiscalisations coûte beaucoup plus cher que l’apport en contributions. De plus, depuis la loi DALO, le droit au logement étant un droit imprescriptible et inaliénable, ces logements devraient être financés par le budget de l’État et non pas par la défiscalisation. C’est un détournement que nous avons clairement dénoncé lors du débat sur la LODEOM. Il est très important de revenir là-dessus.

Ensuite il y a des choix de développement.

Nous avons une économie externalisée, avec peu d’investissements endogènes pouvant permettre de créer de l’activité et de bien répartir les richesses. Certes, nous appartenons à une Europe libérale, mais il va falloir protéger la production locale. Nous ne pouvons pas continuer avec seulement 10 % de la production locale consommée dans l’Hexagone. Ce n’est pas normal. Les mécanismes de protection ont montré leurs limites. C’est une vérité cruelle. Nous devons donc sortir des solutions classiques, repenser les fondements de cette économie pour éviter le désordre social, et nous inscrire dans un New Deal économique local.
À cet égard, je pense au fonds d’investissement de proximité évoqué par Victorin Lurel, et à la nécessité de s’attaquer à tous les surcoûts causés par les prédateurs et les profiteurs. Il existe aussi de très grands projets structurants qui seraient capables de driver notre économie dans le sens du développement et de la modernité.
Quant à la coopération économique, il faut l’élargir, car comment voulez-vous que la Martinique puisse survivre dans la situation actuelle ? Je rappelle que nous sommes à deux heures du Brésil, un marché extrêmement important de 180 millions d’habitants, mais que nous voyons seulement passer leurs marchandises, qui vont à Bordeaux avant de revenir chez nous, notamment tout ce qui se rapporte aux tuyauteries. Cela n’a plus de sens, et vous devez vous attaquer à ce genre de problèmes. Si vous vous y attelez, je vous soutiendrai, mais je veillerai avec beaucoup de vigilance à ce que vous soyez obligée de changer de braquet et de système.

Nous avons aujourd’hui deux grands sujets de débat. Le premier, c’est le logement social.

Madame la ministre, j’ai voté contre le dispositif proposé. Certes, mon amendement sur la sacralisation de la LBU, après une discussion d’une durée de trente à quarante minutes, a été voté, mais cela ne marche pas. Je vous donne les chiffres pour la Martinique : les logements livrés en 2008 étaient au nombre de 256 ; avec la LBU, les logements livrés, LLS et LLTS – logements locatifs sociaux et sociaux – ont atteint 1 700 ; mais il y a eu 321 logements livrés en 2009, 664 programmés en 2010 et 130 seulement livrés en septembre 2010. Conclusion : cela ne marche pas, mais ce n’est pas de votre responsabilité directe et totale.
Nous devons être clairs avec nous-mêmes : c’est d’abord nous qui n’avons pas su mener une politique foncière de qualité, dynamique et, surtout, puissante. Cependant c’est aussi le résultat de ce mélange entre la LBU et la défiscalisation, et surtout du télescopage entre administrations, notamment entre Bercy, votre ministère et les administrations locales. Ce télescopage a conduit à l’absence de mécanisme suffisamment performant pour relancer la machine.
Lorsqu’on sait l’importance de la LBU et du financement social, on est sûr d’aller vers des difficultés. Les seuls logements sociaux sortis de terre sont des logements en VEFA, avec un déplafonnement à 2 200 euros par mètre carré acheté. Ce n’est pas avec ce type de financement que nous arriverons à livrer des logements sociaux au loyer-plafond LLS et encore moins LLTS.
L’administration locale explique que la LBU est l’exception, et la défiscalisation, la normale, mais cela va dans le sens contraire de ce que vous-même avez déclaré, madame la ministre, et de ce que nous avons voté dans cet hémicycle.

Le second sujet, c’est le photovoltaïque.

Bien entendu, il fallait conserver la défiscalisation pour les fermes photovoltaïques, profiter de cette dynamique qui nous permettrait de sortir de la dépendance en énergies fossiles ; celle-ci atteint 98 % en Martinique puisque notre consommation énergétique ne provient que pour 2 % des énergies renouvelables. Bien entendu, il fallait absolument réglementer pour que les terres agricoles ne soient pas dilapidées ; 700 hectares sont touchés, 250 hectares sont déjà consacrés à cette activité, une douzaine de permis ont été délivrés, et, surtout, une réduction de 1 000 hectares de terres par an en surface agricole utile, dans un pays qui a besoin de relancer sa production locale. En la matière une erreur grave a été commise ! Monsieur Bartolone, vous avez eu le courage de le dire : le Gouvernement n’a pas pris ses responsabilités ; il n’a pas limité la défiscalisation par watt installé pour éviter la spéculation et la bulle.
Qu’en est-il du moratoire ? Alfred Almont a demandé un moratoire sur l’application de l’amendement sur le photovoltaïque présenté par le ministre du budget et voté en première partie du projet de loi de finances.
Certes, il va y avoir une commission, mais il serait intéressant que la ministre s’engage vraiment sur la tenue d’un moratoire, qui serait appliqué jusqu’au collectif budgétaire de juin. Nous pourrions ainsi, tout en interdisant l’utilisation de plus de terres agricoles, créer une dynamique financière qui permettrait aux collectivités locales de bénéficier d’un investissement en retour et de gagner de l’argent tout en répondant à la nécessité impérieuse de modifier le champ de production énergétique du pays.

Madame la ministre, pour conclure, je vous pose deux questions.

Nous, Martiniquais, avons opté, le 24 janvier, pour une collectivité unique. J’ai proposé la mise en place d’une commission tripartite parce je considère qu’il va falloir mener avec vous et le conseil général une négociation extrêmement précise et qui prendra du temps. Il ne faut pas faire une mutation institutionnelle qui soit plombée d’avance. En outre, je rappelle qu’a été voté notre amendement proposant que le Parlement fasse un rapport sur la situation des collectivités locales – communes, départements et régions – qui ont assumé le mal développement de la Martinique pendant très longtemps. Qu’en est-il ?
Alfred Almont et Didier Quentin ont invoqué Césaire et Bernanos – c’est toujours bienvenu – et ont parlé d’espérance. Pour ma part, en raison de la lucidité que nous imposent les circonstances, j’invite ce gouvernement à percer l’écran de la naïveté pour mieux déboucher sur l’avenir et l’action concrète.

Immigration: intervention de serge Letchimy au Parlement

Samedi 2 octobre 2010

Monsieur le Premier Ministre,

La Politique est le lieu où les nécessités économiques, sociales et culturelles se retrouvent en confrontation avec des valeurs et une éthique. La grande politique tire son harmonie du niveau des valeurs qu’elle préserve dans le traitement de ses urgences et de ses nécessités. Pour nous, la politique ne devrait avoir qu’un horizon : son idée de l’Homme, son attachement à la démocratie, sa préservation de ce que l’idée de République Française a de plus exigeant.

Le combat que nous avons à mener n’est pas seulement d’essence démocratique, ou du seul respect des valeurs républicaines. Il est avant tout de comprendre que l’idée d’humanité est fragile. Que nous devons veiller sur elle comme sur nous-mêmes, et demeurer au service de tout ce qui concourt à humaniser le monde, et donc à nous humaniser nous-mêmes.

C’est le plus grand défi contemporain de la politique.

Dès lors, dans ce que vous mettez en œuvre depuis quelques années, la perte est effrayante !

Dans cette partie de l’hémicycle, on soutient l’inadmissible involution sociale en croyant soutenir son Parti. On cautionne l’intolérable du tout-sécuritaire en croyant appliquer une simple stratégie électoraliste. On accrédite l’insupportable démantèlement des services publics et de la retraite par répartition, en se persuadant d’exercer une simple fidélité à une idée ou à un homme. Pourtant, l’histoire de la démence humaine nous rappelle que défendre l’indéfendable, ne fait qu’ouvrir la porte à une régression radicale, de celles qui ne laissent subsister, ni politique qui vaille, ni stratégie qui tienne, ni fidélité, ni amitié, ni victoire, ni défaite. À défendre l’indéfendable, on se retrouve, en fin de compte, dans un champ de décombres qui attestent que l’on a tout trahi, et que l’on a tout perdu !

Et donc, cette loi relative « à  l’immigration, à l’intégration et à la nationalité », devrait plutôt s’appeler « loi contre l’immigration, contre l’intégration, contre tout accès décent à la nationalité française » ! Elle parachève un système mortifère qui semble prendre son autonomie, selon une logique dangereuse qui vous éloigne, hélas, de la République et –– je le dis avec tristesse –– de la dignité qui est due à toute personne humaine.

Certes, pour désavouer une telle loi, une telle régression, tous les amendements sont recevables. Tous les amendements imaginables sont d’hygiène et d’utilité publiques ! Et j’en proposerai autant qu’il le faudra pour jeter des grains de sable dans cette machine infernale qui met en branle une xénophobie d’État ! Chaque seconde qui s’écoulera avant le vote de votre majorité, sera pour nous tous, de ce coté-ci de l’hémicycle, le souffle d’un restant d’oxygène. Et cet oxygène-là devient si rare que nous tenons à le respirer le plus longtemps possible.

Je parle de xénophobie d’État car aucun autre terme ne me vient à la lecture de votre projet.

Ainsi, quand je vois que la rétention administrative (qui n’est rien d’autre qu’un emprisonnement) devient un automatisme de procédure, voire un régime d’exception, qui pourra s’étendre jusqu’à 45 jours ;

Quand je lis, que bien des délais de procédures en ce qui concerne la notification des décisions d’enfermement ou de simple information sur les droits fondamentaux, s’estompent dans le flou affligeant des procédés et des arrière-pensées ;

Quand je découvre
que le juge judiciaire, gardien des libertés individuelles comme le veut la Constitution elle-même, en l’occurrence celui des libertés et de la détention, ne pourra intervenir qu’au bout de cinq jours ! Cinq jours pour juger de la légalité d’une mise en rétention –– c’est-à-dire bien longtemps après le juge administratif qui se retrouve de fait avec la compétence de juger du bien-fondé d’une privation de liberté en lieu et place du judiciaire ;

Quand je remarque que les décisions du Juge des libertés et de la détention quant aux causes de nullités et d’irrégularités de procédures sont pour ainsi dire neutralisées ;

Quand je vois surgir une interdiction de séjour en France qui pourra s’étendre jusqu’à cinq ans, dans le mépris des conséquences humaines, et qui ouvre sur l’ensemble du territoire européen un bannissement de type moyenâgeux ;

Quand je vois apparaître des « zones d’attente flottantes » où l’on pourra retenir des groupes d’étrangers selon des procédures expéditives, sans même qu’il nous soit précisé quoi que ce soit de rassurant en ce qui concerne les limites géographiques de cette fameuse zone, ni ce que recouvre cette notion de « groupe d’étrangers » ;

Quand je vois que les privations de liberté pourront désormais concerner les mineurs qui accompagnent leurs parents, ou qui se retrouvent esseulés, mettant à mal toutes les garanties juridiques qui sont inscrites dans la Convention internationale relative aux Droits de l’enfant ;

Quand je vois qu’une « carte bleue » couvre de son joli nom, un pillage organisé des cerveaux des pays les plus pauvres, et cela sans aucune des contreparties qui existent dans les directives européennes que votre cette loi ambitionne pourtant de seulement « transposer » ;

Quand je lis que si ces malheureux migrants, ou leur famille, parvenaient à déjouer tous ces pièges, ils pourront se retrouver dans une assignation à résidence pouvant aller jusqu’à six mois dans ce qui n’est rien d’autre qu’une forme à peine cachée de rétention à domicile…

Quand je découvre tout cela, et bien d’autres indignités encore, je ne puis que me retrouver dans un océan de honte et d’indignation !

Dès lors, le seul amendement qui me semble recevable, et qui serait moralement justifié, viserait à l’annulation pure et simple de la totalité de ce projet de loi !

M. le Premier Ministre, c’est justement parce que la question des migrations ne peut pas être ignorée ; c’est  justement parce qu’elle est une des grandes plaies de ce monde soumis aux logiques libérales, qu’il nous faut prendre le temps d’une révision fondamentale de votre politique d’immigration, en conservant coûte que coûte, comme idées tutélaires :

  • la liberté comme bien précieux de tous,
  • la dignité comme attribut incontournable de tous,
  • la civilisation à renforcer pour tous,
  • et le respect des droits humains applicables à tous !

Si une politique d’immigration parvient à se soucier de ces valeurs dans les moments les plus douloureux et les plus difficiles, alors l’éthique demeure vivace pour tous, et l’espérance se maintient à portée de tous les combats et de toutes les dignités !

Serge LETCHIMY

POUR UNE EUROPE DE CIVILISATION

Samedi 2 octobre 2010

C’est toujours au nom du réalisme économique, tant il est vrai que l’économique est devenu le seul réalisme envisageable, que l’on va vers le démantèlement des services publics. C’est encore au nom du réalisme que l’on met en œuvre l’involution sociale dont a besoin le tout-profit capitaliste. C’est encore en son nom que, pour mieux saccager le principe des retraites, l’on s’écarte de la démocratie au cœur même du Parlement, ou que l’on sacralise le tout-sécuritaire selon des modalités qui portent bien mieux atteinte aux libertés fondamentales qu’elles ne renforcent une quelconque sauvegarde. Je constate enfin que c’est au nom du réalisme que l’on farfouille sans précaution dans les bas-fonds du populisme.

Dès lors, comme c’est un « Ministère de l’identité nationale » qui s’occupe de l’immigration –– tel un système immunitaire s’inquièterait d’une invasion de virus –– je ne m’étonne pas de voir surgir les « nationalités révocables », la diabolisation de ce qui se rattache à l’Islam, ou que l’on ranime la punition collective en ce qui concerne les Roms ; et qu’enfin, sous prétexte d’une transposition urgente des directives européennes, l’on couronne tout cela par une triste loi sur l’immigration qui rapproche la xénophobie de l’inspiration des politiques publiques.

Bien entendu, les commentateurs vont parler de stratégie électorale pour regagner les électeurs de l’extrême droite. Ils vont y déceler une manœuvre pour susciter une dynamique d’unité de la droite française dans la perspective des élections présidentielles de 2012. Je veux bien que par ces gloses politiciennes, l’on banalise ce qui se déroule sous nos yeux consternés. Mais j’ai la faiblesse de penser que, lorsque la politique s’éloigne à ce point de la mesure, on ne se trouve plus dans un quelconque « art politique » dont pourrait s’enorgueillir un nouveau Machiavel.

Il y a là, et je le dis avec tristesse, l’irruption d’un « système » mortifère.

Un système que la majorité au pouvoir croit pouvoir manœuvrer, mais qui crée de telles abdications dans ce que ce pays a de plus essentiel, qu’elle se retrouve en fin de compte, comme durant de bien sombres périodes, prisonnière d’un enfer qui en la possédant risque de nous détruire tous. Tout « système » prend son autonomie. Le calcul politique initial est très vite dissipé, et la mise à mal des droits fondamentaux tend à constituer une finalité folle. L’instrument du tout-sécuritaire, replié sur lui-même, devient une inquiétante valeur de société que personne n’est assuré de pouvoir transformer en bénéfice électoral.

La vie démocratique a cela de terrible qu’à tout moment, elle nous met en face de bifurcations parfois anodines, parfois spectaculaires, mais toujours déterminantes. Ces possibles incessants constituent sa richesse mais aussi, hélas, sa grande fragilité. C’est pourquoi nous devons tenter de la vivre avec l’éthique la plus scrupuleuse, en sorte que si l’on se trompe, on n’aura alors commis que de simples erreurs politiques, mais sans jamais avoir déserté la rive étroite des valeurs humaines qui borde les grands abîmes.

L’Europe s’est tellement livrée à l’économique et à la toute puissance du « Marché », quelle en oublie le Politique, c’est-à-dire de veiller à la sauvegarde en toutes circonstances de l’égale dignité de tous. Bien sûr, les grands principes ont été proclamés, mais, pour prendre un triste exemple en ce qui concerne les migrations –– et c’est celui des Roms –– l’Europe semble avoir oublié que les cultures nomades font partie de ses richesses culturelles fondatrices, comme elles font partie des richesses culturelles fondatrices des humanités tout entières. Une Europe qui n’a rien à proposer à des européens qui ne demandent qu’à circuler librement, à disposer de lieux décents qui puissent les accueillir, est une Europe qui s’empoisonne elle-même !

Une Europe qui sacralise le « Marché », et qui fait mine d’oublier que le monde est malade d’un déni de justice dans la production, la répartition des richesses, la concentration de bénéfices extravagants, les foudres de la spéculation et de la finance, et que ce libéralisme déchaîné condamne des millions de personnes à la paupérisation, aux cycles de la famine, à l’exclusion criminelle, aux violences, et surtout aux migrations désespérées, est une Europe qui se condamne aux implosions subites qu’ont connu les empires repliés sur eux mêmes !

Et si l’Europe sociale n’est plus qu’une idée à moitié oubliée, celle qui se montre aujourd’hui la plus dynamique –– au cœur même de la libre circulation des capitaux et marchandises –– est celle ou la  xénophobie d’Eta cherche a s’installer. Partout, on stigmatise l’étranger comme porteur de menace, on criminalise les séjours irréguliers nés d’immigrations hagardes. Partout on dresse des camps de rétention selon des procédures expéditives, en neutralisant le contrôle des juges et les voies de recours. Partout, on invalide les regroupements familiaux, on diabolise les mariages mixtes, on militarise les frontières, on oublie le droit d’asile et on en rejette l’essentiel des demandes. Partout, on crée des délits de solidarité avec des immigrants aux abois et qui demandent de l’aide…

Et donc, cette loi que le Parlement s’apprête à examiner et qui se dit relative « à  l’immigration, à l’intégration et à la nationalité », devrait plutôt s’appeler « loi contre l’immigration, contre l’intégration, contre tout accès décent à la nationalité française » ! Elle parachève, et même aggrave, un système mortifère européen qui semble prendre son autonomie, selon une logique qui nous éloigne des valeurs de la République et de la dignité qui est due à tous les membres de la famille humaine. Le champ de bataille qui va s’ouvrir au Parlement, doit être abordé à cette échelle et avec ce niveau d’exigence. Tout compromis pseudo-réaliste sera inacceptable car il ouvrirait la porte à une France en rupture de fondements, et à travers elle, à une Europe livrée au système de la profitation globale.

Ce débat fera partie de la lutte pour un monde différent. Du combat de tous pour une alternative digne de l’esprit de justice et de solidarité qui régnait dans le monde après les horreurs des grandes guerres, et qui a donné naissance à la déclaration de Philadelphie en mai 1944, aux accords de Bretton Woods, à la création de l’Organisation des Nations Unies, et enfin, en 1948, à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Revenant de l’horreur, ces hommes avaient deviné que l’humain risquait de devenir une sorte de « matériel », soumis aux logiques économiques ou idéologiques qui prenaient leur redoutable autonomie. Cet esprit de solidarité et de justice sociale ambitionnait de réguler le monde et de protéger les peuples. Il s’est aujourd’hui dissous dans un carcan économique mondial où l’humain n’est plus qu’une « variable d’ajustement » dans les roues dentées du profit sans limites et d’une économie soumise à la finance.

Refuser cette loi française au profit d’une refondation complète des politiques d’immigration, aiderait l’Europe à découvrir qu’elle peut être autre chose qu’un empire de puissance solitaire, de sociétés de marchés, de banquiers et de financiers sans vergogne.  Cela l’aiderait à s’ériger en une Europe de civilisation qui se rappellerait que la plus terrible des barbaries est toujours intérieure ; que ce qui menace l’humanité, c’est justement cette inhumanité qui lui est indissociable, et que l’on retrouve si virulente dans ses directives sur l’immigration ou dans les conditions générales faites aux immigrants et aux cultures nomades.

L’Europe a su se construire par-delà d’épouvantables guerres mondiales. Elle a su dégager des valeurs de paix et de fraternité de ces abîmes que constituèrent la colonisation du monde, la Traite et l’esclavage des nègres, la déchéance des colonisés, la Shoah et les camps de concentration…. Une telle trajectoire autorise à penser qu’elle saura se sortir de la barbarie du « Marché » et des fureurs de la finance. Il est temps quelle s’attelle à la construction d’un espace mondial régulé par une gouvernance de partage, de justice et d’échanges équitables.

J’entends la vieille antienne disant que la France ou l’Europe ne peuvent accueillir, ni recueillir, toute les misères du monde ! Cela semble de bon sens. Mais dans ce monde soumis aux brutalités libérales, pour ne pas rencontrer de misères ou se confronter d’une manière ou d’une autre aux dénuements extrêmes, il faudrait soit s’isoler du monde (comme tente de le faire cet angoissant « Ministère de l’identité nationale »), soit s’éjecter de la planète elle-même !

Tant qu’une gouvernance mondiale, traitant globalement de ces questions d’immigration, de nationalités, de cultures nomades, ne sera pas mise en place ; tant que des régulations internationales justes et équitables n’existeront pas avec de vrais moyens opposables à tous, chacun des pays riches se doit d’être respectueux solidaire de toutes les misères que son histoire ou sa géographie fera converger vers lui !

C’est une question d’honneur. Une sommation éthique. C’est aussi le prix à payer pour que la volonté politique surgisse, que l’indispensable hauteur se prenne, et que les misères du monde deviennent l’affaire de tous dans un monde qui relèverait de la responsabilité de tous ! Toute autre attitude n’est que le masque bien-pensant de la vieille barbarie !

Serge LETCHIMY
Député et Président du Conseil Régional de la Martinique.

Réforme des retraites il faudra etre vigilant

Dimanche 18 juillet 2010

Les principales mesures

* L’âge légal de départ à la retraite sera porté de 60 ans à 62 ans en 2018. Cette augmentation sera progressive : quatre mois par an, à partir du 1er juillet 2011 par année de naissance (quatre mois de plus dès 2011 pour les personnes nées en 1951 pour aboutir à deux ans de plus en 2018 pour les personnes nées en 1956). Cette augmentation de l’âge légal de départ à la retraite concernera tous les régimes : les retraites du secteur privé, celles du secteur public regroupant toutes les activités économiques et sociales prises en charge par les administrations, les entreprises publiques et les organismes publics de Sécurité sociale et, avec des modalités spécifiques, les régimes spéciaux. Le dispositif « carrières longues » est toutefois maintenu pour les personnes ayant commencé à travailler avant l’âge de 18 ans qui pourront partir à la retraite plus tôt dès lors qu’elles auront la durée de cotisation et deux ans supplémentaires.

* Pour les salariés avec une incapacité égale ou supérieure à 20% ayant donné lieu à l’attribution d’une rente pour maladie professionnelle (ou pour accident du travail provoquant des troubles de même nature), l’âge de la retraite restera fixé à 60 ans et aucune décote ne sera appliquée même pour les salariés n’ayant pas cotisé tous leurs trimestres. Ce droit est un droit individuel, qui ne pourra être constaté qu’au moment du départ à la retraite et qui ne sera pas associé à des métiers ou à des tâches déterminés.

* L’emploi des seniors devra être encouragé : aide à l’embauche pour les chômeurs de plus de 55 ans, développement du tutorat au sein de l’entreprise pour favoriser des fins de carrière valorisantes.

* Des recettes supplémentaires seront dégagées : augmentation de la tranche la plus élevée de l’impôt sur le revenu (41% au lieu de 40%), augmentation des taxes sur les stock-options et les retraites-chapeaux, augmentation des prélèvements forfaitaires sur les revenus du capital et des taxes sur les dividendes perçus par les actionnaires.

* Présenté comme une mesure d’équité, mais augmentant aussi les recettes, l’alignement en dix ans du taux de cotisation des fonctionnaires sur celui du secteur privé est également prévu. Il doit passer de 7,85% à 10,55%.

* Les jeunes en chômage non indemnisé pourront valider jusqu’à six trimestres (au lieu de quatre).

* Pour les femmes, l’indemnité journalière perçue pendant le congé maternité entrera dans le salaire de référence sur lequel sera calculée la pension de retraite.

* Des mesures sont prévues spécifiquement pour les agriculteurs de façon notamment à leur permettre d’accéder plus facilement au minimum vieillesse.

* Des dispositifs sont enfin prévus pour permettre une information plus précise et plus continue de chacun vis-à-vis de ses perspectives de retraite, avec, par exemple, l’instauration d’un « point retraite » à 45 ans.

http://www.retraites2010.fr/le-projet-de-loi

projet_de_loi_portant_reforme_des_retraites_1016256B

Projet de loi de modernisation de l’agriculture

Mercredi 7 juillet 2010

COMMUNIQUE

Serge Letchimy et les élus ultramarins obtiennent à l’arraché une loi d’orientation agricole en Outre-mer !

Les débats sur se sont achevés dans la nuit de vendredi à samedi dernier. Le député Serge Letchimy a participé à l’ensemble des travaux et débats sur le projet de loi de modernisation de l’agriculture. Il a été l’auteur d’une quinzaine d’amendements et a fait adoptés deux dispositions importantes pour l’outre-mer et la Martinique.
La première disposition a été adoptée à l’occasion de l’amendement n°1222 du gouvernement dont l’objet est de mieux impliquer les exploitants et la production agricole de proximité dans l’approvisionnement des services de restauration collective, par le biais de la commande publique. Le député Serge Letchimy a obtenu que, dans ce cadre, il soit tenu compte des possibilités d’adaptation qu’offre l’article 73 de la constitution. Le député a souligné que « cela aurait l’avantage, au-delà du circuit court en termes de filière qui permet de réduire, voire de supprimer, le nombre d’intermédiaires, d’introduire la notion de proximité. Le problème central en effet (…) est qu’on ne peut pas sans cesse répéter (…) que nous sommes à 15 % en moyenne, seulement, de satisfaction par rapport à la consommation locale et ne pas prendre une mesure forte notamment en modifiant le code des marchés publics à la hauteur des besoins pour permettre à la production locale de mieux assurer l’alimentation et le service dans les cantines, en particulier.

Ce serait un signe extrêmement fort en direction des départements d’outre-mer ».

La seconde disposition est l’amendement n°166 présenté par Victorin Lurel, Serge Letchimy, Jouis-Joseph Manscour et les élus du groupe SRC, défendu par Serge Letchimy en séance et voté, après un échange long et virulent, contre l’avis défavorable du rapporteur et du ministre. Cet amendement prévoie à l’article 24 que le gouvernement devra produire un rapport  » déterminant les grandes orientations d’un projet de loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche spécifique à l’outre-mer ». Cet amendement est d’une portée considérable. D’abord parce que le projet de loi laissait très largement de côté les enjeux agricoles et de sécurité alimentaire en Outre-mer. Ensuite, il renvoyait comme à l’accoutumée, à la pratiques des « ordonnances » permettant dans les faits au gouvernement d’arrêter des mesures en dehors de tout débat et de tout contrôle démocratiques et parlementaires. Cet amendement est d’une portée considérable. En effet, il permettra aux élus de nos territoires de proposer des mesures réellement adaptées aux réalités économiques, sociales et environnementales des différents territoires. C’est pourquoi, il a personnellement demandé à la ministre de l’Outre-mer de soutenir cet amendement en CMP.

débats-sur-article-24-du projet de loi de modernisation de l’agriculture-2-juillet-2010

compte rendu-des-débats-du-premier-juillet-2010

amendement-1376-rectifié

amendement-1222-rectifié

amendement-166

Flotille de Gaza: lettre au Président de la République

Jeudi 10 juin 2010

Monsieur le Président,

Lundi 31 mai, vers 4h du matin, les forces armées israéliennes ont donné l’assaut à une flottille internationale transportant plusieurs centaines de militants humanitaires et plusieurs tonnes de matériels destinées à la population civile de Gaza, très fragilisée par le blocus enduré depuis 3 ans ainsi que les destructions occasionnées par des opérations militaires multiples. Cet assaut criminel s’est soldé par plusieurs décès, des dizaines de blessés et des centaines d’arrestations, dont plusieurs citoyens français et ressortissants de pays alliés.

Cette action est inacceptable à plusieurs titres. D’une part, elle intervient dans les eaux internationales méditerranéennes où la liberté de naviguer doit être garantie, au même titre que dans l’océan Indien. D’autre part, elle a pris pour cible des internationaux désarmés dont l’action ne pouvait, en aucune manière, être considérée comme un acte d’agression envers l’Etat israélien, ni être assimilée aux actions des mouvements armés palestiniens. Enfin, elle concerne une action humanitaire visant à dénoncer un blocus parfaitement illégal et immoral au regard des obligations conventionnelles incombant à Israël comme puissance occupante des territoires palestiniens.

Dans ce cadre, il ne saurait être question de se contenter de dénoncer la « disproportion » de la force utilisée alors que c’est le principe même de son usage qui est en cause ici, comme il est en cause dans l’affaire du « Rachel Corrie » quelques jours plus tard. On ne saurait non plus invoquer une quelconque provocation alors que ces missions ambitionnaient de briser un blocus illégitime dont la levée est demandée par les pays membres de l’Union européenne et le secrétaire général de l’ONU. On ne saurait pas plus se contenter de simples remontrances verbales.

Ces actions s’ajoutant aux nombreuses exactions commises ces dernières années, notamment au Liban durant l’été 2006 et à Gaza au cours de l’hiver 2008-2009, mais aussi à la poursuite ininterrompue du processus de colonisation à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, je vous demande instamment de prendre, en concertation avec nos partenaires européens, les dispositions fermes et déterminées qui s’imposent pour obtenir des autorités civiles et militaires israéliennes qu’elles cessent, une fois pour toutes, ces violations constantes et inadmissibles des règles élémentaires du droit international, notamment humanitaire, et des consensus internationaux. Ces dernières rendent en effet parfaitement illusoire tout espoir de règlement pacifique des différents territoriaux au Proche-Orient tandis que la faiblesse des réactions de la France et de l’Union européenne vis-à-vis de tels agissements ne peut que décrédibiliser durablement leurs actions à l’égard du respect des droits de l’Homme, de la démocratie et des dispositions au fondement de l’architecture internationale de sécurité, notamment au Moyen-Orient.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma haute considération.